Reprise en zone euro : cette fois, est-ce la bonne ?

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L'industrie européenne se porte bien. Est-ce la clé d'une reprise durable ?
L'industrie européenne se porte bien. Est-ce la clé d'une reprise durable ? (Crédits : © Wolfgang Rattay / Reuters)
Les indices PMI manufacturiers de la zone euro sont au plus haut depuis avril 2011 et l'inflation allemande revient à un niveau proche de 2 %. La reprise durable est-elle cette fois, et après plusieurs faux départs, bien engagée dans l'union monétaire ?

La croissance s'annonce solide sur le dernier trimestre de 2016 en zone euro. Les indices PMI Markit des directeurs d'achats de l'industrie manufacturière pour décembre, dont le chiffre final a été publié ce mardi 3 janvier se sont montrés très solides. A 54,9, il signale un rythme d'expansion de ce secteur inédit depuis avril 2011, autrement dit depuis 56 mois, à une époque où la zone euro profitait encore de la reprise du commerce mondial qui avait suivi le coup d'arrêt de 2008-2009. Sur l'ensemble du trimestre, la moyenne de l'indice se situe à 54, du jamais vu depuis le deuxième trimestre 2011, en nette hausse par rapport au trimestre précédent (52,1).

Dynamique vertueuse ?

Ce très bon chiffre a alimenté l'idée que la croissance des trois derniers mois de 2016 pourrait s'être nettement accélérée, passant de 0,3 % au troisième trimestre à 0,5 %. La première estimation de cette croissance est prévue par Eurostat pour le 14 février, mais l'on devrait disposer de quelques indices dès le 12 janvier avec la première estimation de la croissance annuelle allemande, puis, le 29 janvier, avec la première estimation espagnole et le 31, la française. Mais déjà, la bonne tenue des indices de climat des affaires dans les principales économies de la zone euro et la nette hausse de la distribution de crédits enregistrés en décembre tend à alimenter l'optimisme et l'hypothèse d'une accélération de la reprise après trois ans et demi de croissance poussive.

Le scénario qui pourrait alors se dessiner serait celui d'un cercle vertueux où la croissance se renforcerait progressivement en se transmettant à l'emploi et alimenterait ainsi inflation sous-jacente et demande intérieure. Quelques éléments viennent renforcer cette hypothèse : IHS Markit, l'agence qui réalise les indices PMI souligne ainsi que « la forte demande en produits manufacturiers contribue à tendre les capacités de productivité », ce qui contribue à des créations d'emploi soutenus partout (sauf en Grèce, seul pays où l'activité, sans surprise, se contracte). De plus, les industriels commencent à transférer partiellement l'augmentation des coûts de production liés à la hausse des matières premières sur leurs clients : le sous-indice de l'inflation est aussi au plus haut depuis juillet 2011. Du reste, les premières estimations de l'inflation laissent penser que cette évolution est à l'œuvre. En Allemagne, l'inflation a bondi en décembre de 0,7 % à 1,7 % en rythme annuel. En Espagne, il se situe à 1,5 %.

Aide externe

Cette fois, la reprise européenne serait-elle donc réellement sur la bonne voie ? Si 2017 s'ouvre clairement sous de bons auspices, il convient de garder une grande prudence. D'abord, parce que des épisodes courts de croissance trimestrielle forte ont déjà eu lieu et ont fait long feu. Ainsi en a-t-il été de l'impressionnant +0,8 % du premier trimestre 2015 ou des croissances de 0,5 % des deux trimestres de fin 2015 et début 2016. A chaque fois, la croissance était compensée par la suite par un ralentissement marqué.

