Allemagne : la forte hausse du salaire réel en 2015 est-elle suffisante ?

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Les salaires allemands n'ont jamais autant progressé en termes réels.
Les salaires allemands n'ont jamais autant progressé en termes réels. (Crédits : © Fabrizio Bensch / Reuters)
Les salaires réels ont progressé de 2,6 % en 2015, la plus forte hausse depuis 2008. L'introduction du salaire minimum y est pour beaucoup. Malgré sa vigueur, cette hausse est encore insuffisante pour rééquilibrer la zone euro.

Jamais depuis 2008 le salaire réel allemand n'avait autant progressé. Ce jeudi 4 février, le Bureau fédéral des Statistiques, Destatis, a annoncé une progression de 2,8 % en 2015 de la rémunération des salariés allemands. Compte tenu de l'inflation faible enregistrée (+0,3 %), le salaire réel a donc progressé de 2,5 % l'an passé. En 2014, ce salaire réel avait progressé de 1,7 %, tandis qu'il avait reculé de 0,1 % en 2013.

Bonne nouvelle...

Cette statistique est une bonne nouvelle pour la zone euro. Un des principaux problèmes de l'union monétaire est en effet depuis le début des années 2000 la modération salariale allemande, laquelle a exercé une pression constante sur ses partenaires de la zone euro qui ont vu leur compétitivité (qui - on l'oublie souvent en France - est une valeur avant tout relative) se dégrader. Cette dégradation est une des causes de la crise de la zone euro des années 2010-2013 où plusieurs pays ont dû pratiquer violemment une « dévaluation interne » dont la région subit encore le contrecoup aujourd'hui.

...insuffisante pour la zone euro

Toute progression du salaire réel allemand est donc un signe de convergence bienvenu. Pour autant, elle ne suffit pas, seule, à rééquilibrer la zone euro. Pour plusieurs raisons. D'abord, cette hausse ne fait que confirmer un rattrapage. La modération salariale allemande a duré plus de dix ans et ses effets négatifs ne sauraient s'effacer par deux années de hausse plus vigoureuse. Ainsi, depuis 2008 (année de début des statistiques relevées par Destatis), les salaires réels allemands ont progressé en moyenne par an de seulement 0,98 %. C'est un rythme encore trop mesuré pour espérer un effet au niveau européen.

Une hausse nominale encore assez modérée...

Le fait le plus inquiétant est que cette hausse du salaire réel repose surtout sur l'inflation faible, donc sur un facteur externe, la baisse des prix des matières premières. La hausse nominale des salaires allemands, 2,8 %, n'a rien d'exceptionnel. Elle est à peine supérieure à celle de 2014 (2,6 %) et est inférieure aux progressions de 2008 et 2011 (3,1 % et 3,3 %). Autrement dit, si l'inflation remonte, le « rattrapage » allemand risque donc d'être plus faible, ce qui n'est pas une bonne nouvelle dans la mesure où la BCE s'échine à trouver le moyen de relancer l'inflation.

... et portée par l'introduction du salaire minimum

Du reste, cette hausse de 2015 ne doit pas être surestimée. L'introduction du salaire minimum le 1er janvier 2015 a sans doute pesé lourd dans cette progression. Destatis affirme ne pas être en mesure d'estimer cet impact, mais on peut remarquer que les salaires les plus faibles ont progressé de 4,7 % en données brutes. Il y a donc un effet de régulation certain qui a sans doute gonflé le chiffre de 2015. A n'en pas douter, cet effet sera inexistant dès 2016. Compte tenu de la situation de plein emploi de l'Allemagne, cette progression des salaires nominaux demeure décidément très modérée.

Hausse du taux d'épargne

Reste un dernier élément : cette hausse a soutenu la consommation des ménages qui a progressé de 1,9 % en données corrigées et qui a apporté - fait unique depuis vingt ans ! - un point de croissance au pays en 2015. Ceci est un fait encore une fois bienvenue pour la zone euro qui devrait profiter de cette demande intérieure renforcée. Mais, là encore, c'est insuffisant : le problème de la zone euro est l'excédent courant de l'Allemagne qui devrait avoir encore augmenté jusqu'à 8 % du PIB en 2015. Cet excédent crée naturellement le déficit des autres et freine la transmission de la croissance allemande au reste de l'union monétaire. Or, une grande partie de cette croissance des salaires se dirige vers l'épargne. Le taux d'épargne brute des ménages est remonté en 2015 à 9,7 %, son plus haut point depuis 2010. Une épargne qui, par ailleurs, ne soutient guère l'investissement outre-Rhin.

