En Allemagne, trois millions de personnes voudraient travailler plus

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Le plein-emploi allemand créé aussi des frustrations.
Le plein-emploi allemand créé aussi des frustrations. (Crédits : © Fabrizio Bensch / Reuters)
Malgré le plein emploi, l'économie allemande ne parvient pas à satisfaire les besoins de tous les salariés. Le revers d'un modèle fondé sur la croissance du temps partiel.

Le « miracle » allemand de l'emploi fait bien des envieux. Avec raison, du reste. En janvier 2016, le nombre de chômeurs en données brutes avait reculé sur un an de 3,7 %, soit 111.000 demandeurs d'emplois de moins. Le taux de chômage allemand se situe désormais à 4,5 % au sens de l'Organisation internationale du Travail, ce qui en fait le plus bas de la zone euro puisque, désormais, le chômage remonte en Autriche, ancien champion européen de l'emploi.

22,6 millions d'heures de travail désirées et non satisfaites

Ce succès connaît cependant quelques zones d'ombres, comme l'a souligné, ce lundi 15 février, l'Office fédéral des statistiques, Destatis. L'institut révèle qu'en 2014, il y avait  2,9 millions d'actifs allemands qui auraient souhaité travailler davantage. Certes, 915.000 actifs souhaiteraient travailler moins, mais au final, ce serait 22,6 millions d'heures de travail hebdomadaires que les actifs allemands ne pourraient pas effectuer. C'est un potentiel de travail de près de 566.000 équivalents temps plein qui serait inutilisés, a calculé Destatis.

2,9 millions de mécontents

Ces chiffres amènent plusieurs conclusions. D'abord, le fonctionnement du marché du travail allemand, malgré ses créations d'emplois, engendre beaucoup de mécontents. Les 2,9 millions d'actifs qui voudraient travailler plus représentent 7,3 % de la population active. Et le mécontentement de ces personnes n'est pas mince, puisqu'ils voudraient en moyenne travailler 11,3 heures par semaine de plus, ce qui est globalement cohérent avec leur taux de travail moyen de 28,4 heures par semaine. En Allemagne, s'il n'existe pas de durée du travail unique légale, la semaine de 40 heures, qui a longtemps été la norme, reste en effet la référence dans l'esprit des actifs. On le voit donc, le « miracle » de l'emploi ne satisfait pas tout le monde, loin de là.

Le fruit du développement du temps partiel

Ce sous-emploi touche logiquement les personnes travaillant à temps partiel. 1,63 million d'entre elles, soit près de 14,9 % de l'ensemble des personnes travaillant à temps partiel en Allemagne souhaiteraient travailler davantage. En moyenne, le désir d'heures supplémentaires atteint 14,7 heures hebdomadaires pour les salariés à temps partiel. Or, le temps partiel explose en Allemagne. En 2010, les travailleurs à temps partiels représentaient 19 % des actifs. Quatre ans plus tard, cette proportion est passée à 27,5 %. On voit que la baisse du chômage allemand s'appuie surtout sur ce type d'emploi. Autrement dit, l'Allemagne a réduit son chômage en réduisant le temps de travail moyen qui, en 2014 était de... 35,4 heures pour l'ensemble des actifs. On notera, d'ailleurs, que 1,27 million d'actifs à temps plein souhaiterait aussi travailler davantage (mais 823.000 souhaiteraient travailler moins), ce qui est aussi le fruit d'une politique de baisse moyenne du temps de travail pour les emplois à temps plein.

Le recours au temps de travail

Le chiffre de Destatis vient prouver que l'économie allemande a également recours, pour baisser le chômage, au partage du temps de travail. Ce partage ne se fait certes pas, comme il s'est fait en France, par une législation généralisée (et qui, rappelons-le,  depuis 2000 a été largement amendée), mais par des créations de postes à durée du travail réduite. Les 10,8 millions de travailleurs à temps partiel outre-Rhin travaillent en moyenne 19,4 heures par semaines. Dire que la réduction du temps de travail est néfaste pour l'emploi et présenter un contre-exemple allemand à la situation française de ce point de vue semble donc inexact.

