Le candidat probable de la gauche dénonce le "dogme" du déficit

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Lors du dernier débat, hier soir, de la primaire de la gauche avant le vote du deuxième tour dimanche, l'ex-Premier ministre français Manuel Valls a défendu une vision sévère et rigoureuse de la gauche, face à un Benoît Hamon plus optimiste dans sa vision du monde, et qui tente de s'affirmer comme un challenger crédible de la présidentielle française.
Lors du dernier débat, hier soir, de la primaire de la gauche avant le vote du deuxième tour dimanche, l'ex-Premier ministre français Manuel Valls a défendu une vision sévère et rigoureuse de la gauche, face à un Benoît Hamon plus optimiste dans sa vision du monde, et qui tente de s'affirmer comme un challenger crédible de la présidentielle française. (Crédits : © POOL New / Reuters)
Le second tour de la primaire de la gauche doit départager, dimanche, Benoît Hamon et Manuel Valls. Les deux candidats ont proposé sans état d’âme de laisser filer le déficit, lors d’un débat mercredi 25 janvier, Hamon souhaitant remettre en cause le « dogme des 3 % ».

C'est un Manuel Valls tendu qui a affronté, mercredi soir, son ancien ministre Benoît Hamon, lors du deuxième et dernier débat de la primaire de la gauche française. Arrivé second lors du premier tour des primaires, qui ont mobilisé 1,6 million de sympathisants selon les derniers chiffres, l'ex-Premier ministre français a défendu une vision sévère et rigoureuse de la gauche, face à un Benoît Hamon plus optimiste dans sa vision du monde, et qui tente de s'affirmer comme un challenger crédible de la présidentielle française.

Durant l'essentiel du débat, la discussion a porté sur les propositions de Hamon, qu'il s'agisse de revenu universel, de laïcité ou d'environnement, alors que Manuel Valls se tenait sur la défensive.

Opposés sur leur vision du monde du travail

Les deux candidats se sont opposés sur leur vision du monde du travail, l'ancien Premier ministre défendant mordicus la valeur travail, alors que Benoît Hamon doit sa première place au premier tour des primaires en partie à sa proposition de revenu universel d'existence.

« Je suis le candidat de la feuille de paie, je ne voudrais pas que Hamon se retrouve le candidat de la feuille d'impôts », a résumé l'ancien Premier ministre.

Mais, pour Benoît Hamon, le travail se raréfiant doit être partagé, tout comme les revenus. Selon lui, on devrait assister, dans le futur, à un bouleversement du travail à cause de la révolution numérique, qui nécessite de réduire le temps de travail à 32 heures par semaine. Au contraire, Valls souhaite certes défiscaliser les heures supplémentaires, mais propose au contraire un statu quo à 39 heures par semaine.

     >Lire: Y aura-t-il encore du travail demain ?

Hamon offensif sur les risques sanitaires et environnementaux

Mis sur le gril en raison de sa proposition d'un revenu universel d'existence, dont le coût risque d'être énorme, Benoît Hamon a indiqué qu'il se chiffrait à 45 milliards. Un montant qui pourrait selon lui être financé par un impôt unique sur les actifs nets, et des impôts sur les robots responsables finalement de la disparition d'une partie de l'emploi.

Benoît Hamon a aussi donné l'impression de mener le débat en insistant sur les thèmes des risques sanitaires et environnementaux ou encore des perturbateurs endocriniens. "On négocie avec des banquiers, pas avec la nature ! », a-t-il assuré face aux journalistes qui lui reprochaient de plus s'inquiéter d'environnement que d'économie, tout en défendant des positions rigoureuses pour interdire les perturbateurs endocriniens et limiter le recours aux produits phytosanitaires.

     >Lire: Pourquoi le coût économique des perturbateurs endocriniens est-il si important?

Fardeau de la dette : « En finir avec le dogme des 3 % du déficit »

Le fardeau de la dette française, sujet d'inquiétude pour Bruxelles, et les partenaires européens de la France, a été effleuré, sans qu'aucun des candidats ne se montre très préoccupé par le sujet. « Il faut en finir avec le dogme des 3% du déficit », a tranquillement déclaré Benoît Hamon, marchant dans les pas de François Hollande qui avait envisagé durant la campagne présidentielle de 2012 de revisiter la contrainte budgétaire, avant de tenter de s'y plier durant son quinquennat.

Manuel Valls ne s'est pas non plus posé en Père la rigueur en matière de gestion budgétaire. Estimant à 16 milliards par an les nouvelles dépenses qu'il envisageait, en matière de sécurité, de défense, de justice, il déclarait:

" Il ne s'agit pas uniquement de respecter les règles européennes, il faut aussi garantir l'avenir. Mais il faut rester crédible, on ne peut pas que faire rêver ."