Or, ici, la croissance du secteur manufacturier ne doit pas faire oublier le reste de l'économie. En zone euro, ce secteur compte pour moins du quart du PIB. Par ailleurs, cette progression, si elle semble s'accompagner d'une hausse des carnets de commandes, doit encore se confirmer dans le marbre de la production industrielle. Or, là aussi, les chiffres sont volatils. En octobre, dernier chiffre disponible, cette production consolidait encore la forte hausse du mois d'août et n'affichait qu'une hausse modeste de 0,6 % sur un an. L'effet sur la croissance ne sera donc pas forcément considérable. D'autant que, il convient de s'en souvenir, l'estimation flash de l'indice PMI Markit de la zone euro pour les services a tendance à ralentir, ce qui a amené l'indice composite à stagner. Certes, il faudra attendre pour voir si l'activité manufacturière est capable de « tirer » l'ensemble de l'économie, mais ce n'est clairement pas encore le cas.

Une dynamique externe suffisante ?

Si l'on en croit les éléments donnés par IHS Markit, cette embellie manufacturière s'explique d'abord par une reprise de la demande extra-européenne, notamment en provenance des Etats-Unis et de l'Asie. L'industrie européenne profite donc actuellement des anticipations liées à la politique du nouveau président des Etats-Unis Donald Trump et des effets de la relance chinoise. Le tout alimenté par un euro faible en raison de l'anticipation de divergence des politiques monétaires. Ces fondements sont-ils durables ? Rien n'est moins sûr.

Le plan de relance outre-Atlantique est à construire, on ne connaît guère de détails et il pourrait faire les frais d'un arbitrage avec des baisses d'impôts. Dès lors, l'impact conjoncturel demeure incertain, notamment sur le maintien d'une forte demande de produits européens. D'autant que le président élu des Etats-Unis semble vouloir faire preuve de protectionnisme et que, dans son programme, s'il est peu disert sur l'Europe, il souligne que l'Allemagne « manipule sa monnaie » pour bénéficier d'une compétitivité artificiellement élevé. La faiblesse de l'euro pourrait donner l'envie à Washington de durcir l'accès des produits de la zone euro au marché des Etats-Unis. Du reste, la conjoncture étasunienne devra être observée de près : toute déception se traduira par une correction des commandes et par un retour à la prudence de la Fed, donc une remontée de l'euro. Côté chinois, la relance organisée par Pékin n'empêchera pas, de l'aveu même des dirigeants chinois, un ralentissement de la croissance. Comme l'industrie est amenée à poursuivre sa consolidation, la Chine ne saurait jouer à moyen terme le même rôle moteur qu'avant 2012, sauf de façon limitée dans le temps.

La véritable question est bien celle de la capacité de l'économie de la zone euro à générer les conditions internes de sa croissance. De ce point de vue, l'embellie de décembre amène davantage de défis que de certitudes. La croissance européenne est une croissance « aidée », soutenue à bout de bras par sa banque centrale et par le contexte international. Vienne à manquer ce soutien, que se passera-t-il ? L'euro, monnaie d'une région dégageant un excédent courant record de 3,7 % de son PIB remonterait en flèche et la reprise de l'industrie aurait tôt fait de disparaître. L'essentiel est donc de savoir si, profitant de cette reprise, des fondements plus solides à la demande intérieure pourront être construits.

Le retour de l'inflation à haut risque

Car, la situation n'est guère réjouissante en dehors de la reprise industrielle et d'un secteur de la construction soutenu par les taux bas mais qui est encore convalescent, étant près de 8 % en deçà de son niveau (très élevé) de 2010. Comme le rappelle les équipes de HSBC dans une note publiée ce 3 janvier, « les deux soutiens clé de la croissance européenne au cours des deux dernières années : la baisse des prix de l'énergie et la fin de l'austérité budgétaire, n'agiront plus en 2017 ». Comme l'a relevé la Commission européenne elle-même, l'effet de la politique budgétaire en zone euro devrait être nulle ou même négative cette année, tandis que la remontée des prix de l'énergie pose un défi de taille. Les consommateurs vont, en effet, voir leur pouvoir d'achat, jusqu'ici soutenu principalement par la baisse des prix, se réduire. Une hausse des salaires nominaux serait alors nécessaire, mais comme les entreprises, en raison de la faiblesse structurelle de la demande, peinent à faire passer dans les prix à la consommation la hausse des prix à la production, leur marge pour relever les salaires est faible. La consommation devrait donc ralentir. A moins qu'une dynamique salariale s'appuyant sur une forte hausse de l'inflation sous-jacente se mette en place. Mais les conditions d'une telle dynamique semblent encore lointaines et fragiles.

