Et si le QE de la BCE servait à financer la transition écologique ?

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Peut-on créer de la monnaie pour financer une vraie politique d'investissement ?
Peut-on créer de la monnaie pour financer une vraie politique d'investissement ? (Crédits : © Dado Ruvic / Reuters)
La Fondation Nicolas Hulot propose d'utiliser la création monétaire de la BCE pour financer 300 milliards d'euros par an de dépenses liées à la transition écologique et à la lutte contre l'exclusion sociale. L'idée répond à plusieurs enjeux macroéconomique de la zone euro, mais sera-t-elle entendue ?

Alors que la BCE et son président Mario Draghi s'échinent à chaque instant à prouver, et s'il le faut en la renforçant encore, que sa politique d'assouplissement quantitatif (baptisée parfois « QE » pour Quantitative Easing, en anglais) fonctionne, certains s'interrogent sur des alternatives plus efficaces. Mardi 31 mai, l'association « QE4People » (« l'assouplissement quantitatif pour les gens »), réunissaient les promoteurs de plusieurs de ces propositions.

L'idée principale de ces initiatives est de contourner deux obstacles qui empêchent la politique monétaire d'être pleinement efficace en zone euro. D'abord, les banques qui, malgré les rachats de titres de la BCE et les liquidités qui leur sont prêtées par la banque centrale quasi gratuitement (voire désormais avec une bonification comme dans le cas du programme TLTRO II) à court et à long terme, restent frileuses dans beaucoup de pays à prêter à l'économie réelle. Ensuite, la faiblesse de la demande, notamment des entreprises via l'investissement, sujet que la politique monétaire ne traite que marginalement.

L'option de l'hélicoptère

Plusieurs idées ont donc été avancées, parmi lesquelles le fameux « hélicoptère monétaire », somme créditée sur les comptes des ménages et baptisé « dividende monétaire ». Cette méthode évoquée un temps comme « intéressante » par Mario Draghi, mais qui n'a jamais réellement été envisagée concrètement par la BCE, aurait plusieurs avantages dont le principal est de ne pas être « explicitement interdit par les traités », comme le souligne Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank, même s'il se dit persuadé que l'affaire ira devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.

Les avantages de l'hélicoptère

Selon ce dernier, le dispositif a trois avantages : il « court-circuite » le secteur bancaire, il n'augmente pas la dette des Etats membres et il peut avoir un effet redistributif pour peu qu'on favorise les ménages aux revenus les plus faibles et/ou les plus endettés. Selon lui, « l'expérience des crédits d'impôts aux Etats-Unis en 2001 et 2008 prouve que les ménages utilisent les rentrées d'argent inattendues pour consommer ou se désendetter, non pour épargner, alors même qu'il s'agissait de périodes de crises ». Ce serait donc la preuve que cet argent ne finirait pas sur les comptes épargne, transfert qui rendrait cet hélicoptère inefficace.

Le problème de l'investissement

Reste que le problème majeur de la zone euro réside dans la faiblesse de son investissement. Malgré un rattrapage, il n'a pas retrouvé son niveau d'avant la crise de 2007 et c'est principalement ce qui obère aujourd'hui non seulement la croissance présente, mais aussi celle de l'avenir. Les plans de relance de 2009 ont permis de parer au plus pressé, mais n'était que des pare-feux. Quant au plan Juncker, il s'enlise définitivement dans une logique erronée (celle du seul « amorçage » par les pouvoirs publics) et dans les marais de la complexité bruxelloise... Les besoins ne manquent pourtant pas, notamment ceux concernant la transition écologique.

300 milliards par an

Dans ce contexte, la Fondation Nicolas Hulot propose un plan d'investissement financé par une réorientation du QE de la BCE de 300 milliards d'euros par an pour la zone euro. L'idée est de confier l'initiative de ces investissements au secteur public, non seulement parce que c'est lui doit assumer des tâches d'intérêt général, pas toujours assez rentable directement, mais aussi parce que les acteurs privés demeurent trop timorés. Il ne s'agit donc pas d'un simple amorçage, comme avec le plan Juncker, mais d'une vraie impulsion et d'une vraie direction issue de choix politiques qui peut et qui doit entraîner la dépense privée. Les dépenses viseront donc à financer la transition écologique et à se donner les moyens d'atteindre les objectifs de la COP21, mais aussi à atteindre des objectifs sociaux : lutte contre la pauvreté, la précarité et les inégalités.

« Flécher » la création monétaire

La Fondation Nicolas Hulot propose donc que la BCE prête directement aux banques publiques européennes et nationales à taux zéro et à très long terme pour assurer le financement de ces investissements. Cette proposition s'appuie sur l'article 123-2 du traité de l'UE qui autorise le refinancement par la BCE des « établissements publics de crédit ». Il s'agirait donc pour la BCE de favoriser ces acteurs pour favoriser les dépenses « utiles ». Ces banques publiques viendraient ensuite financer des projets mis en œuvre par les Etats et répondant à des critères d'éligibilité stricts et prédéfinis. Ces investissements seraient ensuite ôtés des critères de Maastricht en matière de dettes et de déficits, comme la Commission européenne l'avait elle-même proposé pour le plan Juncker. La Fondation Nicolas Hulot estime que les citoyens devraient participer à la définition des projets qui devront faire preuve d'une « gouvernance exemplaire ».

