Grèce : Alexis Tsipras va faire adopter son "programme anti-austérité"

 |   |  1131  mots
Alexis Tsipras va faire adopter des mesures sociales nouvelles.
Alexis Tsipras va faire adopter des mesures sociales nouvelles. (Crédits : ALKIS KONSTANTINIDIS)
Refusé par les créanciers en décembre, ce programme devrait être adopté par le parlement ce samedi. C'est un moyen pour Alexis Tsipras de redorer son blason.

Le parlement grec, la Vouli, va adopter ce samedi un programme de mesures visant à compenser socialement celles imposées au gouvernement par les créanciers. Ce « programme anti-austérité » prévoit la mise en place d'une couverture santé pour près de 2,5 millions de grecs, salariés ou non, qui n'en possèdent pas. Des soins gratuits sont prévus pour les personnes les plus fragiles, comme les handicapés, les personnes âgées, les enfants. Enfin, des centres sociaux locaux seront mis en place.

Rejeté par les créanciers en décembre

Cet ensemble de mesures avaient été envisagé en décembre dernier, mais, devant l'opposition des créanciers, qui menaçaient, s'il était voté, de ne pas verser la tranche du soutien financier à la Grèce d'un milliard d'euros, il avait été retiré de l'ordre du jour de la Vouli. Cette fois, Alexis Tsipras entend bien le faire adopter avec la majorité gouvernementale, formé par Syriza et ANEL, les Grecs Indépendants. Un accord a été trouvé sur ce point avec les créanciers.

Excédent budgétaire primaire en 2015

Le gouvernement grec avait, il est vrai, des arguments, désormais, à faire valoir. D'abord, il a fait voté toutes les "réformes" demandées par les créanciers. Ensuite et surtout, en 2015, il est parvenu à dégager un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de 350 millions d'euros, soit 0,2 % du PIB, bien au delà des prévisions du programme qui prévoyait pour l'an passé un déficit de 0,25 % du PIB. Contrairement aux propos accusateurs réguliers de l'Eurogroupe, le gouvernement d'Alexis Tsipras s'est montré, depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2015, particulièrement prudent sur le plan budgétaire. Quant à la récession provoquée par le contrôle des capitaux et les mesures d'austérité prises depuis juillet dernier, elles ont provoqué un recul du PIB inférieur aux estimations du programme.

Etroite marge de manoeuvre

Dès lors, Athènes peut espérer disposer d'une certaine marge de manœuvre. Mais elle reste très étroite. Selon les termes du mémorandum, un quart de cet excédent inattendu doit être consacré au remboursement de la dette. Par ailleurs, l'Etat grec dépend encore des versements du MES pour pouvoir honorer ses créanciers, à commencer par la BCE à qui la Grèce va devoir rembourser en juillet 2016 2,3 milliards d'euros. La Grèce reste donc, malgré cet excédent, sous perfusion des fonds européens. Un excédent primaire n'est pas un excédent tout court. Enfin, le programme prévoit pour 2016 un excédent primaire de 0,5 % du PIB : il faudra donc encore augmenter cet excédent cette année. Le "programme parallèle" ne pourra s'inscrire que dans ce cadre étroit et les créanciers y seront sans nul doute attentifs.

Rôle politique

En relançant ce programme anti-austérité, Alexis Tsipras entend montrer que son parti, Syriza, mène une politique différente de celles de ses prédécesseurs. Depuis son retour au pouvoir le 20 décembre, cette politique a été de "préserver" les plus fragiles des effets des politiques menées. Avec ce programme, il en donne une nouvelle fois la preuve et peut affirmer qu'il mène une politique de "rééquilibrage" de l'effort vers les classes plus aisées.

Colère généralisée

Ce discours a aussi été appliqué à la réforme des retraites. Le gouvernement a voulu préserver les retraites actuelles et, dans le futur, les plus petites pensions. Mais ce programme a fortement déplu aux salariés et, cinq mois après sa victoire aux élections du 20 septembre, Alexis Tsipras doit faire face à une fronde de grande ampleur contre... cette même réforme des retraites. Après une journée de grève très suivie le 4 février dernier, les paysans grecs, déjà très touchés par les mesures imposées par les créanciers, notamment la fin des subventions sur le fuel, et par la situation générale des prix agricoles, ont pris le relais. Très remontés contre les hausses d'impôts et de cotisations prévues, ils ont organisé des blocus de plusieurs villes, ont occupé les rues de Thessalonique et d'Athènes, et ont fermé le 18 février dernier la frontière avec la Bulgarie.

Syriza en difficulté

Cette colère paysanne de plus de deux semaines a provoqué une tension au sein de la majorité. Un vice-ministre des Grecs Indépendants, l'allié de Syriza, Panayiotis Sgouridis, a ainsi été « démissionné » pour avoir proclamer dans le nord du pays, à Alexandroúpolis qu'Alexis Tsipras avait « menti aux électeurs agriculteurs, comme Samaras et Papandréou », les deux précédents premiers ministres. Dans les sondages, la situation de Syriza se déteriore sérieusement. La dernière enquête de MRB donne Nouvelle Démocratie, le parti de centre-droit à 26,9 % des intentions de vote contre 23,2 % à Syriza.

Pression des créanciers

Alexis Tsipras doit donc donner rapidement des gages de l'efficacité de son action. Et prouver son rôle de "défenseur" contre les exigences du quartet, formé par le FMI, l'UE, la BCE et le MES. C'est le but de ce programme parallèle. Mais il doit aussi réaliser un numéro d'équilibriste. La revue du quartet se passe assez mal et la réforme des retraites   déplaît aussi aux créanciers qui voudraient des coupes plus larges et dans les retraites actuelles. Or, Alexis Tsipras a besoin d'une revue rapidement conclue pour pouvoir  exiger l'ouverture des négociations sur la restructuration de la dette. le premier ministre est donc pris entre deux exigences contradictoires : apaiser la colère de la rue et plaire aux créanciers.

Problème de la dette

La stratégie basée sur la restructuration pourrait cependant encore mener à une impasse. Le directeur européen du FMI Poul Thomsen a en effet prévenu la semaine dernière qu'il faudra des mesures d'austérité radicales pour la Grèce s'il n'y avait pas de coupes dans le stock de dettes. Or, France et Allemagne sur ce point : il n'y aura pas d'annulation de dettes. Bref, Alexis Tsipras, qui a besoin d'une victoire sur ce terrain de la dette pour prouver qu'il a réussi où ses prédécesseurs ont échoué, pourrait se voir demander encore plus de mesures d'austérité en échange. Ce serait alors transformer une victoire en défaite.

Le premier ministre grec, pris également dans la crise migratoire qu'il peine à gérer et pour laquelle il subit de fortes pressions européennes, est donc dans une situation difficile. Sous pression à l'extérieur et à l'intérieur, il semble devoir faire face, partout, à des issues qui ont des allures d'impasses.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/02/2016 à 16:19 :
Les Grecs ne rembourseront jamais leurs dettes et l Europe dira AMEN comme elle le fait sur les réformes en cours de TSIPRAS car L UE a besoin de lui à cause des migrants !!finalement il suffit de faire n importe quoi ou de taper du poing sur la table comme les anglais pour obtenir quelque chose!!!on attend quoi pour le faire et retrouver notre autonomie ??,
a écrit le 21/02/2016 à 13:16 :
La Grèce sortira de toutes façons de l'Euro, dans 3 mois, 6 mois, un an ou deux ans.
Un pays ne peut pas être ravagé par l'équivalent d'une guerre (contraction du PIB de 25% en 5 ans + paupérisation massive), sans avoir liberté de politique monétaire pour une relance de la production/consommation; ou alors les pays du Nord vont devoir allonger les biftons pendant des années, ce qu'ils ne feront pas bien entendu.

La question est plutôt : est-ce que la zone Euro s'écroulera avant ou juste après ?
Réponse de le 21/02/2016 à 17:30 :
@Lionel Gilles: le passage trop rapide à 28 a en effet été une erreur majeure, car certains pays, dont la Grèce, n'ont jamais eu la capacité ou le potentiel de s'aligner sur les pays fondateurs. Je pense que c'est la réussite de la fusion des 2 Allemagnes qui a laissé penser que cette intégration pouvait se faire, en oubliant toutefois que les Allemands ne sont pas des Grecs. Les Européens ont besoin de devenir un bloc capable de parler d'égal à égal avec les US, la Chine, La Russie, l'Inde. Va-t-on repenser l'Europe en sortant les pays qui n'ont rien à y faire, c'est ça la question ?
a écrit le 21/02/2016 à 12:39 :
Je peux très bien le dire, car originaire de ce pays et ayant encore des attaches là-bas: Tsipras n'est rien d'autre qu'un incapable doublé d'une capacité de mensonge quasi-infinie. Quand il promettait tout et n'importe quoi à un peuple exsangue et excédé (quand n'importe qui d'intelligent cultivé et analytique savait très bien que cela n'aurait aucune chance d'aboutir en dehors de la science-fiction), et qu'aujourd'hui il fait encore pire que tous ses prédécesseurs, moi j'appelle ça de l'escroquerie à grande échelle et de la haute trahison. C'est punissable par la loi grecque. Son parti n'est ni plus ni moins que l'ancien PASOK (ie l'ancien fief des socialistes voleurs et magouilleurs), avec un peu de rouge et des slogans encore plus débiles. Je ne souhaite qu'une chose: qu'il perde sa majorité (cela va arriver bientôt de toute façon), et que lui ainsi que son chien de garde Kammenos (qu'on appelle "psekasmenos" là-bas, qui veut dire givré) finissent en taule à perpétuité avec interdiction de leurs partis respectifs. Ras le bol de ces politiciens qui exploitent (tout comme en France d'ailleurs) la misère des peuples pour magouiller toujours plus. Il faut passer à autre chose, comme un gouvernement d'union nationale, et arrêter les positions partisanes idiotes en plein cataclysme économique.
a écrit le 21/02/2016 à 11:16 :
M. Tsipras ne sert plus qu'a empocher le salaire du chef d'état et à occuper sa chaise. S'il lui reste un tant soit peu de courage, il devrait démissionner faute d'action.