Le défi de la productivité oublié

D'autant que l'autre grand défi de la croissance de la zone euro, celui de la productivité, reste en chantier. Si le crédit repart grâce aux taux bas, le déficit d'investissement cumulé depuis 2010 est considérable et contribue à ce ralentissement de la productivité que les réformes du marché du travail, en abaissant le prix du recours à la main d'œuvre, ont encore renforcé. De ce point de vue, la « locomotive » de la croissance externe ne semble pas en mesure d'inciter à un vrai rattrapage. Profiter des relances dans d'autres régions n'exonèrent pas la zone euro de procéder elle-même à des vrais plans d'investissements publics. Autrement, les bénéfices tirés des croissances externes risquent de ne pas être réinvestis dans la zone euro. Et cette dernière verra sa croissance potentielle reculer. C'est là la source de l'excédent courant européen qui, loin de se réduire, ne cesse de s'élargir et, donc, de peser sur la demande en zone euro. « Il faudra plus qu'une dose de relance aux Etats-Unis pour renverser la tendance d'un faible taux d'intérêt naturel en zone euro alimenté par la faible croissance de la productivité, la dette élevée et une démographie défavorable », souligne HSBC qui ne prévoit qu'une croissance de 1,2 % pour les 19 en 2017. Les sursauts réguliers de l'investissement ne sauraient tromper : les projets demeurent limités et ne concernent souvent que les capacités existantes.

Incertitudes persistantes

Rien ne saurait donc assurer que l'activité de la zone euro est sur la voie d'une croissance solide et durable. La croissance industrielle ne saurait dissimuler l'absence de vraie politique économique ainsi que les tendances désinflationnistes lourdes qui restent en action. Sans changement réel de gestion de la zone euro, la croissance restera insuffisante, chaotique et de « mauvaise qualité », ne traitant pas les problèmes structurels et générant des inégalités et des menaces qui sont politiquement dangereuses.

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Commentaires
a écrit le 04/01/2017 à 8:54 :
Les états et tous les machins publics sont en déficit chronique, et les ménages lessivés par des années de crises et de prélèvements augmentant sans cesse. Alors reprise ? Venant d'où ?
a écrit le 03/01/2017 à 19:45 :
Il y a un nombre croissant d’Êtres humains et de moins en moins de ressource. Il n'y a d'autre projet que celui de faire de la croissance. Tout cela est absurde.

Il nous faudrait un projet global comme aller construire une métropole sur mars et sur la lune avec des mines gigantesques. Faire un premier saut sérieux pour aller conquérir l'univers. Ça, c'est ambitieux! Et vive la SF. Oui certains appellent à ça avec leurs petits budget de milliardaire. Sans commune mesure avec ce que pourrait faire 7 milliards de personne...

La seul projet de croissance que l'on a aujourd'hui, c'est celle de transférer la richesse de beaucoup vers quelques uns. Il ne faut pas s'étonner que l'on tourne vite en rond sur notre petite planète. Mais le temps nous est compté.
a écrit le 03/01/2017 à 18:02 :
@ BONSOIR : Toujours le même baratin... DEMAIN ON RASE GRATIS ... depuis le temps que le gouvernement nous annonce la reprise pour l'an prochain... Figurez vous que je commence à avoir des doutes !!!!!!
a écrit le 03/01/2017 à 15:32 :
Les allemands à la tête de l'UE sont campés sur leur obsession de la dette, problème subjectif s'il en est, on ne pourra jamais rattraper notre retard sur la Chine et Les états unis si ces derniers se mettent à réindustrialiser le pays alors que nous courrons après une dette aux intérêts illimités, en comblant sans cesse un puits sans fond.

Sarkozy et Hollande n'ont pas été capables de proposer une alternative à la gouvernance allemande qui dorénavant solidement ancrée continue de nous mener droit dans le mur.