     >Lire : Déficit : la Cour des comptes fait la leçon aux candidats à la présidentielle

Défense et Opex : Hamon veut retirer les dépenses du calcul du déficit

En matière de politique internationale, Valls a insisté sur l'importance de la coopération entre pays européens et de la surveillance des frontières y compris intérieures, mais refusé la proposition d'un FBI européen.

Allant encore plus loin, Hamon a demandé à ce que ces dépenses ne soient pas comptabilisées dans le déficit. « Il faut, comme pour les dépenses consacrées à la transition écologique, les retirer du calcul du déficit », a-t-il insisté.

     >Lire : Pourquoi Fillon vend de la poudre de perlimpinpin aux armées

Trump, un argument pour accélérer sur l'Europe de la défense

Après l'élection de Trump, Valls a souligné la nécessité d'une Europe forte et unie face à Trump. « Il faut convoquer une réunion de tous les Européens qui le souhaitent pour construire une Europe de la défense », a évoqué l'ex-Premier ministre, rappelant le risque de dislocation de l'OTAN.

     >Lire: L'incroyable révolution de Bruxelles dans la défense

Mais, plus que leurs propres divergences, ce sont bien les divisions internes à leur famille politique que les deux candidats devront surmonter dans le futur. Selon les experts, Hamon part largement favori pour remporter la primaire de la gauche, lors du scrutin qui se tiendra dimanche.

L'inconnue Macron

Les deux candidats, qui sont deux apparatchiks du parti socialiste, risquent d'avoir du mal à rassembler au-delà de leurs cercles. Quel que soit le candidat choisi par les votants dimanche, il devra au moins partiellement assumer le bilan du gouvernement sortant, qui n'est pas rutilant notamment sur la question du chômage qui n'a pas baissé ou si peu.

    >Lire : Chômage : hausse en décembre mais baisse sur l'année 2016

Il devra surtout gérer la candidature d'Emmanuel Macron, dont le mouvement « En Marche » commence à sérieusement ringuardiser les partis à l'ancienne comme le Parti socialiste, et suscite plus de vocations de militantisme qu'aucun nouveau mouvement ne l'a fait depuis longtemps.

     >Lire : Emmanuel Macron se pose en europhile assumé

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Par Aline Robert, EurActiv.fr

(Article publié mercredi 25 janvier 2017, mis à jour jeudi 26.01 à 8:29)

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Commentaires
a écrit le 27/01/2017 à 14:03 :
Ce qui est un dogme c'est de croire qu'on peut accumuler sempiternellement les déficits sans un jour se prendre la charge de la dette en pleine figure. Au cas heureusement improbable où Hamon serait élu, on peut être sûr que quelques semaines plus tard il viendrait nous la jouer Calimero (vraiment trop inzuste !) ou hurler au mur de l'argent parce que le pays n'arriverait plus à emprunter pour boucler ses dépenses courants.
a écrit le 27/01/2017 à 7:04 :
Oui, toute une classe politique qui vient de passer ces 43 dernières années passées à faire chaque année des déficits et à endetter toujours davantage la France, c'est effectivement un "dogme". Mais pas celui que Benoit HAMON dit...
a écrit le 26/01/2017 à 17:32 :
« Il faut en finir avec le dogme des 3% du déficit », a tranquillement déclaré Benoît Hamon

D'autant que cela vient de chez nous :

Il a été imaginé par trois hauts fonctionnaires français (Guy Abeille, Pierre Bilger et Roland de Villepin) sur un coin de table afin de fournir au président Mitterrand une règle facile qu’il puisse opposer aux ministres qui lui demandent des fonds. Il est devenu par la suite un des cinq critères de convergence de Maastricht à cause de phénomènes de change (augmentation des écarts de taux) qui ont requis une convergence économique des pays candidats à l’adoption de la monnaie unique.
Un seuil cohérent

