Présidentielle 2017 : pourquoi le Medef se lance dans la bataille

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Pierre Gattaz, le président du Medef appelle les chefs d'entreprises à ne pas se laisser tenter par les votes Mélenchon et Le Pen.
Pierre Gattaz, le président du Medef appelle les chefs d'entreprises à ne pas se laisser tenter par les votes Mélenchon et Le Pen. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Pierre Gattaz, le président du Medef a signé deux textes dans la presse pour alerter sur les risques et dangers des votes Mélenchon et Le Pen, rompant avec les habitudes de neutralité du patronat.

En 2012, certains avaient reproché à la CGT de Bernard Thibault d'avoir pris fait et cause pour François Hollande, le candidat socialiste, avant le premier tour de l'élection présidentielle. Nicolas Sarkozy, son rival au second tour, avait alors très mal pris le silence du patronat, espérant un soutien qui n'est jamais venu.

Cette initiative fut alors considérée comme un écart. En effet, historiquement, les partenaires sociaux avaient jusqu'ici un devoir de réserve ou, à tout le moins, de neutralité. Seule exception, l'élection présidentielle de 2002. Au nom de la défense des valeurs républicaines, les syndicats de salariés avaient appelé à faire barrage à Jean-Marie Le Pen au second tour, demandant implicitement à leurs militants de voter pour Jacques Chirac.

Lors de son retour à la politique, Nicolas Sarkozy ne s'était pas privé, en public et en privé, de reprocher au patronat la faiblesse de son soutien avant le second tour.

Certes, en 2012, Laurence Parisot, alors présidente du Medef, avait fait un bilan plutôt élogieux du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Mais ce soutien était à la fois trop timide pour inciter le patronat à s'engager résolument en faveur du président sortant, et trop appuyé pour lui épargner les critiques de son rival qui lui demanda alors de ne pas se mêler de ce qui ne la regardait pas.

Des candidats pointés du doigt

Cette fois, Pierre Gattaz a franchi le Rubicond. Dans deux textes publiés cette semaine dans Les Echos et Le Monde, le président du Medef a fait une charge violente contre les candidats qui plaident pour une sortie de l'euro et pointe du doigt les indécis et les abstentionnistes.

Dans une de ces tribunes, Pierre Gattaz, qui ne s'est jamais réellement privé pour pointer certains défauts de l'Europe, notamment sa bureaucratie empesée, évoque le "saut dans le vide" que représenterait la victoire de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon en dépit des précautions prises par ces deux candidats sur les sujets européens. En effet, Marine le Pen a depuis longtemps précisé que la sortie de l'euro serait soumise à un référendum populaire. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a également tenu à indiquer qu'il n'était pas favorable au Frexit, c'est-à-dire à une sortie de la France de l'Union européenne.

Au sein du patronat, Pierre Gattaz n'est pas le seul à avoir pris la parole avant le premier tour. François Asselin, le président de la CPME a également donné son avis... quand on lui a demandé, et de manière plus voilée. A plusieurs reprises, il a estimé que les risques d'une sortie de l'euro semblaient plus importants que les avantages espérés.

Préparer l'après 7 mai

Comment interpréter l'appel lancé par Pierre Gattaz aux citoyens chefs d'entreprises ? Avec ces deux textes, pense-t-il réellement peser sur la campagne en incitant les 3 millions de chefs d'entreprises à voter d'une seule voix pour des candidats aux programmes plus "classiques" ? Peut-être. Mais le Medef est-il représentatif de l'ensemble des entreprises tricolores ?

Ce n'est peut-être pas la seule raison. Avec ces deux prises de positions, le président du Medef poursuit probablement un autre objectif  : préparer l'avenir. En cas de victoire de François Fillon ou d'Emmanuel Macron, le 7 mai, les partenaires sociaux - organisations patronales et syndicats de salariés - seront vraisemblablement au pied du mur.

Au cours de la campagne, François Fillon a multiplié les attaques contre le modèle de protection sociale et le rôle joué par les partenaires sociaux pour en assurer la gestion.