Le modèle allemand de l'emploi génère donc ses frustrations: les Allemands souhaiteraient aussi « travailler plus pour gagner plus », mais l'économie allemande est incapable de générer les 22,6 millions d'heures nécessaires. La France règle ce problème principalement par le chômage, l'Allemagne davantage par le temps partiel. Dans l'Hexagone, le taux de temps partiels en 2014 était de 18,9 %, soit près de dix points de moins qu'en Allemagne.

Problème macroéconomique

Cette situation a plusieurs conséquences importantes en termes macroéconomiques. Elle limite la transmission du plein-emploi sur la demande intérieure. Pour les personnes en sous-emploi, la hausse du salaire réel est certes bienvenue mais pas suffisante pour combler leurs besoins qui, on l'a vu, s'élèvent à plus de 11 heures de travail. Elle est aussi logiquement plus limitée en valeur absolue. La consommation de ces ménages reste donc réduite. Si le « sous-emploi » n'est pas suffisant pour vivre, la hausse des salaires n'est pas un élément déterminant  Par ailleurs, l'importance croissante du temps partiel incite les personnes à temps plein et sur des contrats classiques - encore très protégés en Allemagne - à prendre leurs précautions. Un salarié à temps plein sait qu'il risque de retrouver un emploi à temps partiel ou avec des horaires de travail réduits - et donc une rémunération plus faible. Il aura donc tendance à utiliser une partie de la hausse de son salaire réel pour épargner. D'où ce paradoxe allemand que le plein emploi a entraîné une progression du taux d'épargne.

Cette situation est un des facteurs du problème allemand pour le reste de la zone euro. L'union monétaire a besoin d'une demande intérieure allemande plus dynamique. Or, malgré une croissance plus forte depuis deux ans, la consommation des ménages n'est pas réellement encore conforme à une situation de plein emploi. D'où une croissance qui dépend encore fortement de la demande externe, comme on l'a vu au dernier trimestre de 2015 où elle n'a été que de 0,3 %, soit la moyenne de la zone euro et qui génère encore des excédents courants immenses de près de 8 % du PIB.

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Commentaires
a écrit le 25/05/2016 à 21:19 :
j'ai l'honneur de venir travailer en allemangne n'importe quel travail sa me conviens
a écrit le 15/02/2016 à 23:33 :
Si on était tous à mi-temps en France, il n'y aurait plus de chômage, comme en Allemagne.
Mais c'est pas satisfaisant, pour ceux qui veulent travailler plus (disons "normalement").
a écrit le 15/02/2016 à 21:38 :
Eeet.. les lois Hartz et l'absence de bulle immobilière et alimentaire dans le SEUL pays au monde, vous l'expliquez comment..??
a écrit le 15/02/2016 à 20:00 :
j'ai travaillé 6 mois en Allemagne en 2010 ( vers Nuremberg); j'avais la nette impression que les gens vivaient mieux:
- meilleure qualité de vie ( par ex. , tous les cadres pointaient, et RECUPERAIENT leurs heures au delà de 35 h ) .
- meilleures relations au travail.
- salaire 10 à 15 % supérieur, pour un coût de la vie moindre ( bouffe moins chère).
Je ne sais pas si il y a d'autres expériences chez les lecteurs, mais ça , c'est la mienne.
Réponse de le 16/02/2016 à 11:24 :
idem en baviere (ingolstadt) et en Francfort. Par contre, c est un peu en train de changer a cause de la BCE. les taux d interets ridicules font gonfler une bulle immobiliere (pas encore au niveau frnacais certes). Quant a l article, il fait surtout reference aux mini jobs.C est surtout eux qui sont a temps partiel et mal paye. Mais c est guere mieux en france puisque ca correspond aux job de caissieres de supermarche ou des entreprises de nottoyages/gardiennage
a écrit le 15/02/2016 à 19:43 :
merkel n a donc pas besoin d emigrants analphabetes et sans dents
a écrit le 15/02/2016 à 19:23 :
Les artistes de la synthèse statistique oublient que ce qu'ils présentent comme une unité, c'est la somme d'une multitude d'entreprises (3.600.000 en Allemagne selon Destatis) avec chacune sa situation particulière. Malgré le désir de travailler plus de certains employés, il y a en même temps 800.000 places disponibles qui ne trouvent pas de preneur et qui dépassent le potentiel du temps inutilisé mentionné. Le vrai problème est donc de qualifier les gens qui veulent travailler plus pour pouvoir occuper les places disponibles.
a écrit le 15/02/2016 à 17:04 :
C'est un très bon article mettant en évidence cette perpétuelle volonté de nos décideurs de vouloir faire travailler les gens pour de moins en moins chers et donc continuer cette politique économique de baisse de la capacité de consommer des citoyens.

