La guerre interne s'intensifie chez les Eurosceptiques allemands

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Hans-Olaf Henkel, chef de file d'AfD aux Européennes, dénonce le risque qu'AfD glisse vers une « idéologie d'extrême-droite. »
Hans-Olaf Henkel, chef de file d'AfD aux Européennes, dénonce le risque qu'AfD glisse vers une « idéologie d'extrême-droite. » (Crédits : Reuters)
Hans-Olaf Henkel, ancien patron des patrons et chef de file d'Alternative für Deutschland (AfD) aux Européennes de 2014, a décidé de démissionner de son poste de vice-président. La lutte entre les Libéraux et les Conservateurs fait rage.

C'est un nouveau coup dur pour le parti eurosceptique allemand Alternative für Deutschland (AfD). Jeudi 23 avril, l'ancien patron des patrons allemand, Hans-Olaf Henkel, a annoncé sa démission de son poste de vice-président d'AfD. Celui qui fut en mai 2014 tête de liste pour les élections européennes - où le parti avait obtenu 7 % des voix - dénonce le risque qu'AfD glisse vers une « idéologie d'extrême-droite. » « Sans clarification dans la ligne, le parti est menacé par un effondrement », a-t-il conclu dans un entretien au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Débat interne

Depuis plusieurs mois, AfD, qui, en septembre 2013 avait obtenu 4,7 % des voix, très près des 5 % nécessaires à l'entrée au Bundestag, est déchirée par une querelle interne entre son fondateur, Bernd Lucke, un professeur d'économie, et Alexander Gauland, un conservateur pur et dur issu de la droite de la CDU. Cette démission est une nouvelle péripétie de ce combat interne que, voici quelques semaines, Bernd Lucke avait cru être en mesure de remporter lorsqu'il avait été nommé « porte-parole » du parti et qu'il avait mis fin à sa direction collégiale. Mais cette fois, c'est un vrai coup dur pour lui.

La ligne libérale

Hans-Olaf Henkel est en effet réputé proche de Bernd Lucke. Ancien dirigeant de la puissante fédération des industriels (BDI), ancien patron d'IBM Allemagne, il a siégé dans beaucoup de conseils d'administration de grandes sociétés allemandes. Son opposition à l'euro est ancienne et a été résumée dans un livre, Rettet unser Geld ! (« Sauvez notre argent ! ») paru en 2010 et qui a été un best-seller outre-Rhin. Hans-Olaf Henkel défend, comme Bernd Lucke, l'idée que l'euro sape les fondements de la « bonne » politique économique qui, pour lui, est ce « libéralisme encadré par les règles » qui est le cœur de la pensée économique allemande de l'après-guerre (« l'ordolibéralisme »). L'euro est un danger en raison de ses règles trop souples et peu respectées, mais aussi de la socialisation progressive des dettes qu'il induit. En 2010, Hans-Olaf Henkel défendait donc l'idée d'une sortie de l'Allemagne et des pays qui sont proches d'elle (Autriche, Pays-Bas, Finlande...) de la zone euro. Cette vision est clairement celle de Bernd Lucke et elle est à l'origine de la création d'AfD. L'arrivée de Hans-Olaf Henkel dans le parti début 2014 a été une grande victoire pour le fondateur du parti, son départ est une défaite.

La ligne conservatrice

En creux, c'est donc une victoire pour Alexander Gauland qui veut faire d'AfD un parti à la droite de la CDU, non seulement sur la vision de l'euro qu'il partage avec ses adversaires internes, mais aussi sur d'autres sujets comme l'immigration, la sécurité et d'autres sujets de société. Son courant est très représenté, notamment dans l'ancienne RDA où l'emprise de « l'ordolibéralisme » de l'après-guerre est moins vive, mais où AfD a réalisé de beaux scores. Le but d'Alexander Gauland est donc de récupérer ceux qui, au sein de la CDU, se sentent mal à l'aise avec la politique d'Angela Merkel. L'aile conservatrice du parti de la chancelière a beaucoup critiqué les concessions faites aux Sociaux-démocrates, mais aussi, plus généralement, le « recentrage » de la CDU depuis l'arrivée au pouvoir d'Angela Merkel sur les sujets de société ou l'immigration. Or, Bernd Lucke voyait, lui, plutôt dans AfD, un successeur du parti libéral, la FDP, désormais à l'agonie politique, par un retour aux sources grâce à la question européenne.