Proposition à la hauteur des enjeux

Cette proposition est intéressante en ce qu'elle répond à plusieurs carences de l'actuelle politique monétaire : elle permet d'agir directement sur l'économie réelle et à dynamiser rapidement, mais aussi durablement compte tenu de l'ampleur des investissements à réaliser, l'économie européenne. Les dépenses visées, qui vont des infrastructures de transports à la rénovation écologique des bâtiments, permettent d'irriguer l'ensemble du tissu économique. Elle permet aussi de « diriger » des dépenses vers des dépenses « utiles » et vers l'économie et l'intérêt général, ce qui semble plus raisonnable que de déverser 80 milliards d'euros par mois sur les marchés en laissant la « main invisible » agir et, souvent, créer des bulles...

Quel avenir ?

Reste à savoir quel sera l'avenir de cette proposition. A Bruxelles et à Francfort, on va feindre d'ignorer ce type de démarche. Leur vision officielle est répétée à chaque conférence de presse de la BCE : la croissance ne viendra que des « réformes structurelles », par ailleurs pourtant largement déflationnistes par essence. Le seul espoir est donc politique. Ce plan ambitieux et réaliste sera-t-il repris par un courant politique ? Sera-ce un enjeu de la campagne électorale française ? Là aussi, on peut en douter compte tenu du niveau faible du débat autour des enjeux européens dans l'Hexagone.

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Commentaires
a écrit le 11/06/2016 à 7:49 :
L'article décrit bien la logique du pouvoir capitaliste néolibérale.
La Fondation Hulot qui la finance? Lesmultinationales ?

Bref, l'article annonce bien que les États ne servent à rien. Comme si
la citoyenneté n'existait pas, tout pour la Surconsommation
exponentielle. Bref, la fondation ne remet pas en cause le système
de prodution-consommation.

Donc, cette forme d'argent hélicoptère ira achever les dernières ressources
à court terme. La déclaration de Cocoyoc en 1974 disait déjà que les ressources
faciles à extraire ne profiteront pas aux populations des pays exportateurs de
matières premières. Le jour où ils voudront profiter de ces dites ressources
alors elles seront inaccessibles ou très difficile à extraire.
a écrit le 03/06/2016 à 6:59 :
la question à se poser est celle du retour sur un tel investissement. Si cette manne relance l'économie anémiée de la zone Euro, pourquoi pas. C'est une opération que l'on ne pourra pas refaire souvent. Il ne faut pas se tromper.
a écrit le 02/06/2016 à 14:23 :
Le problème de la fameuse transition écologique tient d'une part dans la relative irréalité de son existence, et de sa capacité éventuelle à créer emplois et valeur ajoutée. En effet tout ce que l'on présente aujourd’hui dans cette optique, tient plus de micro progrès techniques appliqués à des activités existantes, que de ruptures technologiques majeures susceptibles de transformer massivement, et dans la durée, les conditions de production de valeur ajoutée, seule à même de faire repartir la croissance et donc les emplois. Quant à la technique dite de l'hélicoptère, ce serait très vraisemblablement une impasse dramatique, car il serait vain d'ignorer le principe de formation de la valeur ajoutée et de la monnaie pour l'échanger, en distribuant gratuitement de l'argent existant, sans travail pour pour le produire, qui aurait pour effet essentiel de gaspiller une valeur ajoutée passée sans création de nouvelle pour la remplacer. Enfin les décisions d'investissement sont prises par des acteurs économiques sur la base d'une utilité du capital pour réaliser un chiffre d'affaire et une rentabilité absorbant les couts et produisant des bénéfices pour les réinvestissements futurs, et non sur des spéculations macro-économiques visant à satisfaire une démarche de type politique venue d'en haut sans prise en compte des besoins des acteurs individuels. C'est pour cela que distribuer de l'argent non gagné par un travail, dans une période de stagnation et de taux bas aboutirait très vraisemblablement, non à une consommation mais à une thésaurisation supplémentaire, donc à l'inverse de l'effet recherché.
a écrit le 02/06/2016 à 13:32 :
Pour investir, il faut que cet investissement soit "rentable". Pour qu'il soit rentable, il faut augmenter le prix de l'énergie. Mais sur le plan économique, il faut que cette augmentation du prix de l'énergie soit compensée par une diminution du cout du travail, à niveau constant.
a écrit le 02/06/2016 à 12:25 :
Le QE en l'état peut évidemment financer les projets dits écologiques, et à des coûts raisonnables (compte tenu es taux d'intérêt très bas voire négatifs)..évidemment, encore faut-il faire la distinction entre ce qui est rentable et non-rentable..In fine, la question est toujours la même: quel est le niveau de dette acceptable?
a écrit le 02/06/2016 à 11:04 :
De très bonnes idées, peu débattues et bien souvent décrites comme irréalistes, interdites par "les traités" etc...Cependant elles sont défendues par plusieurs économistes et depuis déjà un moment par certains politiques comme jean Luc Mélenchon...
Y a t il une ligne Mélenchon-Hulot ? Wouha !
a écrit le 02/06/2016 à 9:43 :
et si tout bonnement on réduisait les dépenses et les impôts ? pourquoi continuer à ponctionner comme on le faisait il y a 15 ans et toujours plus alors que l'activité économique
se réduit en peau de chagrin ? il n'y a lus de corrélation entre budget dépense et activité économique (et arrêtons de publier le vrai faux % du PIB qui comprend la part publique ! )
a écrit le 02/06/2016 à 9:36 :
Ce qui est curieux, c est que la,croissance du monde est presque en stagnation.....et que a quelques points âpre le virgule près, les pays dits riche auront une croissance identique, quelques soient les legislation du travail...
Alor le,vrai problème de la production de,richesse est peut etre a,chercher ailleurs que dans la baisse des couts et des salaires......
Le toujours plus est toujours moins cher a ses limites
Parlons aussi de formations initiales et de celles des,chômeurs.......pas les,formations garages, des vraies, qui qualifient.....
Dernier point, si réforme il faut..alors prenons le temps de refonder cz qui fait les bases,du contrat...poir le rendre lisible et efficient....on fait,exactement le,contraire...les,gislarion déjà hypertrophiée...et on en rajoute une,couche.....
Ha, oui, ce ne si.t pas les,syndicats qui on vendu...la,sidérurgie, alcatel....althom...psa et consort aux étrangers...mais bien nos elites économique et politique
Idem poir la cata edf....erdf....sncf.....et consort....
La,compter ce,de nos elites industriellles......laissent bcp d interogation
a écrit le 02/06/2016 à 9:27 :
Excellente idée ! Mais il faudrait de vrais politiques pour l'appliquer, des gens non corrompus et pas issus de cette bourgeoisie qui veut par tous les moyens garder le pouvoir afin de défendre ses seuls intérêts, et pas ceux du pays ! Ils soutiennent Monsanto sans le dire, les firmes polluantes mais qui leur rapportent des sous, etc ...
Comme par hasard, on ne peut toujours pas consulter en ligne leur patrimoine à ces "élus" ! Pour cela, il faut entamer une démarche complexe auprès des préfectures.
Tant que de tels gens auront le pouvoir rien ne changera, et ils entraînent le pays dans un précipice. Il est grand temps que les citoyens français retrouvent la parole, à l'image de cette association.
Une autre solution serait peut-être de nationaliser toutes les banques de façon provisoire pour obliger à investir et non spéculer (l'Angleterre l'a fait avec la Banque d'Ecosse !), bien que je préfère cette solution de la fondation Hulot qui semble bien réfléchie. Pourquoi pas les deux en parallèle ?
Réponse de le 02/06/2016 à 21:53 :
Ha ha ha !Vous savez qui financent la fondation Hulot !Chercher sur internet vous y trouverez de mechants capitalistes aux gros sous ......
a écrit le 02/06/2016 à 9:18 :
La lutte contre le réchauffement climatique est bien d'interet géneral. Mais pas la tansition énergétique! qui ne sert qu'à "nourrir " les chasseur de primes qui investissent à leur grand profit dans le renouvelable ,sans aucun effet , sur une quelonque réduction des émissions de CO2 comme le montre l'Allemagne ou le Danemark..:
Les vrais enjeux sont:
-l'arret des installations de charbon
-L'isolement des logements
Si on cessait de financer les gadgets renouvelables qui n'arivent pas et n'arriveront pas à devenir compétitifs (photovoltaique en particulier ) ,on trouverait de l'argent pour financer l'arret du charbon
a écrit le 02/06/2016 à 8:59 :
La BCE doit être le gardien de notre monnaie et ne pas se transformer en pouvoir exécutif. La Fed donne actuellement l'exemple des dangers si les banques centrales jouent un rôle politique trop éminent en retardant les hausses des intérêts devenues nécessaires d'un point de vue monétaire. Une fois financé par l'argent central, les projets écologiques continueraient à demander toujours plus d'argent même si une bonne politique monétaire devrait arrêter ce flux d'argent.
a écrit le 02/06/2016 à 8:17 :
Une bonne idée c'est si rare, plutôt que de soutenir la spéculation boursière ou les prix de l'immobilier...
Réponse de le 02/06/2016 à 21:51 :
Les prix de l'immobilier n'ont jamais en France étés aussi bas (pour le neuf ).....
a écrit le 02/06/2016 à 8:07 :
Très bonne initiative, qui profiterais a nos entreprises vertes qui ont besoin de financement pour innover, pourquoi ,ne pas en profiter pour baisser la TVA sur les produits verts écologique qui font travailler nos agriculteurs (isolant naturel) ingénieurs et chercheurs ?
Réponse de le 02/06/2016 à 13:20 :
Et on peut savoir qui va rembourser ces QE à la fin, c'est un jeu dangereux!!!!!!

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