ça commence à sentir fortement le principe des Shadoks mais vu le niveau intellectuel de nos décideurs économiques et politiques ce n'est pas étonnant.
a écrit le 15/02/2016 à 16:35 :
Travailler c'est bien, gagner sa vie c'est mieux., et gagner sa vie sans la perdre à travailler c'est encore meilleur.

Il existe un pays extraordinaire, les gens y ont parfois choisit de travailler moins parce qu'avec 32h par semaine ils gagnent assez pour vivre décemment...

C'est la Norvège, autant dire que le MEDEF local est furieux. Il perd son pouvoir sur les masses laborieuses.
Réponse de le 09/03/2016 à 17:23 :
Petit rappel:
En Suisse le temps de travail se situe entre 41 et 43 heures de travail selon industrie.
Petit rappel:
Taux de chômage est de 3.3%
On continue les comparaisons ?
a écrit le 15/02/2016 à 16:26 :
Juste une question de vision politique? Vaut-il mieux travailler même si c'est pour gagner peu, ou rester chez soi et toucher des aides sociales?
a écrit le 15/02/2016 à 15:25 :
tout est une question de philosophie
y a plein de gens en allemagne qui voudraient travailler plus, c'est sur!
l'allemagne a fait le choix d'avoir des gens en sous travail, mais avec le pied a l'etrier
en france, non seulement le chomage y est 2 fois plus eleve ' de facon structurelle', mais si on decompte les chomeurs et ceux en sous emplois, on est a 8 millions de personnes, dont une part eloignee ' a vie'
question de choix...........
le francais pointe les defauts des autres pour eviter de regarder ce qu'il a chez lui est qui est encore bcp moins reluisant!
a écrit le 15/02/2016 à 13:59 :
Une des différences est aussi que le temps partiel des femmes est très peu développé en France par rapport à des pays comme l'Allemagne où sociologiquement le concept de "femme au foyer" n'a pas complètement disparu. En fait la France boucle au final avec peu d'heures travaillées rapportées à la population non pas du fait que les français au travail travaillent trop peu mais plutôt du fait de l'inactivité totale d'un trop grand nombre de jeunes ou de seniors (phénomène qui existe beaucoup moins en Allemagne). Ce faible nombre d'heures en France est en partie dû à un coût horaire élevé du travail faiblement qualifié faisant préférer l'automatisation ou le self service (quand ce n'est pas le travail au noir), zone d'emploi où le volume d'heures est important.
a écrit le 15/02/2016 à 13:50 :
voila un article type de ce journaliste: l allemagne ne va pas mieux que la france! Tout n est pas si rose la bas! Et au fond, chez nous en france tout est mieux!
a écrit le 15/02/2016 à 13:32 :
Suite. Cette contribution de l'énergie (une taxe) serait en plus favorable au climat. Que demander de mieux?
a écrit le 15/02/2016 à 13:26 :
Qui évoquera la notion de temps libéré par les gains de productivité que l'énergie nous procure? Le chomage est du temps libre. Il faut le rémunérer par une contribution de l'énergie et le répartir judicieusement.
a écrit le 15/02/2016 à 12:47 :
perso pareil que les allemands, moi je suis quelqu'un qui travaille beaucoup sans compter mes heures supp, je touche 2 fois le smic, mais j'enchaine les périodes travaillés avec des périodes de chômage non voulues égales à mes périodes travaillés, du coup j'épargne le maximum d'argent possible pour y faire face, le souci c'est que quand je gagne je verse un maximum d'impôt, alors qu'il m'est arrivé 2 fois de toucher le rsa, si on nivelle tout mes gains sur mes 10 années de vie active, j'ai du touché à peine le smic, heureusement j'ai de l'épargne pour amortir, mais impossible d'acheter un appartement, d'aller en vacances... Mais j'ai confiance au Gouvernement un jour celui-ci tapera dans mon épargne, d'ailleurs l'année dernière une loi est passée autorisant les banques à tapé dedans en cas de crise...

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