La Hongrie instaure à son tour des taux négatifs

 |   |  646  mots
La banque centrale hongroise entre dans le club de celles qui imposent des taux négatifs.
La banque centrale hongroise entre dans le club de celles qui imposent des taux négatifs. (Crédits : Reuters)
La banque centrale hongroise a abaissé son taux de dépôt à -0,05 %. Une réplique à une inflation très faible... et aux mesures de la BCE.

Et une de plus. La banque nationale de Hongrie (Magyar Nemzeti Bank, MNB) est entrée à son tour mardi 22 mars dans le club des banques centrales imposant des taux négatifs. Alors que nul observateur ne s'y attendait, la MNB a abaissé brutalement son taux de dépôt de 15 points à -0,05 %. Parallèlement, le taux principal de refinancement a été fortement réduit de 1,35 % à 1,2 %, un nouveau plus bas historique. La banque centrale hongroise n'avait pas abaissé son taux depuis le 22 juillet dernier et si l'on s'attendait à un nouveau mouvement ce mardi, son ampleur a surpris tout le monde. Désormais, la Hongrie rejoint la zone euro, le Japon, la Suisse, le Danemark et la Suède comme zone monétaire « taxant » les dépôts de la banque centrale.

Les raisons de l'action

Cette décision radicale s'explique par plusieurs facteurs. L'économie hongroise se porte assez bien avec une croissance attendue de 2,5 % en 2016 après 2,9 % en 2015, mais ce taux est insuffisant pour un pays comme la Hongrie qui a connu un fort ralentissement de son activité après 2008 et qui est encore en phase de « rattrapage ». Surtout, ce taux de croissance est menacé par plusieurs facteurs, mis en avant par le communiqué de la MNB : l'activité industrielle s'est ralentie en janvier, la croissance des ventes au détail a déçu et les flux de capitaux depuis le reste de l'UE se sont ralentis. La banque centrale a donc voulu envoyer un message fort de soutien à l'activité.

La MNB s'inquiète particulièrement du ralentissement de l'inflation qui, en février, est passé de 0,9 % à 0,3 % par an, un niveau exceptionnellement bas en Hongrie. On est très loin de l'objectif de la banque qui vise un taux moyen de 3 % par an. L'institution souligne que « l'environnement de l'économie intérieure continue d'avoir un impact désinflationniste », notamment le niveau faible d'utilisation des capacités de production. Or, on le sait, l'environnement international est aussi désinflationniste, notamment parce que certaines banques centrales baissent les taux.

Réplique à la BCE

Dans ce contexte, l'immobilisme de la MNB depuis juillet devenait intenable. Le forint hongrois a gagné 1 % en un an face à l'euro, soit la plus forte hausse après le leu roumain parmi les devises d'Europe centrale. Ceci avait un impact clairement négatif sur le taux d'inflation. Or, la BCE n'a cessé depuis juillet de prendre des mesures agressives pour affaiblir sa propre devise. La Hongrie doit donc peser sur le forint pour gagner en compétitivité (notamment vis-à-vis de la Slovaquie voisine, qui est dans la zone euro) et pour gagner de l'inflation importée afin de redresser les anticipations de hausse des prix. Comme la BCE le 10 mars a frappé assez fort, la MNB se devait d'en faire autant, avec notamment un geste symbolique : le passage du taux de dépôt en territoire négatif. Compte tenu de la faiblesse des taux hongrois, il fallait se doter d'un nouvel outil de combat contre la déflation.

Le taux négatif, nouvelle arme de la guerre des monnaies

Cette décision hongroise confirme que le taux de dépôt négatif devient une des armes les plus utilisées dans le cadre de la guerre des monnaies rampante qui se joue en Europe et dans le reste du monde. Chaque banque centrale, désespérée de pouvoir réellement agir sur l'économie réelle par les mesures non conventionnelle tentent d'utiliser la devise pour exporter son inflation faible chez ses partenaires commerciaux. Lesquels, évidemment, répliquent. Et, de plus en plus, cette réplique prend la forme d'une baisse du taux de dépôt. En Hongrie, le mouvement semble avoir réussi pour le moment. Le forint a perdu 1,23 % après cette annonce face à l'euro à 312 forints pour un euro. Mais cet effet pourrait n'être, comme souvent, que provisoire.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/03/2016 à 11:07 :

L'inflation ça ne concerne que ceux qui ont un compte en banque ridiculement élevé : en gros le monde de la finance.

Imagine vous avec 1milliard sur votre compte.... Vous avez de quoi vous à être 1milliard de baguette à 1€.

Demain il y a 10% d'inflation, vous,moi et 99% des gens gagnons plus, payons plus aussi: bref ça ne change rien!

Par contre si vous avez 1milliard en banque avec 10% d'inflation et donc la baguette à 1€10c vous n'avez plus que de quoi vous acheter 900millions de baguette soit 100millions de perdu :o)

Voilà en gros la mécanique de l'inflation et le pourquoi de la mission unique de la banque centrale européenne qui est de lutter à tout prix contre l'inflation.
a écrit le 22/03/2016 à 20:53 :
Cool, je vais pouvoir aller voir les Hongroises plus souvent.

Nagyon jo !
a écrit le 22/03/2016 à 17:21 :
Bonjour qui peux m expliquer comment faire de l inflation avec cette méthode si les salaires n augmentent pas??? Qui en profite ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :