Madrid envisage d'user de la force contre le référendum en Catalogne

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Mariano Rajoy veut empêcher le référendum catalan.
Mariano Rajoy veut empêcher le référendum catalan. (Crédits : © Andrea Comas / Reuters)
Le gouvernement espagnol envisage un plan concret pour bloquer le vote sur l'indépendance de la Catalogne prévue par le gouvernement. Il souhaite prendre le contrôle de la police catalane pour fermer les bureaux de vote.

Madrid semble déterminée à empêcher la tenue d'un référendum d'autodétermination en Catalogne, comme l'a promis le président du gouvernement catalan, la « Generalitat », Carles Puigdemont. Selon des informations publiées dans le quotidien conservateur madrilène El Mundo, le gouvernement espagnol a mis sur pied un plan pour empêcher la tenue du vote qui sera sans doute déclaré illégal par le Tribunal constitutionnel espagnol. Le gouvernement du Royaume entend éviter la répétition du scrutin « consultatif » du 9 novembre 2014, qui s'était tenues avec l'appui du gouvernement catalan. Cette fois, à la différence de ce qui s'est passé trois ans plus tôt, Carles Puigdemont a prévenu : il respectera le résultat du vote et si l'indépendance obtient 50 % plus une voie, il la proclamera et engagera le divorce avec l'Espagne.

Appliquer l'article 155

Pour contrer l'organisation de ce scrutin, prévu dans la deuxième quinzaine de septembre, Madrid pourrait enclencher la procédure prévue à l'article 155 de la constitution espagnole qui donne au gouvernement central la possibilité de « prendre les mesures nécessaires pour contraindre une communauté autonome (région) à respecter ses obligations ou pour protéger l'intérêt général ». Cet article n'a jamais été utilisé, mais permettrait de suspendre en partie l'autonomie régionale. Selon El Mundo, évoquant une réunion gouvernementale sur le sujet, Madrid prendrait alors le contrôle des ministères catalans de l'Éducation et de l'Intérieur. Le premier permettrait de fermer les bureaux de vote dans les établissements scolaires, le second permettrait de prendre le contrôle de la police catalane, les Mossos d'Esquadra. Ces derniers seraient chargés de surveiller les lieux et d'empêcher l'ouverture des bureaux de vote. Désormais donc, le gouvernement espagnol se dit prêt à prendre des mesures « coercitives » contre la tenue du référendum d'autodétermination catalane.

Problèmes d'application

Cette procédure de l'article 155 est lourde, elle suppose une mise en demeure du président de la Generalitat et l'approbation de la majorité absolue du Sénat, acquise au gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Cette option semble sérieuse dans la mesure où elle a été évoquée ce 2 février par le ministre de la Justice espagnol, Rafael Catalá. El Mundo affirme que cette stratégie vise à faire « respecter la loi » constitutionnelle espagnole qui interdira par le Tribunal constitutionnel le référendum, tout en étant une réponse « proportionnelle ». L'autonomie catalane ne serait pas ainsi suspendue entièrement, mais uniquement dans les domaines nécessaires. Elle reste cependant très risquée sur le plan pratique. Il faudra s'assurer du loyalisme des Mossos et éviter des troubles aux abords des bureaux de vote. Le gouvernement espagnol dispose de forces limitées qui relèveraient directement de lui et il ne peut empêcher la tenue du vote sans les Mossos.

Dialogue de sourds

En réalité, cette annonce doit être comprise dans l'actuel bras de fer psychologique entre les exécutifs espagnol et catalan. Une « opération dialogue » est actuellement menée par Madrid vers Barcelone, mais exclut de toute discussion le référendum d'autodétermination. En retour, le gouvernement catalan propose une discussion à Madrid, sur les modalités du référendum... Face à ce dialogue de sourd, chacun assure donc ne pas vouloir céder. Carles Puigdemont affirme que « l'on votera quoi qu'il arrive », tandis que Madrid martèle que l'on ne « votera en aucun cas ». Face à cette situation bloquée, chacun tente donc d'impressionner l'autre le plus possible. L'évocation concrète de l'usage de l'article 155 entre dans ce cadre.

En fait, en faisant usage de la coercition, Madrid risque d'approfondir la crise en la faisant descendre dans la rue, devant les bureaux de vote. Il risque aussi de faire basculer avec un coup de force une partie des indécis du côté des Indépendantistes. La clé du succès du référendum réside dans l'attitude de la gauche non indépendantiste, favorable à la consultation, mais pas à l'indépendance. Si Madrid use de violence, l'attitude de cette constellation politique pourrait pencher vers l'indépendance. Mais à Madrid et parmi les unionistes, on est certain qu'en montrant les muscles, on empêchera la tenue du référendum et que l'on aura prouvé l'impasse de la voie indépendantiste. Là encore, le dialogue de sourds est complet.

