Royaume-Uni : dix ans après la crise, la pauvreté n'a (presque) pas reculé

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Quelque 20% des britanniques vivaient en 2015-2016 dans un ménage dont les revenus étaient inférieurs à 60% du revenu médian enregistré en 2010-2011, l'année de référence, selon l'IFS.
Quelque 20% des britanniques vivaient en 2015-2016 dans un ménage dont les revenus étaient inférieurs à 60% du revenu médian enregistré en 2010-2011, l'année de référence, selon l'IFS. (Crédits : Reuters)
Après avoir baissé de 17 points entre 1995 et 2005 pour s'établir à 22% de la population, le taux de pauvreté "absolue" n'a diminué que de deux points lors de la décennie suivante. Et la situation devrait rester identique d'ici à 2022.

Un taux de chômage au plus bas depuis plus de 40 ans. Une croissance soutenue par la consommation des ménages depuis le référendum sur la sortie du pays de l'Union européenne en juin 2016. En dépit de plusieurs signes de tassement ces dernières semaines, l'économie britannique a retrouvé des couleurs depuis la grande récession de 2008-2009. Au prix, avant tout, de sacrifices et d'une politique d'austérité initiée entre 2010 et 2015 par le précédent gouvernement emmené par le conservateur David Cameron. Plafonnement des salaires dans la fonction publique, réduction drastique des dépenses et coupes budgétaires pour réduire le déficit, les efforts demandés à la population ont été brutaux.

Et selon le rapport présenté mercredi par l'Institute for fiscal studies, un organisme indépendant spécialisé dans l'analyse de la fiscalité et des politiques publiques, la période a laissé des traces, chez les Britanniques les moins favorisés. En témoigne le nombre toujours plus important de banques alimentaires en activité dans le pays. Mais pas seulement. Après avoir baissé de 17 points entre 1995 et 2005 pour s'établir à 22% de la population, le taux de pauvreté "absolue" n'a en effet diminué que de deux points au cours de la décennie suivante.

IFS pauvreté Royaume-Uni

Depuis 1965, la pauvreté n'avait jamais aussi peu reculé sur dix ans, au Royaume-Uni.

Avoir un emploi ne suffit pas

En 2015-2016, un Britannique sur cinq vivait dans un ménage dont les revenus étaient inférieurs à 60% du revenu médian enregistré en 2010-2011, l'année de référence retenue par l'IFS. Traduit en sonnant et trébuchant, le seuil correspond à 138 livres (165 euros) par semaine pour une personne seule et 332 livres (397 euros) par semaine pour un couple avec deux enfants. "Nos recherches suggèrent que ce taux de pauvreté devrait encore rester inchangé entre 2016-2017 et 2021-2022, prévient l'institut, et même augmenter pour les enfants, au vu des réformes prévues dans le domaine des prestations sociales." Pour ce qui concerne la pauvreté dite "persistante", qui couvre les ménages ayant vécu en-dessous du seuil de pauvreté au cours de trois des quatre années précédentes, le taux s'établissait à 8% en 2015-2016.

Sur le long terme, le rapport note un changement du profil des ménages concernés par les bas revenus et la pauvreté. Longtemps les plus touchés, les retraités sont aujourd'hui, à 90%, épargnés par la pauvreté. A contrario, alors qu'en 1995 quelque 45% des personnes pauvres appartenaient à un ménage dont au moins un membre travaillait, vingt ans plus tard, ce taux est passé à 66%. "En dépit du fait qu'un nombre toujours plus important de ménages comprend au moins un adulte actif, il est devenu de moins en moins certain que les revenus assurent au ménage de se hisser au-dessus du seuil de pauvreté", relève l'IFS.

La part du salaire dans les revenus globaux peine à retrouver son niveau d'avant-récession

Un point du rapport permet d'illustrer ce phénomène. Si dans l'ensemble du pays, le revenu médian enregistré en 2015-2016 est (modestement) supérieur de 3,7% à celui constaté en 2007-2008, la part des salaires dans ces revenus, elle, n'a pas retrouvé son niveau d'avant-récession. L'IFS relève ainsi qu'en dépit d'une croissance de 3% depuis 2011, les revenus bruts du travail sont toujours 2% inférieurs à ceux enregistrés en 2007-2008. Ces statistiques incluent même les rémunérations des auto-entrepreneurs, catégorie de travailleurs en forte expansion ces dernières années, avec l'avènement de la gig economy d'Uber, Deliveroo et consorts. Si le revenu médian est, malgré ce constat, en hausse, c'est grâce aux revenus de l'épargne, des investissements et des retraites privés, affirme l'IFS. "La faiblesse de l'augmentation des salaires a été telle, ces dernières années, que les effets positifs du taux de chômage très bas ont été annulés", souligne le rapport. Pour permettre aux plus pauvres d'améliorer leurs conditions de vie, un taux d'emploi historiquement haut ne suffit pas.