La BCE doit poursuivre sa politique

Ce chiffre est donc encourageant pour la zone euro, mais il justifie en réalité plus que jamais la politique de la BCE. Mario Draghi a toutes les raisons de vouloir décourager les ménages allemands à épargner en pratiquant une politique qui pèse sur les taux de rémunération. Il convient qu'une part encore plus importante de la hausse des salaires allemands se dirige maintenant vers l'économie réelle, alors que, précisément, les taux bas ne représentent pas un frein à l'investissement.

Encore insuffisant pour soutenir l'inflation

Parallèlement, la BCE doit continuer à espérer que les salaires nominaux allemands continuent de progresser. Un des principaux moteurs de l'inflation est l'écart entre salaires nominaux et productivité. Avec un écart de 1,4 % entre ces deux éléments en 2015, l'Allemagne, première économie de la zone euro qui pèse pour 30 % du PIB européen, ne tire pas encore réellement l'inflation vers l'objectif de 2 % à moyen terme de la BCE. D'autant que, sur cette même période, des politiques clairement déflationnistes ont été imposées à l'ensemble des autres pays de la zone euro. Bref, la zone euro a encore clairement besoin d'une croissance plus soutenue des salaires allemands.

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a écrit le 05/02/2016 à 18:10 :
Le salaire minimum allemand n'est pas généralisé, des secteurs disposent de larges délais pour l'appliquer. Pour tenter de comparer nos deux pays, disons qu'il s'agit de deux stratégies différentes. Nous avons concentré nos entreprises pour en faire des champions et pour cela avons vendu aux allemands tout ce qui dépassait. Ce raccourci nous a évité les fusions et éventuels plans sociaux, nos voisins qui avaient un secteur bancaire très local particulier ont pu faire ces opérations de reprise. Il faut souligner deux points que l'on néglige souvent dans les analyses : L'Allemagne c'est 60% du territoire français mais 30% de population en plus. Parmi d'autres constats on peut dire que chaque territoire est plus riche avec une amplitude capitalistique plus grande par un fait disons socio-géographique. Nous luttons contre beaucoup plus fort. Ainsi porter notre pays à égalité montre l'effort accompli. Nous avons tiré avantage donc de notre stratégie, la meilleure mathématiquement, les allemands ont fait de même. Ainsi nous avons abandonné de nombreux secteurs "ordinaires" pour nous consacrer sur l'excellence. Ils ont eux tenté de faire durer des produits devenus parfois obsolètes, ont travaillé l'ordinaire en déléguant une large partie de sa fabrication à ses voisins et en raflant au passages les subventions européïstes tout en en faisant des "captives". Petit à petit ils ont conservé ce qui était possible sur leur sol avec de meilleurs salaires et se sont transformés en "tradeurs" comme le faisaient les hollandais pour le reste. Leurs voisins se sont alors retrouvés plus pauvres en fermant des usines devenues inutiles, selon les secteurs. De notre côté les produits d'excellence se sont retrouvés parfois être des idées creuses tandis que les phénomènes disruptifs prenaient certaines de nos initiatives à contre-pied. Dans ce contexte que les deux pays trouvent un salaire minimum commun ou en moyenne identique n'est pas une mauvaise chose, pourtant il serait préférable de baisser, s'il était possible, les nôtres et non monter les leurs. Ensuite il n'est pas souhaitable de voir gonfler l'inflation puisque nous sommes dans une économie générale régressive. Il n'es tpas nécessaire non plus de faire monter le salaire minimum ensuite car les prix se calent sur ce dernier, le faire progresser donne avantage à des compétiteurs extérieurs contre nous. Il faut donc avoir cette pédagogie de faire savoir que les salaires ne peuvent augmenter désormais que par une meilleure qualification et que la vie se passe aussi après le travail. Le meilleur programme pour la France et la BCE et tout parti politique est d'organiser la fin totale du chômage, ce qui est largement possible si nous cessons de nous murer dans des raisonnements anciens.
a écrit le 05/02/2016 à 13:04 :
Le soit disant " salaire minimum" de 8,50 € / h n a joué aucun role dans cette progression des revenus et des salaires mais reflète la bonne santé de l economie au total et les bons résultats de entreprises auquels participent les employés.
Meilleur exemple : Mercedes Benz vient de publier ses resutlats 2015 mirobolants et les employés vont bénéficier d une prime de participation de 6500 euro.
C est ca qui avant tout fait augmenter les revenus ....
a écrit le 05/02/2016 à 13:04 :
Le soit disant " salaire minimum" de 8,50 € / h n a joué aucun role dans cette progression des revenus et des salaires mais reflète la bonne santé de l economie au total et les bons résultats de entreprises auquels participent les employés.
Meilleur exemple : Mercedes Benz vient de publier ses resutlats 2015 mirobolants et les employés vont bénéficier d une prime de participation de 6500 euro.
C est ca qui avant tout fait augmenter les revenus ....
a écrit le 05/02/2016 à 9:21 :
la balance europeenne est excendentaire, notamment a cause de l'allemagne;
alors ok elle vend aussi a ses partenaires europeens, mais elle n'est pas idiote au point de se suicider pour donner bonne conscience a des francais qui n'en foutent pas une, et veulent envoyer tt le projet europeen au tapis en rigolant et en accusant les autres
a écrit le 04/02/2016 à 18:25 :
Une fois de plus, c'est à cause de l'Allemagne que l'Europe ne se porte pas très bien....
Cordialement
Réponse de le 05/02/2016 à 0:50 :
L'Allemagne a su se débarasser d'un chomage important avec le slogan: Il n'y a rien de moins social que de ne pas avoir du travail. La France piétine de faire la même chose.
a écrit le 04/02/2016 à 17:41 :
L'Allemagne a besoin d'excédent courant pour rembourser sa dette qui dépasse le seuil toléré par les critères européens de stabilité. Lui reprocheriez-vous d'être compétente là où la majorité des pays et politiques européens ne le sont pas?
a écrit le 04/02/2016 à 14:09 :
Cela dit, pour avoir travaillé en Allemagne il y a quelques années , à salaire égal ou légèrement supérieur, il est nettement plus agréable de travailler là-bas:
- management plus à l'écoute.
- respect des horaires ( encore beaucoup de pointeuses).
- pour un ingénieur ( c'est mon cas), culture technique forte.
Réponse de le 04/02/2016 à 19:14 :
tout a fait d accord. et en plus il est souvent possible de se loger pour moins cher et en RFA on est pas oblige de vivre dans l equivalent de la region parisienne. en RFA les entreprises sont bien disseminees sur le territoire alors qu en france ...
a écrit le 04/02/2016 à 14:07 :
L'Europe peut relancer sa croissance interne car c'est un marché de 400 millions de consommateurs. L'inflation modérée doit revenir car la déflation sape le moral des forces vives.
a écrit le 04/02/2016 à 13:55 :
Les salaires en Allemagne n'avait pas augmenter depuis 10 ans, il faudrait un smic a 8€50 brut en France aussi même si il y a autant de misère ne Allemagne qu'en France !
Réponse de le 04/02/2016 à 19:13 :
faut pas exagerer, les salaires augmentent plus en RFA qu en France. et en allemagne on a pas une bulle immo qui fait que tous vos gains sont englouti par le logement (enfin grace a la politique imbecile de la BCE, on commence a voir les prix des logement suivre la tendance francaise). Sinon, pour ma premiere promotion en france, j ai ete ... diminue !
Une cotisation sociale ayant augmente alors mon salaire est reste constant
a écrit le 04/02/2016 à 13:22 :
la politique intelligente, car seule possibilité pour générer de la croissance, de hausse des salaires en europe est en contradiction avec la politique économique néolibérale voulant que seuls les actionnaires gagnent de l'argent, au détriment de plus en plus, vu qu'ils ne reste plus que ça, des salaires justement.

Vu la sénilité avide des décideurs je ne pense pas que nous allions dans le sens de votre analyse hélas...
Réponse de le 05/02/2016 à 9:24 :
les politiques neosocialistes menent a l'ultrainflation, a la misere et a la guerre
faire n'importe quoi, c'est l'apanage des ultrafrancais neokeneysiens, histoire de faire de l'hyper ultrainflation ' facon zimbabwe' ( vu que c'est paye par personne)
et quand ca derouille on envoie tt le monde en camp ( ce qui n'a effectivement rien de liberal!!!) comme le fait en rigolant kim le farceur neocommuniste
Réponse de le 05/02/2016 à 10:01 :
Keynésien les socialistes !?

Le néolibéralisme est anti-keynésien et les socialistes avouent être néolibéraux. Je ne vois pas comment ils pourraient être keynésien du coup hein...

Tous les partis politiques valident le néolibéralisme directement ou indirectement d'ailleurs...

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