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Commentaires
a écrit le 16/02/2017 à 19:26 :
Le nationalisme catalan n'existe pas.
Il existe un mouvement populaire catalan qui exprime fortement son angoisse de voir sa culture,sa langue ,son économie étouffée ,asphyxiée par des mesures insidieuses prises par l'état espagnol PP contre le gouvernement autonome.
Les agressions xénophobes de Gerone sont commises par les nationalistes espagnols ,tout le monde le sait ,a part Jean33.
Les espagnols sont les plus europeistes,oui tant qu,ils reçoivent des subventions...pour toujours avoir un chômage de 30% en Andalousie.A qui profite le crime... MDR
a écrit le 07/02/2017 à 13:48 :
On évoque dans ces commentaires, un nationalisme espagnol.

Le nationalisme espagnol n'existe pas; laminé par le franquisme.
Par contre il y a un chauvinisme régional unique en Europe, et un nationalisme basque et catalan.
le nationalisme espagnol, n'existe que dans la tête des plus excités des nationalistes catalans, qui prétendent parler au nom de tous les catalans.
Il y a un nationalisme basque, qui s'est cristallisé contre le franquisme, sur une base ethnique. Et il y un nationalisme catalan, qui s'est cristallisé sur une base ethno-linguistique, dans l'Espagne démocratique, en réaction à la perte de l'hégémonie économique de la Catalogne. Abandonnant également et volontairement au profit de Madrid, son hégémonie culturelle, avec la démocratisation.

Preuve de ces nationalismes, toujours excluants, est le nombre d'agressions racistes comptabilisées dans toute l'Espagne par SOS racisme Espagne; c'est la pays Basque qui arrive en tête, et la Catalogne en deuxième position, avec la province de Gérone en premier, là où le sentiment identitaire est le plus fort, et les indépendantistes les plus nombreux. Et la Catalogne est en nombre d'immigrés par habitant derrière Madrid et Valence, le pays basque loin derrière.
Les espagnols sont les plus europeïstes, et les plus disposés en Europe au transférs de souveraineté vers l'Europe, même Podemos est allé en GB, participer à des meetings anti-brexit.
L'Espagne a le même pourcentage d'immigrés que la GB, et il n'y a pas de partis europhobes ni anti-immigrés.
Par conséquent ces affirmations péremptoire évoquant un nationalisme espagnol, qui parasitent ce forum relèvent de la propagande, ce qui est respectable, mais reste de la propagande.

PS les différentes ONG qui font des classements sur la nature démocratique des pays, classent systématiquement l'Espagne devant la France. Et la Cour de Strasbourg place l'Espagne comme le deuxième pays le moins condamné d'Europe, par habitant moins que tous les pays scandinaves, facile à vérifier si on sait utiliser google.
Réponse de le 07/02/2017 à 17:37 :
J'ai pris la peine de lire ce tissu d'inexactitudes (disons ça comme ça) jusqu'au bout, mais il m'a fallu pas mal de courage. On dirait du Cardona pur jus.
Le nationalisme espagnol, ou plutôt castillan, réside dans le refus d'accepter la particularité des autres régions. Ils sont fermés à tout dialogue et n'acceptent que la force, "ordeno y mando". Je parle des élites au pouvoir, pas du peuple en général.
Parler de démocratie espagnole relève de l'oxymoron. Une constitution écrite sous le regard suspicieux des militaires, un roi désigné par le dictateur, un statut d'autonomie qui satisfaisait tout le monde sauf le PP qui a tout fait pour le faire annuler. Là est la véritable cause de l'indépendantisme de masse. Des lois votées en Catalogne et automatiquement annulées par un Tribunal Constitutionnel aux ordres. Des infrastructures promises depuis 30 ans mais toujours remises aux calendes grecques. Parler d'immigration en omettant l'immigration intérieure destinée à noyer le sentiment catalan avec une population qui ne ressent pas le besoin de parler le catalan (normal pour un jacobin), un pouvoir qui verrait d'un bon œil la disparition de la langue catalane.
Citer l'Espagne, qui omet bien souvent d'appliquer les directives européennes, comme un pays particulièrement européen, c'est de la poésie pure et simple. Quant à l'hégémonie culturelle, volontairement abandonnée à Madrid, j'appelle ça du cynisme, pour rester poli.
Les Catalans doivent se séparer de ce pays qui les étouffe, question de dignité.
a écrit le 07/02/2017 à 6:55 :
La liberté ne se demande pas,elle se prend.
a écrit le 04/02/2017 à 20:32 :
Le gouvernement ne fera qu'appliquer légitimement sa constitution, la loi du peuple.
Réponse de le 05/02/2017 à 19:01 :
En premier lieu il ne s'agit pas de "sa" Constitution: elle n'appartient pas au gouvernement.
En deuxième lieu il faut remarquer que la Constitution de 78 a
été en tout cas pervertie et abusée
par le gouvernement
et les quelques juges
nommés ad hoc (en Espagne la séparation des pouvoirs est une chimère, aucun rapport avec les USA p.ex.)
En troisième lieu il faut savoir que le gouvernement peut parfaitement autoriser le referendum avec cette même Constitution. C'est une décision purement politique. Le gouvernement espagnol ne l'autorise pas parce qu'il a décidé et ainsi exprimé que l'unité de l'Espagne est quelque chose d'indissoluble et permanent, par dessus l'opinion et décision des citoyens. C'est leur démocratie à la n'importe quoi!
Réponse de le 05/02/2017 à 22:31 :
Le gouvernement espagnol n'a pas un mandat démocratique pour bloquer la démocratie en Catalogne, ce qui serait assez bizarre dans un pays à priori démocratique.

Le gouvernment catalan par contre, a un mandat démocratique pour mettre en pratique l'autodétermination de la Catalogne.

Bien-sûr, le gouvernement espagnol pourra invoquer la constitution pour déclencher la repression. Mais il aurait pu parfaitement commencer par respecter cette constitution, ainsi qu'une vingtaine de sentences du Tribunal Constitutionnel favorables à la Catalogne, qu'il refuse d'appliquer. Et ce, malgré le fait qu'il s' agit d'un tribunal fortement biaisé, qui rarement soutient les causes ouvertes soulevées par la Catalogne.

Le gouvernement aurait pu parfaitement invoquer la constitution pour s' asseoir et écouter un peu la Catalogne, et même négotier de bonne foi certains accords.

Mais le choix espagnol fut de mépriser publiquement à chaque fois les approches catalanes.

Quand les Catalans ont dit "assez, on veut partir et vous étiez prévenus, et nous voulons exprimer cela démocratiquement, au moyen d'un référendum ou consultation, à négotier", la réponse a été: nenni.

Jusqu'à 5 voies différentes permettaient d'organiser un référendum ou une consultation dans le cadre de la constitution espagnole. Mais la décision espagnole a été formelle et inflexible: aucune reconnaissance de la Catalogne comme nation, d'aucun droit des Catalans à s' exprimer sur leur avenir collectif par rapport à l'Espagne, et d'aucune voie constitutionnelle pour leur permettre de s' exprimer.

Bon... Le nationalisme espagnol s' est saisi de la constitution dès sa rédaction en 1978, et après ça en l'interprétant et appliquant comme ils ont voulu, de façon arbitraire et juridiquement honteuse. Le nationalisme espagnol a détourné la constitution et l'a tuée petit à petit. Ce n'est plus "la loi du peuple" et en fait ne l'a jamais été, rédigée et approuvée comme elle fut sous la menace d'une armée et d'un régime fasciste encore intacts. Ils ont fini de la tuer en 2010 alors qu'ils croyaient tuer seulement le statut d'autonomie catalan. Et ils l'ont ensuite enterrée, toutes ces dernières années depuis 2010, en redoublant l'attaque nationaliste à la Catalogne au lieu d'essayer de refroidir le jeu.

L'Espagne commet une fois de plus une erreur historique qu'elle va payer.

Les Catalans, on fout le camp. Essayez de nous arrêter, je vous en prie. Soyez nuls jusqu'au bout.
Réponse de le 05/02/2017 à 22:44 :
Légalité obsolète et injuste contre légitimité démocratique, ou quand la loi devient une simple excuse pour nier des droits fondamentaux. Il y en a eu pleins d'exemples dans le monde (droit de suffrage pour les femmes, apartheid, etc.). Heureusement, les lois stupides ne s'imposent toujours pas.
a écrit le 04/02/2017 à 20:12 :
On va s'amuser. Si le gouvernement réactionnaire espagnol applique des mesures répressives et nous empêche de voter rien n'y fera. Je suis bien curieux de voir comment il peut empêcher les citoyens d'occuper les rues, bloquer les routes ou de s'installer dans les édifices gouvernementaux, pacifiquement bien entendu. À voir qui est dans le juste et a le plus de détermination.
a écrit le 03/02/2017 à 19:24 :
On ne peut pas oublier que le vote independantiste a déjà donné la majorité au parlement Catalan et que l'indépendance gagne dans la majorité des enquètes. En plus les partis favorable au référendum représenten 80% des votes.
a écrit le 02/02/2017 à 19:47 :
quid de la Californie qui veut faire sécession des US ?
Trump va envoyer l'US Army pour s'occuper des bad hombres californiens comme il veut le faire avec le Mexique ?
a écrit le 02/02/2017 à 19:17 :
La Catalogne est riche très riche donc pour Madrid la laisser faire sécession c'est comme si en France on laissait partir l'Alsace.
a écrit le 02/02/2017 à 19:14 :
50% et une voix et non voie sauf si elle est ferrée...
a écrit le 02/02/2017 à 18:55 :
Le vrai visage de Rajoy et de sa complice l'union européenne.

La personnalité allemande de notre UE n'est vraiment pas de bon augure pour envisager la futur nouvelle révolution économique.

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