En 1990, un groupe de travail européen animé par Jean-Claude Trichet (futur président de la BCE) le reprend ainsi en constatant qu’il correspond à la fois au niveau d’investissement public par rapport au PIB et à la moyenne des déficits publics de l’époque. Mais ce seuil symbolique des 3% possède aussi une explication technique relativement simple qui lui confère une cohérence économique. En effet, combiné au critère de convergence de dette publique (ratio dette/PIB de 60% maximum) et avec comme objectif que le déficit équivaille à l’intérêt de la dette1 (à un taux estimé à 5%), alors le déficit doit être égal à 0,6 x 0,05 = 0,03 c’est-à-dire 3% du PIB.
Réponse de le 27/01/2017 à 10:32 :
Petit complément - ces critères ont été démocratiquement validés lors du référendum de Maastricht.
Les remettre en cause, c'est remettre en cause un choix démocratique qui a été fait par tous les européens.
a écrit le 26/01/2017 à 16:48 :
Oui, fini le dogme des 3% : c'est un budget en équilibre qu'il faut.
a écrit le 26/01/2017 à 15:52 :
Ce même candidat de gauche souhaite une mutualisation de la dette européenne !
Donc, je bénéfice des taux bas, fruit de votre bonne conduite et moi, je n'ai aucune discipline budgétaire à respecter !
Dire que plus de 500 000 zozos ont voté pour lui !
a écrit le 26/01/2017 à 15:11 :
Quand l’idéologie est au pouvoir,rien de bien équilibré n'en sort.
Nous avons en France des politiques,totalement incultes,qui ne pensent qu'à la carrière,le confort des proches,avantages de toutes sortes liés à la fonction.
Avec un tel état d'esprit,il n'est pas étonnant que l'Allemagne,regne sur l'Europe,car sa classe dirigeante est Capable de GERER.
a écrit le 26/01/2017 à 15:08 :
On ne peut pas dépenser de l'argent qu'on a pas en se disant que les autres paieront pour nous. C'est la Grèce assurée si les socialos restent sur la scène politique !!!
a écrit le 26/01/2017 à 15:01 :
M. Hamon, en réponse de M. Walls l'accusant d'être l'homme de la feuille d'impôts, répond négativement en affirmant qu'il n'est pas pour le dogme du déficit à 3%.

Drôle et scandaleuse réponse ! comme si le déficit budgétaire n'était pas financé par des emprunts qu'il faudra rembourser et donc des impôts de demain.

Hamon est présenté comme un premier de classe ! Dites-moi quelle l'école qu'il a fréquenté pour raconter de telle inepties !!

cordialement
Réponse de le 26/01/2017 à 16:36 :
Dire qu'en dessous de 3% c'est OK et au dessus c'est KO n'a effectivement pas de sens. 3% pendant des décennies c'est beaucoup trop et ça conduit à une dette non soutenable à terme (on y est à peu près). La règle à appliquer c'est déficit 0% sur une période glissante longue (disons 10 ans). Une année à 5% de déficit doit être compensée par une année en excédent de 5% ou 2 années en excédent de 2,5% ou 5 années en excédent de 0,5%. Quelques mois au régime Hamon feraenit exploser le spread de taux entre la France et l'Allemagne et nous provoqueraient une faillite à la grecque.
a écrit le 26/01/2017 à 13:44 :
Sur le dogme des 3% il est en avance sur tous les autres mais en retard sur l'UE qui vient de tirer un trait sur ce dogme mais concernant la croissance économique qu'elle est incapable de maintenir, du coup ça y est le dogme auquel il fallait se vouer corps et âmes et bien maintenant, comme cela ne leur apporte plus d'intérêt, il faut l'oublier et surtout ne pas poser de questions. Au secours.

Nos dirigeants ne sont que des guignols, des girouettes à la solde des marchés financiers.
Réponse de le 26/01/2017 à 16:43 :
Que les pays qui le peuvent (ceux qui sont en excédent ou presque) dépensent un peu plus (ou réduisent les impôts de leurs citoyens, ce qui a probablement un plus fort effet de stimulation économique qu'une hausse de la dépense publique) le fassent, c'est très bien. Ainsi l'Allemagne a déjà entrepris de dépenser beaucoup pour l'intégration des réfugiés qu'elle a acceptés, et il faudra aussi, face au désengagement prévisible des USA de l'OTAN, qu'elle dépense plus pour sa défense dans le cadre de l'OTAN face au nouvel impérialisme russe et à la menace islamiste. Les pistes de dépense supplémentaire indispensable pour l'Allemagne ne manquent pas. Par contre les paniers percés chroniques qui sont au bord du gouffre (France et Italie) doivent par contre accentuer leur assainissement budgétaire, fût-ce au prix d'une croissance affaiblie, c'est la seule façon pour eux de rebondir un jour.
Réponse de le 27/01/2017 à 10:35 :
Les critères de Maastricht ont été validés par le peuple souverain lors du référendum de 1992.
Et cela à une échelle européenne. Alors pas facile de jeter le petit avec l'eau du bain
Réponse de le 27/01/2017 à 14:26 :
Non vous êtes trop gentil, les paniers percés doivent d'abord et avant tout quitter l'europe. On ne veut pas des losers on veut des winners à savoir des pantins bien obéissants.

Vite un frexit.
Réponse de le 30/01/2017 à 9:55 :
@brice: Le traité constitutionnel a été refusé par le peuple français mais imposé par les politiciens français et européens.

Vous me disiez quoi à propos du bébé et du bain donc ?

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