Pour le fondateur d'En Marche, Emmanuel Macron, le paritarisme devrait également être bousculé. S'il applique réellement son programme, les partenaires sociaux seront dessaisis d'un certain nombre de dossiers importants : les retraites, le chômage, via l'Unedic, et la formation professionnelle...

Certes, certains membres du patronat ne verraient pas d'un mauvais œil de se voir délester de certaines missions gérées depuis les ordonnances de 1945 par le paritarisme. C'est un fait. Mais rayer d'un trait de plume le paritarisme est une autre affaire. Le Medef et les autres n'y sont pas prêts. Si tel devait être l'issue, les corps intermédiaires que sont les partenaires sociaux verraient leur rôle diminuer pour se transformer en simples lobbies, en simples éléments constitutifs du rapport de force entre l'Etat et la société civile qui n'assumeraient plus aucune responsabilité. Qui ne seraient plus consultés.

C'est avec cette menace en arrière-plan que les partenaires sociaux se sont récemment empressés de trouver un accord sur l'assurance-chômage, juste avant l'élection présidentielle. Certes, cet accord satisfait peu de monde, même au sein du patronat. Mais en parvenant à un compromis, les partenaires sociaux, pour témoigner de leur capacité à assumer leurs responsabilités.

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Commentaires
a écrit le 20/04/2017 à 22:35 :
Je ne suis pas syndicaliste, la factrice a mit dans ma boite aux lettres un courrier de la CGT que j'ai ouvert par mégarde, c'est la raison pour laquelle je connais le contenu des revendications de Gattaz particulièrement virulent à l'encontre de Marine Le Pen, en ce qui concerne Mélenchon c'est moins, Macron est en marche, Gattaz roule pour Macron!
a écrit le 20/04/2017 à 11:23 :
cette position risque d'être contre productive vu le climat social du moment !
a écrit le 20/04/2017 à 9:01 :
Vu les positions outrancières habituelles de M. Gattaz, son habitude du chantage a l'emploi, son appétit pour moins d'Etat tout en acceptant le CICE pour son entreprise alors qu'il a diminué la masse salariale, cela nous aide a savoir pour qui voter... Honnêtement, Gattaz, BHL et autres blagues communicantes ne s'apperçoivent pas que plus ils crient blanc, plus le peuple pense noir et vice versa.
Réponse de le 20/04/2017 à 13:46 :
Un peu de sérieux SVTP.
Le CICE c'est du moins d'état, car c'est moins d'impot. Donc oui il est cohérent d'etre pro CICE et pro "moins d'état".
Le mélange Gattaz/BHL est dur à comprendre. Pourquoi pas Alain Delon ?
a écrit le 20/04/2017 à 7:48 :
Cette citation intéressante de l'écrivain américain James Freeman Clarke (1810 – 1888) :
" Un politicien pense à la prochaine élection. L'homme d’État, à la prochaine génération."
a écrit le 19/04/2017 à 20:22 :
Mieux vaut tard que jamais.
Alors que les économistes et des dirigeants, Français et étrangers alertent depuis des mois sur les risques majeurs de sortie d l'Euro (si ce n'est de la démocratie, en raison de la montée des extrémismes), le patronat semblait hésiter. A part quelques dirigeant courageux qui s'expriment dans les médias en leur propre nom.

C'est à peine un minimum syndical, mais c'est toujours mieux que rien.
Réponse de le 20/04/2017 à 22:43 :
A mon avis vous n'avez pas lu la lettre de la CGT avec les critiques de Gattaz concernant Marine Le Pen, il sait qu'il y a danger, le Front National monte Gattaz doit avoir des nuits agitées, des sueurs froides!
a écrit le 19/04/2017 à 19:28 :
Gattaz n'y comprend absolument rien. La contrepartie de la réduction du cout du travail est l'augmentation du prix de l'énergie, à niveau constant. Mais les entreprises ne veulent pas d'augmentation du prix de l'énergie même si cela permettait de réduire le cout du travail et de plus améliorerait la compétitivité des entreprises. Et comme cela réduirait le chomage en réduisant le cout du travail, les syndicats y sont opposés. Et en plus ce serait bon pour le climat. Alors tout le monde est contre. Qui le comprendra avant la faillite de notre économie. Voyez le cas d'AIRFRANCE.
a écrit le 19/04/2017 à 18:18 :
Il est vrai que ce fils à papa à montré sa capacité à développer l'emploi en France..... Hormis quémander des baisses d'impôts et cotisations sociales pour soi-disant favoriser la création d'emplois qui jamais n'arrive...et venir pleurnicher à la TV, on ne peut pas dire que ce monsieur soit très crédible.. ...
Réponse de le 19/04/2017 à 19:06 :
Succéder à ses parents ã la tête d'une entreprise, excusez moi c'est plutôt un fardeau qu'un cadeau, car il faut prouver tous les jours que l'on est capable de continuer à faire progresser l'entreprise et Pierre GATTAZ le fait très bien
Réponse de le 20/04/2017 à 13:47 :
Bah disons que ce trimestre la France a battu son record de création d'emploi. La courbe est inversée, un peu tard surement, mais c'est fait, et les mesures pro-entreprises de Valls y ont contribué
a écrit le 19/04/2017 à 18:11 :
Ah parce qu'il n'y a pas toujours été ? Non mais vous rigolez ? Vous-mêmes nous avez fait plusieurs articles il y a quelques mois pour dire que Gattaz disait que les programmes économies les mieux pour lui étaient ceux de fillon et macron, si ça c'est pas se lancer dans la bataille je ne sais pas ce que c'est.

Ah... la fabrique à opinion.
a écrit le 19/04/2017 à 16:17 :
Quand je vois Pierre Gattaz qui n'a rien créé (merci papa), qui est vieillot à tous niveaux et qui de plus, n'est pas vraiment audible et ne représente que les groupes/firmes (donc pas les entreprises majoritaires en France), cela me donne encore moins envie de voter pour Fillon. Je serai plus sensible à la CGPME et peut-être à Macron.

Pourtant, je suis de droite mais le parti LR, je n'en peux plus ! Plus audible et encore moins crédible. Trop de magouilles, trop déconnecté des réalités.

Les temps ont changé, les pratiques doivent également changer. Et tant qu'à faire les méthodes et les gouvernants aussi.

J'ai envie de regarder en avant, de pertinence de pragmatisme, d'être gouvernée/représentée par des personnes sans casseroles qui dirait "faites ce que je dis mais pas ce que je fais".

Il faut vraiment passer à autre chose.
Réponse de le 20/04/2017 à 13:51 :
Le MEDEF représente effectivement d'avantage les grands groupes que les TPE/PME. Sur la mondialisation, les exportations, il est largement crédible et représentatif. Les grands groupes français pèsent l'essentiel de nos exportations.
L'UPA a un très bon avis sur plein de choses quant aux enjeux du quotidien, mais n'est pas dans les sujets exportations.
La CGPME est aussi plutôt enjeux internes que mondialisation, si ce n'est le côté négatif
a écrit le 19/04/2017 à 16:01 :
rien que pour çà je voterai marine ....!!
Réponse de le 19/04/2017 à 16:44 :
@Albert
!!...Rien que pour çà je voterai Mélenchon. Na!
a écrit le 19/04/2017 à 15:58 :
"Mais le Medef est-il représentatif de l'ensemble des entreprises tricolores ?"

Quel cinéma, aux deux dernieres présidentielles ,le Medef a voté exclusivement pour l'UMP à près de ...97% , CGMPE à l'époque et UPA à près de 70%.On peut noter que les patrons suivent les consignes de vote et ne dispersent pas leurs voix ,comme celles des salariés.
a écrit le 19/04/2017 à 15:30 :
Le danger c'est de devoir changer ses habitudes, et en général elles sont mauvaises!

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