L'Europe était une idée formidable l'oligarchie l'a transformé en véritable cauchemar dans lequel on se demande à chaque fois quand ça va être à notre tour de se faire saigner.

Vite un frexit.
Réponse de le 03/01/2017 à 16:20 :
EXAT??? MAIS ON NE DOIT PAS SE FOCALISE SUR LES TROIS POURCENT INPOSIBLE A TENIR. NI A RENBOURSE UNE DETTE QUI N EST PLUS RENBOURSABLE A COUT TERME/ SAUF A L ETALE DANS LE TEMPT. SI L EUROPE EXITEZ ON POURRAIS GLOBALISE LES DETTES ET LES RENBOURSES TOUS ENSENBLE? MAIS LE REVE DE L EUROPE DES PEUPLES N EXSITE PAS ELLES N EST QUE L EUROPE DES BANQUIERS QUI NOUS EMEME TOUS A LA FALLITE A CAUSSE DE GOURVERNEMENT DE DROITE COMME DE GAUCHE TOUS INCONPETANT ET SANS POUVOIR???
Réponse de le 03/01/2017 à 16:34 :
Attendons une remontée, même modeste, des taux d'intérêt et vous verrez, quand il faudra amputer de 15 ou 20 milliards par an la dépense publique rien que pour payer le surplus d'intérêts que ça causera, si le problème de la dette est subjectif...
Et en cas de frexit, donc de retour à une monnaie nationale qui sera très rapidement attaquée, quand les produits importés (une énorme part de notre consommation désormais vu le "trou" du commerce extérieur que même la baisse de 30% de l'€ et la baisse du pétrole n'ont pu combler) verront leur prix exploser de 25 à 30%, on entendra aussi le choeur des pleureuses. Ce n'est pas un hasard si Tsipras a renoncé au Grexit malgré ce que ça impliquait comme renforcement de l'austérité, il savait que ce serait encore bien plus dur en dehors.
Réponse de le 03/01/2017 à 19:14 :
Ne pas sortir de l'euro c'est accepter la disparition de toute industrie à moyen terme. Donc l'effondrement de l'économie quoique l'on en dise. En sortir, c'est avoir la possibilité d'arrêter cette mort lente et d'inverser le processus. Alors, oui, sur 3/4 ans, une sortie de l'euro est difficile : le temps que les gains massifs de compétitivité se traduisent en production en remplacement des produits chinois et le temps que ces mêmes gains rééquilibre le commerce extérieur par la relance des exportations. Ce sera difficile aussi du fait des pertes initiales de pouvoir d'achat et de la remise en cause du tout pétrole (qui deviendra hors de prix). Mais c'est soit ça avec des créations d'emplois soit continuer à s'enfoncer dans le chômage de masse. Et c'est pour cela que les arguments de peur utilisés par les rares gagnants de l'euro ont de moins en moins d'effets face à la réalité du chômage de plus en plus massif.
Réponse de le 04/01/2017 à 8:01 :
Je dirai meme très vite le Frexit........
Réponse de le 04/01/2017 à 9:04 :
burno: Un frexit ne pourra s’accompagner que d'une remise en question sérieuse et profonde des remboursements des intérêts de la dette, plusieurs pays ont déjà refusé de payer la somme en totalité ou en partie, et ces pays sont toujours là.

Les milliardaires n'ont pas besoin de milliards en plus par contre les peuples ont besoin de manger, de se soigner, de se loger et de se chauffer.

Pour le reste vous faites comme juste avant le brexit que vous annonciez destructeur immédiat de l’Angleterre et vous vous êtes encore une fois largement trompé.

Si vous voulez susciter un peu d'intérêt essayez de faire des prédictions un minimum exactes, le fait que vous vous plantiez régulièrement non seulement n'incite pas à la confiance mais aurait même plutôt tendance à avoir l'effet inverse.

M. Patate: L'Europe enlisée dans la compromission généralisée et l'incompétence oligarchique commence par devenir la cause de tous nos maux en effet.

Vite un frexit.

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