Des inégalités régionales persistantes

Long de 90 pages, ce rapport de l'IFS sur le niveau de vie, la pauvreté et les inégalités au Royaume-Uni contient bien d'autres enseignements. Par exemple, malgré des disparités importantes, les inégalités se sont réduites à Londres depuis la fin des années 2000. Ainsi, les 10% des ménages les moins riches ont vu leurs revenus augmenter de 10% tandis que les 10% les plus aisés ont constaté un recul de... 10% de leurs revenus. A l'échelle nationale, de grandes inégalités persistent. L'IFS constate notamment que les revenus des ménages du Sud-Est du pays sont 25% supérieurs à ceux des habitants des West Midlands (région de Birmingham).

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a écrit le 20/07/2017 à 9:53 :
Bref comme en France: "Anatomie de la pauvreté en France" http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/anatomie-de-la-pauvrete-en-france-744534.html.

Le néolibéralisme est en train d'asphyxier les populations mondiales tout ça pour engraisser les 1% plus riches.
a écrit le 19/07/2017 à 21:32 :
Il y aura bien d'autres urgences dans le Royaume-Uni du brexit que de chercher à réduire le taux de pauvreté. Soutenir les entreprises en priorité absolue risque vite d'être vital pour éviter le naufrage économique.
a écrit le 19/07/2017 à 19:42 :
Et pourtant, étonnamment, le cas Anglais est le diagnostique prescrit aux français. Vous prenez un pays développé qui fait les "réformes", vous mettez dans l'équation un pays partenaire, développé et proche géographiquement. Le pays proche qui n'a pas fait ces "réformes" perd en compétitivité. Le taux de chômage se transfert du pays A vers le pays B (sans jeux de mots, c'est pas drôle! :))

Vous étendez ceci à une zone monétaire unique puis à la planète et vous avez une baisse globale de la demande donc de la production, donc de l'emploi, donc des salaires etc, etc...

Cependant, cette instabilité engendre de l'entropie, des évènements secondaires qui vont prendre le dessus. Peut-être que cette fois tout ça finira enfin par aller dans le bon sens sans plonger le monde dans un bain de sang comme les bas instincts de l'Homme nous ont habitués. Par le progrès, la science et la raison.

Ou pas. "Et en même temps", si on en parlais?
a écrit le 19/07/2017 à 18:20 :
"la pauvreté n'avait jamais AUSSI PEU reculé sur dix ans", mais a tout de même reculé ! Encore une étude de socialo qui voudrait que leurs gabegies budgétaires soient effacées d'un coup de baguette magique. L'éradication de la pauvreté, si elle est possible, est malheureusement un travail de longue haleine et il y a des péridoes favorables et des périodes défavorables, tout comme la météo qui connait des soubresauts :-)
a écrit le 19/07/2017 à 16:41 :
Je ne comprends vraiment pas la situation économique du Royaume Uni. Le pays affiche l'un des taux de chômage les plus bas dans grands pays d'europe. Il y a au moins 250 000 français qui vivent à Londres qui ne sont pas prêt de revenir en France et le marché du travail britannique reste l'un des plus flexible et dynamique du continent auquel perdre son emploie n'est pas un drame contrairement en France car ils peuvent rebondir ailleurs.. Et surtout l'industrie est présente ! Ils fabriquent plus de voiture au Royaume Uni qu'en FRANCE alors qu'ils ont perdu leur principaux constructeurs mais les constructeurs étrangers tels que Honda, Nissan, Rover tournent à plein regime ! Donc du coup , quelle est le vrai du faux dans tout ça ? Pourquoi autant d'information contradictoire ? La pauvreté est-elle vraiment présente dans ce pays comme en France ?
Réponse de le 20/07/2017 à 10:55 :
il s agit de 2 populations differentes. D un cote les gens bien formés et bien payé (meme s ils doivent engloutir une grosse partie de leurs salaire dans leur logement car londres est hors de prix). et de l autre des anglais peu qualifiés qui ont soit un travail sous payé (concurrence avec les polonais ou contrat 0 heures) soit vivant des prestations sociales
Réponse de le 20/07/2017 à 11:59 :
Pas certain que les 250 000 français. A Londres soient a la fête.....
Et pour le reste, simple a comprendre....les contrats zéros heures produisent des travailleurs pauvres.....tout comme le temps partiel non choisi......etc etc.....
a écrit le 19/07/2017 à 16:26 :
"que ce taux de pauvreté devrait encore resté inchangé entre 2016-2017"
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