Allemagne : la consommation a tiré la croissance en 2015

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Le PIB allemand a progressé de 1,7% l'année dernière
Le PIB allemand a progressé de 1,7% l'année dernière (Crédits : © Wolfgang Rattay / Reuters)
L’Allemagne affiche une croissance de 1,7 % en 2015. Un chiffre dû pour les deux tiers à la consommation des ménages.

La croissance allemande a été de 1,7 % en 2015, selon la première estimation de l'Office fédéral des statistiques, Destatis. Cette croissance est supérieure à la moyenne des dix dernières années (1,3 %) et elle est quasi-stable par rapport à celle de 2014 (1,6 %), mais largement au-dessus de celle de 2013 (0,3 %). On est cependant loin des chiffres enregistrés en 2010 et 2011 (4,1 % et 3,7 %), ainsi qu'en 2006 et 2007 (3,7 % et 3,3 %).

La consommation tire la croissance

Cette année 2016 dénote la poursuite du rééquilibrage de la première économie européenne. Le premier contributeur de la croissance allemande l'an dernier a été la consommation des ménages à hauteur d'un point de PIB, soit le double de sa contribution en 2014. La bonne tenue du marché du travail (l'Allemagne est en situation de plein emploi) et la hausse continuelle des revenus (le revenu disponible a augmenté de 2,8 %) expliquent en grande partie cette performance qui a été encore renforcée par l'inflation faible (0,3 % en 2015), notamment sur les produits énergétiques. Sur un an, la consommation privée a ainsi progressé de 2,5 %. Du jamais vu depuis 2012.

L'Etat a également par ces dépenses largement contribué à la croissance, ce qui est une nouveauté outre-Rhin. La contribution des dépenses de l'Etat a ainsi été de 0,5 point de PIB en 2015 contre 0,3 point en 2014. Malgré une politique de contrôle des dépenses au niveau fédéral, la hausse des recettes a permis d'injecter davantage de fonds dans l'économie.

Faiblesse de l'investissement et de la contribution extérieure

En revanche, malgré une nouvelle progression, l'investissement n'a guère soutenu la croissance en Allemagne. L'investissement productif apporte 0,2 point de PIB, celui dans la construction est neutre. Non que les entreprises allemandes aient moins investi, mais elles ont réduit la croissance de ces investissements. Sur un an, les investissements productifs ont progressé de 4 % contre 4,7 % en 2014. Le rythme de 2015 est cependant supérieur à celui de 2012 et 2013. Mais il dénote une vraie prudence face à un environnement international fragile.

Du reste, la demande externe n'a apporté que 0,2 point au PIB allemand. Là encore, la faute n'en est pas aux exportations, qui continue à bien se comporter (+6,4 % sur un an contre +3,9 % en 2014), mais bien plutôt aux importations qui viennent alimenter la croissance de l'investissement et qui ont doublé leur rythme de croissance en 2015, passant de + 2,1 % à + 4 %. C'est ici le signe du rééquilibrage de l'économie allemande.

Bon millésime

L'année 2015 est donc un cru honnête pour l'économie allemande. Mais, compte tenu des circonstances exceptionnelles liées au plein emploi, à l'excédent courant immense du pays, aux taux bas, à l'euro faible et aux prix faibles des matières premières, ce n'est pas non plus une croissance exceptionnelle. La participation de l'Etat et des entreprises à cette reprise de la demande intérieure reste encore relativement modeste. Et si cette croissance est une bonne nouvelle pour les économies de la zone euro, elle n'est sans doute pas encore suffisante pour servir réellement de « locomotive » à l'ensemble de l'union monétaire.

Une croissance durable ?

Enfin se pose la question de la capacité de l'Allemagne à tenir ce rythme de croissance dans un contexte international toujours marqué par la crise des émergents, et notamment de la Chine, ainsi que par une croissance faible dans le reste de la zone euro. Les derniers chiffres de la production industrielle n'étaient guère encourageant. Mais, pour le moment, le consommateur allemand veille. D'autant que 2016 sera aussi marquée pour l'économie allemande par le défi de l'intégration du million de migrants arrivé en 2015. L'Etat fédéral a annoncé davantage de dépenses pour relever ce défi. Quel sera l'impact sur la demande intérieure allemande ? L'année qui commence apportera sa réponse. Les économistes, eux, tablent sur une croissance encore un peu supérieure, mais toujours inférieure à 2 %.

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Commentaires
a écrit le 16/01/2016 à 17:37 :
Si la consommation c’est la croissance, les américains ne font-ils pas plus de croissance que l’Europe ? L’Europe n’est-elle pas une gueuse qui brime la population alors qu’aux usa on compte près de 15% de dépenses et 70% de consommation au pib… ne devrait-on remettre en cause le système européen et revoir notre définition de croissance et de pib?
a écrit le 15/01/2016 à 13:37 :
Si la consommation tire la croissance, l’Europe n’est-elle pas une farce, depuis 2007, les américains font 4 fois plus de croissance, on joue la marche des trainards ? Dans la presse on publie que l’Europe serait un boulet pour le monde à croissance faible. De plus, la zone produit des dettes qui font baisser le pib par habitant dans nombre de pays d’Europe mais pas aux usa ou au Japon par exemple. Par ailleurs l’Europe a la culture du taux d’emploi vers le bas en particulier la discrimination aux diplômés. On parle d’une Europe barbare, ne devrait inculper l’euro et les 35h pour la destruction économique et l’invention par magie du pib, peut-t-on expliquer la magie keyneisienne ? L’Europe n’est-elle pas un continent dévoyé en déclin avec l’incitation au vice de masse, on ne sent pas l’eau de cologne ? L’Europe n’est-elle pas la culture de mort avec des attaques sur enfants à Calais ou les soigneurs type pompiers ? Ne devrait-on inculper les institutions européennes ?
a écrit le 14/01/2016 à 14:30 :
Votre commentaire oublie l'instauration du SMIG. Comme pour tout petit salaire, tout ce qui a été octroyé a été immédiatement réinvesti dans l'économie, d'où l’augmentation de la consommation intérieure.

D'autre part, l’état (et les Lander) allemand sera obligé de réinvestir encore plus dans les infrastructures mises à mal par 10 années d'austérité, ceci ne peut que tirer le PIB vers le haut. L'augmentation du PIB permet de générer les recettes fiscales permettant les investissements publics.
Réponse de le 15/01/2016 à 11:14 :
L introduction d un SMIC en Allemagne ne concerne qu´un nombre infime de salaries a n a aucune impact sur le PIB. de même que l arrivée des migrants actuellement concentrés dans des centres d accueil ce qui a pas eu d influence sur le PIB 2015.
Le résultat sensationnel est uniquement du grâce a une economie stable et solide, et à la confiance des consommateurs.ce qui a compensé le recul des exportaitons dans des marchés clés tels que la Chine, la Russie ou le Brésil.
a écrit le 14/01/2016 à 14:21 :
Si je fais venir 1 millions de migrants par an, évidemment que mon pays va avoir une croissance tirée par la consommation.

Moi je veux voir le PIB par habitant et non pas le PIB. Je vous fait de la croissance comme vous voulez en multipliant la population chaque année...
a écrit le 14/01/2016 à 12:15 :
C'est mieux que rien, mais c'est pas brillant non plus. Elle est bien fragile la "locomotive" de l'Europe.
On est d'ailleurs tombé bien bas pour se féliciter de taux aussi faibles. 1,2% en France, youpi! 1,7% en Allemagne, champagne!
Pendant ce temps là, les USA et le Royaume Uni devraient faire chacun 2,5%.
Réponse de le 14/01/2016 à 13:28 :
Holà attention aux chiffres "de façade" : les USA et la GB n'ont pas la même façon de faire leur comptes, alors quel pourcentage réel de la population va-t-il profiter de cette croissance dans une économie basée sur la consommation de masse ? 10% ? 1% ? (si vous ne le croyez pas, demandez vous pourquoi la BoE n'a toujours pas augmenté ses taux d'intérêts et que la FED n'a augmenté les siens de que de 0,25% depuis 3 ans)..
a écrit le 14/01/2016 à 11:09 :
La consommation allemande profite à l'Allemagne, non à l'Europe.
Réponse de le 14/01/2016 à 11:35 :
Oui, les Allemands ont des comportements très protectionnistes, et n'achètent qu'en dernier ressort à l'étranger.
Réponse de le 15/01/2016 à 10:52 :
C est un fait que les allemands achetent lesur bouffe au supermarché du coin !! C est du protectionisme ( !!!!)
Pour le reste, pour les products de fabrication industrielle ils achetent les produits au meilleur rapport qualité/prix.
- Véhicules = plus de 50 % sont importés.
- Electromenager/electronique = 95 % sont importés !
- Tourisme ;: plus de 50 % est depensé hors de l allemagne

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