La BCE loin d'en avoir fini avec l'argent bon marché

 |   |  632  mots
Les mesures non conventionnelles feront partie de notre boîte à outils pendant encore un bon moment, a affirmé mardi le vice-président de la BCE, Vitor Constancio (à gauche sur la photo).
"Les mesures non conventionnelles feront partie de notre boîte à outils pendant encore un bon moment", a affirmé mardi le vice-président de la BCE, Vitor Constancio (à gauche sur la photo). (Crédits : Reuters/Ralph Orlowski)
Des dirigeants de la BCE ont indiqué que la politique accommodante de l'institution risque de durer plus longtemps que prévu, allant jusqu'à déclarer que certaines mesures exceptionnelles pourraient s'inscrire dans le temps. Des déclarations qui ne satisfont pas le gouvernement allemand, ni les banques.

Les banques et l'Allemagne devront s'y faire. Malgré leur pression exercée en faveur une remontée des taux, la Banque centrale européenne (BCE) persiste et signe dans sa volonté de poursuivre sa politique monétaire accommodante. "Les mesures non conventionnelles feront partie de notre boîte à outils pendant encore un bon moment", a affirmé mardi le vice-président de la BCE Vítor Constâncio, lors d'une conférence à Francfort. Certains dispositifs "pourraient même être considérés un jour ou l'autre comme des mesures normales", a-t-il ajouté.

Dans la même veine, le Français Benoît Cœuré, membre du directoire de l'institution, précisait la veille que "l'horizon de politique monétaire - le concept de 'moyen terme' dans notre stratégie de politique monétaire - sera probablement plus long compte tenu de la persistance de pressions inflationnistes limitées".

Pour mémoire, la BCE a laissé une fois encore inchangés ses taux d'intérêt, historiquement bas, en septembre. Son principal taux directeur demeure à zéro, à 0,25% pour le taux de facilité de crédit et à -0,4% pour le taux de dépôt au jour le jour. Son président, Mario Draghi, a même insisté sur l'intention de l'institution de les "laisser aux niveaux actuels pour une période étendue, qui dépasse largement l'horizon [du] programme d'achat de titres", dont le calendrier de sortie doit être annoncé lors de la réunion du 26 octobre.

> Lire aussi : euro fort, inflation faible : le dilemme de la BCE

"Une baisse de l'activité des banques européennes"

Francfort a déclenché cette politique de taux bas en mars 2016, afin de dynamiser une inflation atone. Certes, les prix ont repris de la vigueur ces derniers mois en zone euro, atteignant 1,5% en août, mais la BCE estime que les perspectives à moyen terme ne sont toujours pas satisfaisantes pour amorcer un durcissement de sa politique monétaire.

Le Conseil des gouverneurs garde confiance dans la réussite de sa stratégie et ne cesse de le faire savoir. "En conservant une politique monétaire suffisamment accommodante, nous pouvons être certains d'atteindre finalement notre objectif (de ramener l'inflation à un niveau inférieur mais proche de 2%, ndlr), conformément à notre mandat", a martelé le vice-président de la BCE.

Cet optimisme ne réjouit pas tout le monde. Les taux bas, s'ils réduisent les difficultés de remboursement des emprunteurs de crédit et donc les risques de défaut, rognent aussi les marges des banques. La veille de la conférence de presse de la BCE du 7 septembre, le patron de Deutsche Bank John Cryan avait publiquement appelé Francfort à en finir avec "l'argent pas cher" qui, selon lui, a "contribué à une baisse de l'activité des banques européennes" de 23% par rapport à avant la crise. Les déclarations de Vitor Constancio et Benoît Cœuré n'ont sans doute pas satisfait le banquier.

John Cryan

Le patron de Deutsche Bank, John Cryan (Crédits : Reuters)

"Cette politique monétaire inhabituelle n'est pas tenable à terme"

Les positions de Francfort ne conviennent pas non plus à Berlin. Le gouvernement allemand, adepte de l'ordo-libéralisme et du respect des règles, ne cautionne pas que la la banque centrale fasse perdurer des mesures exceptionnelles. Rappelant que Mario Draghi et la BCE ont sa confiance, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a tout de même fait part de son scepticisme dans les colonnes du quotidien régional Südkurier.

"Vous savez que je suis depuis longtemps d'avis qu'il est temps de commencer la sortie" (de la politique des taux d'intérêt zéro). "Je considère que cette politique monétaire inhabituelle n'est pas tenable à terme", a ajouté le ministre en campagne pour les élections législatives du 24 septembre.

(Avec agences)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/09/2017 à 12:34 :
Encore un coup de poker menteur...mais ça à l'air de fonctionner en lisant les réactions !!!
a écrit le 14/09/2017 à 10:17 :
Pour faire court, ca signifie que la planche a billet va continuer a imprimer du papier. C'est tres rassurant, en effet.
Réponse de le 15/09/2017 à 18:10 :
la planche a billet est pour le moment la seule armes dont nous disposons pour combattre la déflation et le chômage.
En attendant de faire l'Europe il faudra faire avec cela.
a écrit le 14/09/2017 à 7:46 :
Il serait bon que la presse allemande cesse ses attaques contre Draghi si elle ne veut pas risquer de pousser les électeurs vers la droite et la AFD. Elle devra respecter la volonté de la majorité et les décisions que la BCE prendra devront être dans l’intérêt de la majorité et non du plus fort.
Quand aux banques, qui sont la cause même de la crise, elle devront se faire à l'idée que leur temps de gloire est passé. La demande est grande dans d'autres domaines, notamment dans les soins aux personnes âgées, on pourraient considérer une reconversion pour les employés obsolète.
Se serait dans l’intérêt de la majorité et donc de la démocratie.
Réponse de le 14/09/2017 à 12:36 :
La democratie implique que tous ses acteurs repectent les traites signees, comme les pays du nord ont fait.
a écrit le 14/09/2017 à 6:34 :
A terme les taux bas vont meme détruire le capital en créant surtout de la dette, mais Mario il s'en moque ?
Réponse de le 14/09/2017 à 7:50 :
Mario n'est pas seul à décider, trop simple de tout mettre sur son dos.
Les décisions sont prise selon la volonté de la majorité.
Il n'y a qu'en cas de ballottage que Mario décide, ce qui n'arrive pratiquement jamais.
Réponse de le 14/09/2017 à 7:51 :
Mario n'est pas seul à décider, trop simple de tout mettre sur son dos.
Les décisions sont prise selon la volonté de la majorité.
Il n'y a qu'en cas de ballottage que Mario décide, ce qui n'arrive pratiquement jamais.
a écrit le 13/09/2017 à 23:01 :
Y-aurait-il une crise économique mondiale que l'on m'aurait caché depuis 2008..?? Mince, il va me falloir être encore plus rentier.
a écrit le 13/09/2017 à 19:19 :
"Des déclarations qui ne satisfont pas le gouvernement allemand, ni les banques."

Ça fait plaisir de voir que l'UE est dirigée par des gens responsables et clairvoyants, comme si les purges salariales et autre dumping fiscal étaient un terrain favorable à la croissance et donc à la hausse des taux.

Ben oui les gars votre argent il vaut que dalle et c'est ni plus ni moins à cause des milliardaires et autres multimillionnaires qui vont planquer leur fric dans les paradis fiscaux. L'argent qui ne fait rien ne vaut rien.

L'empire des faibles

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :