Hongrie : Victor Orbán s'attaque à l'université Soros

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Le Premier ministre hongrois Victor Orbán multiplie les attaques contre les organisations financées par le philanthrope George Soros.
Le Premier ministre hongrois Victor Orbán multiplie les attaques contre les organisations financées par le philanthrope George Soros. (Crédits : Reuters/Sergio Perez)
Le chef du gouvernement Victor Orbán et l'exécutif ont fait un projet de loi sur les universités qui pourrait renforcer le contrôle du gouvernement sur l'attribution des diplômes. Si le ministre de l'Education a assuré que l'université d'Europe centrale financée par le milliardaire américain George Soros n'était pas visée, le président de l'établissement et des professeurs ont expliqué ce mercredi 29 mars que l'existence de cette fac était "menacée".

Le premier ministre hongrois Victor Orbán poursuit son offensive contre le milliardaire George Soros d'origine hongroise. Après les organisations non gouvernementales, le gouvernement a présenté un projet de loi mardi 28 mars qui pourrait menacer l'existence de l'université d'Europe centrale fondée en 1991 à l'initiative de George Soros. Ce qui a provoqué l'organisation d'une conférence de presse le lendemain où le président de l'université, une partie du corps professoral et des étudiants ont pu exprimer leur colère et inquiétudes.

george soros

George Soros en 2009 à un événement organisé par l'université d'Europe centrale à Budapest. Crédits : Karoly Avai/ Reuters.

Que prévoit le projet de loi ?

Le projet de loi prévoit qu'aucune université extérieure à l'Europe ne puisse accorder de diplômes hongrois sans passer par un accord avec le gouvernement. Il faut que ces établissements étrangers prouvent également qu'ils ont une activité sur leur territoire d'origine. Le problème est que si l'université d'Europe centrale est enregistrée dans l'Etat de New-York, elle n'a pas de campus sur le territoire américain comme le souligne la BBC. L'organisation serait obligée d'avoir des locaux pour accueillir des étudiants outre-Atlantique si le projet de loi est approuvé par le parlement hongrois et si elle veut continuer à délivrer des diplômes en Hongrie.

Le ministre hongrois de l'Education nationale, Laszlo Palkovics, a déclaré dans les colonnes du Financial Times que ce projet visait à "clarifier le cadre juridique des institutions internationales présentes en Hongrie". Il a ajouté que "ce n'est pas une opération contre l'université d'Europe centrale ou contre M.Soros". Cette législation devrait concerner les 28 universités étrangères implantées en Hongrie selon les officiels. Devant des médias favorables au gouvernement, le ministre de l'Education a expliqué par la suite que l'université d'Europe centrale "maltraitait son personnel, délivrait de faux diplômes et servait les intérêts étrangers" rapporte le quotidien britannique.

Une législation "punitive et discriminante"

Le président de la faculté et ancien chef du parti libéral canadien Michael Ignatieff a indiqué lors d'une conférence de presse que l'université centrale était visée par "une législation punitive et discriminante". L'établissement d'enseignement supérieur a ainsi demandé au gouvernement d'abandonner son projet et "d'entrer dans une phase de dialogue pour trouver une solution qui permet à l'université d'Europe centrale d'exister à Budapest en tant qu'université internationale libre et indépendante".

Michael Ignatieff

Le président de l'université d'Europe centrale et ancien professeur à Harvard Michael Ignatieff à Budapest lors d'une conférence de presse le 29 mars. Crédits : Bernadett Szabo/Reuters.

Une université qui forme les élites

Dans le contexte de la chute du bloc communiste, la capitale hongroise s'est dotée d'une université à rayonnement international financée par des fonds privés. L'établissement anglophone délivre des diplômes de second et troisième cycles dans les filières du droit, de la gestion et des politiques publiques. Il compte environ 1.400 étudiants et 370 membres de l'université sont issus de 130 pays différents. Ce serait, selon le site officiel, l'une des facultés qui présente l'un des mélanges ethniques les plus importants, illustrant un fort degré d'ouverture à l'international. Cette volonté s'inscrit dans le projet d'Open society, cher à George Soros. La faculté fonctionne avec une dotation de 550 millions d'euros du milliardaire américain et cela permet d'attribuer des bourses d'excellence à des étudiants venant du monde entier.

Une attaque en règle contre la société civile

Depuis qu'il est revenu au pouvoir en 2010, Victor Orbán et son gouvernement ont multiplié les offensives contre les acteurs de la société civile. En janvier dernier, Szilárd Németh, vice-président du parti au pouvoir Fidesz a tenu des propos hostiles à l'encontre des organisations humanitaires financées par le milliardaire George Soros.

"Budapest va utiliser tous les outils à sa disposition pour mettre dehors les pseudos-ONG de l'empire Soros, qui veulent imposer le capitalisme mondialisé et le politiquement correct sur les gouvernements nationaux" avait alors déclaré le numéro deux du parti.

Outre ces organisations soutenues par Soros, l'Union hongroise des libertés civiles (TASZ), le Comité Helsinki de Budapest ou l'antenne locale de Transparency international ont également été citées par Nemeth, comme le souligne Slate. Ces attaques en règle contre les acteurs de la société civile pourraient être encore le signe d'un affaiblissement des libertés pour les citoyens hongrois.

>> Lire aussi : Hongrie : Orbán veut expulser les ONG financées par Soros

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Commentaires
a écrit le 02/04/2017 à 11:07 :
J'ai l'impression que cette "université" est surtout un organe de propagande, tout comme les ONG financées par Soros.
a écrit le 31/03/2017 à 6:20 :
Les hongrois ont raison de vouloir se protéger; l'histoire ne les pas épargnés. On connaît l'influence de G. Soros dans diverses évènements mondiaux . Fervent mondialiste, il est derrière beaucoup d'évènements planétaires ( Ukraine, Trump bashing, marchandisation de l'Europe, les Femens, etc...). Il est légitime d'avoir un droit de regard
sur ce qui se passe chez soi et le cas échéant de le contrôler. Pour savoir où l'on va, il ne faudrait pas oublier qui l'on est.
a écrit le 30/03/2017 à 21:18 :
C'est assez évident : en matière de pouvoir, il existe le pouvoir brut, par les "forces de l' "ordre"", le pouvoir par la religion, qui permet de récupérer de l'argent, et le pouvoir par l'argent, dont Sa Grandeur Sérénissime Soros est le meilleur évangéliste. Parmi d'autres milliardaires, bien sûr. Il est donc tout à fait logique que l'extrême-droite et le milliardaire s'opposent. En 1936, n'oublions pas que c'est la défaite du capitalisme qui les a fait financer nos dictateurs en Europe...
a écrit le 30/03/2017 à 16:27 :
L'université d'Europe centrale de Soros est enregistrée dans l'Etat de New-York et elle n'a pas de campus sur le territoire américain?
C'est plus symptomatique d'un instrument de propagande d'idées (très respectables), que d'un lieu de savoir ouvert.
a écrit le 30/03/2017 à 16:14 :
Fascisme contre mondialisation néolibérale encore et toujours comme si aucune autre voie n'était possible, étrange quand même non ?

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