Grèce : une grève générale contre la politique du gouvernement... soutenue par Syriza !

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La Banque de Grèce (la banque centrale grecque) a été attaquée avec des jets de cocktails Molotov ce 12 novembre 2012.
La Banque de Grèce (la banque centrale grecque) a été attaquée avec des jets de cocktails Molotov ce 12 novembre 2012. (Crédits : Reuters)
Les deux principaux syndicats helléniques ont appelé à la grève générale ce jeudi 12 novembre et à une manifestation place Syntagma. Ce mouvement contre la politique du gouvernement Tsipras a été soutenu par Syriza. Explications.

Voilà bien longtemps que ces scènes ne s'étaient pas produites dans les rues d'Athènes, en dehors du turbulent quartier d'Exarchia. Des manifestants violemment dispersés par la police sur la place Syntagma, des cocktails Molotov contre le siège de la Banque de Grèce, des magasins pillés, le tout sous fond de grève générale de 24 heures qui paralyse les transports publics... Des scènes qui, rappellent celles des grandes manifestations contre l'austérité de 2010 à 2012, même si l'ampleur des défilés et de la grève n'avait ce jeudi 12 novembre rien de comparable avec ces événements.

L'appel à la grève

L'appel à la grève générale et à la manifestation avait été lancé par les deux grandes centrales syndicales, ADEDY pour le secteur public et le GSEE pour le secteur privé, pour protester contre les hausses d'impôts, notamment de la TVA, et la réforme des retraites. Le parlement hellénique a déjà approuvé plusieurs de ces projets qui ont été réclamés par les créanciers de la Grèce dans le cadre de l'application du troisième mémorandum signe le 19 août.  Les cotisations santé des retraités ont ainsi été relevées de 4 à 6 %, tandis qu'elles frappent désormais les retraites complémentaires.

Les projets du gouvernement sur les retraites

De nouveaux plans pour les retraites doivent être soumis prochainement dans le cadre des « actions » réclamées par les créanciers. Selon le quotidien Kathimerini, par ailleurs, le gouvernement travaillerait sur une augmentation graduelle des cotisations de sécurité sociale de trois points pour empêcher des coupes franches dans les pensions qui pourraient atteindre 40 % pour ceux qui ont pris leur retraite avant 65 ans. Même avec cette augmentation, les pensions complémentaires ne couperont pas à une réduction de plus de 6 %...

Pourquoi Syriza cultive l'ambiguïté

La particularité de la grève et de la manifestation de ce 12 novembre, c'est que Syriza, le parti d'Alexis Tsipras avait appelé à rejoindre le mouvement de protestation contre la politique du gouvernement dirigé par Alexis Tsipras. Un paradoxe qui ne manque pas de piquant, mais qui traduit le positionnement malaisé de Syriza. D'un côté, ce parti s'est engagé devant les créanciers à appliquer le mémorandum signé par le premier ministre, mais il entend toujours se présenter comme une force de « résistance à l'austérité. » Cette ambiguïté avait permis à Syriza de remporter une nouvelle fois les élections du 20 septembre. Alexis Tsipras tente donc, pour ne pas s'aliéner sa base, de montrer qu'il désapprouve la politique que les créanciers lui imposeraient. D'où cet appel à joindre une manifestation contre une politique subie par le gouvernement.

Négociations avec les créanciers

Cet appel à la manifestation est également à mettre en relation avec les négociations actuelles entre la Grèce et ses créanciers pour arracher la tranche de 2 milliards d'euros que doivent verser les créanciers. L'Eurogroupe a, malgré le semblant de résistance de la France, donné une semaine à Athènes pour qu'elle applique les « réformes » qu'il exige, notamment l'abaissement à 120.000 euros contre 250.000 euros aujourd'hui du seuil en deçà duquel les expulsions ne peuvent avoir lieu. La Grèce a peu de marges de manœuvre pour résister à ces demandes, car le gouvernement grec a besoin pour fonctionner des 2 milliards d'euros liés à ces « réformes. » Mais il est utile politiquement pour le gouvernement Tsipras de faire durer la négociation afin de renforcer son rôle de « résistant » aux créanciers. Le résultat des négociations, attendu selon le ministre de l'Economie George Stathakis, ce samedi 14 novembre, sera déterminant pour évaluer cette réelle capacité de résistance.

Risques pour Syriza

A terme, cette stratégie de l'innocence du gouvernement et de Syriza peut-elle fonctionner ? En Grèce, elle profite aujourd'hui de la lassitude de la population et de son envie de revenir à la normalité. Mais à chaque mesure d'austérité nouvelle, il sera toujours plus tentant pour la population d'accuser le gouvernement et de refuser son excuse des « demandes des créanciers » qui, in fine, est celle des autres gouvernements depuis 2010. Du côté des créanciers, cette ambiguïté peut être perçue et utilisée comme la preuve de la « mauvaise volonté » des autorités grecques qui alimentent des manifestations contre des « réformes » qu'elles jurent vouloir appliquer. Un tel comportement justifie donc, aux yeux des créanciers, une position plus dure vis-à-vis de la Grèce et la demande de davantage de garanties. Le risque n'est donc pas mince de voir Alexis Tsipras piégé par sa propre stratégie.

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Commentaires
a écrit le 12/11/2015 à 19:24 :
Dire que les Grecque on fait des sacrifices ?. Il est dommage que l'argent de UE aujourd'hui soit le pour financer une immigration massive, pour financer les camps de réfugiés en Turquie ou autres, pour négocié le rapatriement de clandestins dans leurs pays d'origine. C'est la mort de UE, qui passe plus de temps à s'occuper d s autres plutôt que des peuples Européens. Après tous le monde s'inquiète de la montée des " populistes", quand personne n'écoute le peuple cela se termine jamais bien.
a écrit le 12/11/2015 à 19:17 :
Tsipras à détruit tout espoir d'alternative.
A se demander s'il n'était pas en service commandé...
Il y aura un avant et un après.
Les technocrates allemands et européens ont vaincu sur toute la ligne.
C'est mort de chez mort, et on attend avec amertume de savoir comment les démocrates portugais seront atomisés.
a écrit le 12/11/2015 à 18:42 :
"On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment"... mas à trop jouer les Machiavel d'opérette Tsipras risque de se brûler les doigts.
a écrit le 12/11/2015 à 18:16 :
Et dire que les Grecs ont reconduit ce gouvernement schizophrène ! Faire de la politique dans les pays de l'UE et notamment de l'eurozone relève désormais de la maladie mentale.
Réponse de le 12/11/2015 à 19:32 :
TC 12/11/2015 18:16
Quid ?
Cordialement

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