Règlements de compte

Les deux camps se livrent une guerre féroce sur fond de règlements de compte internes. Bernd Lucke avait ainsi tenté de se débarrasser du chef régional du parti en Rhénanie Du Nord Westphalie, un proche d'Alexander Gauland qui avait été soupçonné de malversations financières. Mais ce responsable local a été blanchi et Alexander Gauland a accusé Bernd Lucke de « diviser le parti. » Accusation que lui a renvoyée le « porte-parole » d'AfD par voie de presse. En réalité, la situation commence à se tendre à la veille d'un congrès décisif qui aura lieu à Kassel le 13 juin et qui doit élire le président du parti. Un autre congrès est prévu en fin d'année pour définir le programme, mais l'heureux élu du 13 juin aura en réalité la main sur les travaux programmatiques.

Préparation du congrès du 13 juin

Or, Bernd Lucke, un temps sûr de sa victoire semble désormais en difficulté. Ainsi, la démission de Hans-Olaf Henkel est aussi - et peut-être surtout - l'effet de sa défaite amère dans sa fédération de Berlin où il n'a pas été élu par les militants délégué pour le congrès de Kassel. Une défaite qui lui faisait perdre toute chance d'être réélu vice-président et même d'avoir encore une influence au sein du parti. A l'inverse, Alexander Gauland, avec un discours violemment dirigé contre les demandeurs d'asile, a été brillamment réélu à la tête de sa fédération du Brandebourg. La ligne dure semble progressivement l'emporter et Bernd Lucke va devoir jouer serré, non seulement pour gagner le 13 juin, mais aussi pour imposer, ensuite, sa ligne aux militants et aux responsables locaux.

Le parti se maintient au-dessus des 5 %

En attendant, AfD résiste étonnamment bien dans les sondages, malgré cette guerre interne larvée depuis des mois, le parti semble disposer d'un électorat assez fidèle. Certes, il n'est plus question, comme voici quelques mois d'attribuer 10 % des intentions de vote à ce parti, mais les derniers sondages lui attribuent encore entre 5 % et 6,5 % des voix. Autrement dit, l'entrée au Bundestag en 2017 reste un objectif atteignable à ce jour. La querelle interne n'a pas profité à la FDP et à Die Linke, qui sont les deux premières victimes d'AfD sur le plan électoral. AfD est, du reste, entrée en février dans le parlement régional de Hambourg avec 6,1 % des voix (en septembre 2013, AfD avait obtenu 4,2 % dans la ville hanséatique). C'est la quatrième fois que ce parti entrait dans un parlement régional. Le 10 mai, les sondages estiment qu'il pourrait aussi entrer dans le parlement régional de Brême. C'est que le parti est encore perçu comme un parti protestataire par son électorat. Le flou programmatique n'est alors pas gênant. La clarification, en excluant certaines positions, sera en réalité plus délicate.

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Commentaires
a écrit le 04/05/2015 à 0:13 :
Si les patrons quittent ce parti les finances vont en prendre un coup. Nécessité de toujours s'interroger de la provenance des fonds pour qu'un parti émerge sérieusement.
a écrit le 27/04/2015 à 7:46 :
Je ne me fais aucun souci pour ces partis souverainistes qui ont un grand avenir devant eux. A l'instar du Front National en France ou de l'UKIP au Royaume-Uni. Puisque aucun parti ne reprend leur idees, cela laisse a ces partis un "boulevard" devant eux.

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