La Grèce devrait sortir de l'euro et de Schengen. Ils pourraient, dans ce cas, retrouver des marges de manœuvre et de négociation. Avec 10 000 km de frontière, l'UE sans la Grèce deviendrait une vrai passoire. Ils auraient largement de quoi renégocier leur dette sans même faire défaut. De toute façon les conservateurs ne comprennent que la force et l'égoïsme.
a écrit le 21/02/2016 à 10:29 :
Tsipras n'a plus aucun moyen de pression sur "les créanciers" - je préfère le terme de prêteurs perpétuels..-. Le Grexit, alors que le Brexit se profile, ne fait plus sourciller personne; au contraire, il simplifierait la situation. Que d'énergie perdue de part et d'autres pour une situation qui est toujours la même.. Il y a deux vues de l'Europe qui s'affrontent: une vue "égoïste", que je partage, qui vise à faire une union profitable aux citoyens de cette union, éventuellement dans un rapport de forces avec ceux qui sont dehors, et une vue mondialiste, celle des fonctionnaires européens, qui vise à accepter tous les pays, quelque soient leurs économies et leurs différences, très généreuse, mais qui ne résout en rien nos problèmes. Seul problème: quand tous le pays du Monde seront dans l'Union, on en reviendra à la case départ..
a écrit le 21/02/2016 à 2:08 :
Incroyable le nombre de fautes d'orthographe et de ponctuation dans cet article. Décidément le recours à des stagiaires arrivent à ces limites... C'est certain que je ne mettrais jamais un centime dans ce journal!!
Réponse de le 21/02/2016 à 16:42 :
Bravo, au moins 3 fautes d'orthographe dans votre commentaire 😂
a écrit le 20/02/2016 à 18:18 :
ca ne pose aucun pb que les grecs se votent plein d'avantages... tant qu'ils en ont les moyens
le pb c'est quand ils croeint naivement que leurs partenaires vont payer
les francais ont le mem pb avec ' la retraite a 30 ans pour tous financee par personne via eurobonds', avec un regime complementaire qu'il a fallu fusionner sous peine de faillite
les venezueliens ont aussi cru ' c'est paye par personne', et n'ont que 180% d'inflation (officiellement, hein), ce qui n'a rien d'ultra liberal, mais rejouit tous les keynesiens ( ca rejouit moins les gens qui finissent clochards en 2-3 ans)
sinon, faut etre pragmatique, mais ca, c'est pas possible, surtout dans les pays du sud, les neo ultra-marxistes
Réponse de le 21/02/2016 à 12:47 :
"Les grecs se votent plein d'avantages", mon dieu mais qu'est ce qu'il ne faut pas entendre. Ce n'est surtout pas vous, en tant que bon Français bien friand de ses acquis sociaux financés à crédit qui êtes en mesure de donner des leçons à la Grèce ou à tout autre pays de l'Europe. Je déteste perso Tsipras et sa bande, qui sont des menteurs notoires et populistes, mais lorsqu'on est à ce point distant de la réalité de la situation de ce pays, et qu'on est à des années lumières d'être irréprochables on s'abstient de faire la morale aux autres. Point barre.
a écrit le 20/02/2016 à 17:34 :
Des soins gratuits pour les personnes les plus fragiles, comme les handicapés, les personnes âgées, les enfants et mise en place de centre sociaux sont de bonnes mesures. Toutefois, il faut faire des réformes profondes dans ce pays bordélique. Réduire la taille de l'armée puisque la Grèce est chapeautée par l'UE et l'OTAN; faire payer les membres de l'église qui sont des citoyens comme tout le monde; faire rentrer les impôts notamment fonciers en donnant un délai de 1 an maximum pour finir de construire (donc fin des tiges en béton qui dépassent des immeubles un peu partout).
Réponse de le 20/02/2016 à 20:19 :
L'impot foncier ne depend pas de l'etat de finition d'un batiment, mais de son raccordement a au reseau electrique : des que le batiment est raccordé, les taxes sont dues, qu'il soit occupé ou non d'ailleurs !
Réponse de le 20/02/2016 à 23:18 :
@Patrickb "des tiges en béton qui dépassent des immeubles un peu partout" ???
Vous ne vous êtes pas rendu en Grèce depuis longtemps et vos commentaires laissent plutôt penser que vous n'y avez jamais mis les pieds.
Réponse de le 21/02/2016 à 12:06 :
@Andreas: totalement faux: l'impôt foncier dépend de la déclaration ENFIA, quand elle est effectuée et c'est là que se situe la principale fraude. Dans l'ancien système, quand l'impôt foncier n'existait pas en trant que tel, il y a avait en effet une corrélation avec la facture d'électricité. Toutefois, à l'heure actuelle, il y a une tolérance (eau, é;ectricité) sur les maisons "en construction" qui est largemegt suffisante pour subvenir aux besoins quotidiens, et c'est là un deuxième point de fraude..
@Anna: dans la région de Nauplie, c'est 70 % des maisons !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :