Zone euro : la croissance reste faible au troisième trimestre

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La croissance en zone euro demeure faible.
La croissance en zone euro demeure faible. (Crédits : © Reuters Photographer / Reuters)
Eurostat a confirmé le maintien du rythme de croissance de la zone euro à 0,3% au troisième trimestre. Un niveau insuffisant qui reste un casse-tête pour la BCE.

Au troisième trimestre, la croissance de la zone euro s'est maintenue à 0,3 %, soit le même rythme qu'au cours du trimestre précédent. Ce rythme de croissance dénote cependant un ralentissement par rapport aux deux trimestres précédents, où la croissance des 19 pays de l'Union économique et monétaire avait atteint 0,5 %. C'est donc une croissance faible non seulement dans l'absolu, mais aussi au regard des performances passées. Sur les dix derniers trimestres, la zone euro a fait mieux à cinq reprises et autant à quatre reprises.

Par rapport au troisième trimestre 2015, la croissance est de 1,6 %. Là encore, c'est le même rythme qu'au deuxième trimestre, mais là encore, l'affaiblissement est visible à moyen terme. Ainsi, entre le deuxième et le dernier trimestre de 2015, la croissance sur un an était de 2 %. Il y a donc manifestement et, malgré l'appui massif de la BCE, un affaiblissement de la croissance en zone euro. A long terme, la croissance demeure aussi faible : le PIB de ce troisième trimestre est supérieur de 1,9 % seulement au point haut d'avant crise, le deuxième trimestre 2008.

En termes de comparaison internationale, la zone euro fait encore une fois bien piètre figure. Sa croissance trimestrielle est inférieure à celle de l'Union européenne dans son ensemble (+0,4 %), notamment en raison de la croissance britannique (+0,5 %), mais aussi des États-Unis (+ 0,7 %) et du Japon (+0,5 %).

Ce qui a tiré la croissance de la zone euro

Le détail des composantes de cette croissance n'est pas encore connu, mais des éléments peuvent déjà être tirés des statistiques parues à ce jour. Ce deuxième trimestre aura en effet été plus mouvementé que ne le laisse apparaître le chiffre final. Après le vote britannique en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, le mois de juillet a été marqué par une certaine incertitude. La production industrielle a alors marqué le pas (- 0,7 % en rythme mensuel), mais, devant la résistance de l'économie britannique, elle a, en août, récupéré son retard et affiché de forts taux de croissance mensuels (+1,8 % en zone euro). Un feu de paille, cependant, puisqu'en septembre, elle s'est à nouveau contractée, à -0,8 % sur un mois. Au final, il reste une faible croissance sur le trimestre de l'industrie. Avec toujours le même et persistant problème : la faiblesse de l'investissement qui s'affiche en recul en Allemagne et en France, les deux principales économies de la zone euro.

Sur le front de la consommation, les ménages ont aussi plutôt fait grise mine. Les ventes au détail ont reculé de 0,2 % sur un mois en août et septembre après une progression de 0,3 % en juillet. La remontée des prix de l'énergie, notamment des prix à la pompe, ont réduit les envies acheteuses des ménages. Comme, par ailleurs, la contribution extérieure à la croissance s'annonce faible, la dépense publique aura sans doute modérément soutenu la croissance au troisième trimestre. Mais cette dépense reste limitée et l'investissement public demeure réduit.

Sur le plan géographique, les grandes économies n'ont guère montré de dynamisme. La France et l'Allemagne affichent des croissances de 0,2 %, l'Italie faisant mieux avec 0,3 %. Certes, c'est la première fois depuis le premier trimestre 2009 que la Péninsule affiche une croissance supérieure à celle de l'Allemagne, mais le niveau de cette croissance reste assez faible. L'Espagne demeure dynamique (+0,7 %), mais ralentit à un niveau aussi faible qu'à la fin de 2014. Les bonnes surprises viennent du Portugal (+0,8 %) et de la Grèce (+0,5 %) qui affichent des taux de croissance plus forts que prévu.

Les trois leçons de cette croissance faible

Quelles leçons tirer de ces chiffres ? D'abord que la BCE se trouve confrontée à un choix difficile. La remontée actuelle de l'inflation et des taux, tant souhaitée par ailleurs, comporte en effet un risque si elle ne s'accompagne pas d'une accélération de la croissance. La hausse des prix, portée principalement par des causes "externes" sans hausse correspondante des salaires conduira à une compression de la consommation. Or, pour augmenter les salaires, il faudrait une dynamique sous-jacente dans l'investissement, portant notamment la productivité. On la voit pas se profiler réellement, d'autant qu'elle pourrait être freinée par la hausse des taux réels. La BCE est donc condamnée à maintenir sa pression sur les taux, au risque de laisser l'inflation accélérer encore. La stagflation devient une option pour la banque centrale.

Deuxième leçon de cette faible croissance : l'Allemagne est décidément un « moteur » assez peu performant pour l'ensemble de la zone euro. Certes, la première économie de la zone euro a connu un « trou d'air » après deux bons trimestres (+0,4 % et +0,7 % respectivement) et ceci s'explique sans doute par les incertitudes du Brexit et du commerce international. Mais cela signifie aussi que le potentiel de croissance de cette économie présentée comme un modèle demeure faible. La croissance annuelle sur le trimestre est de 1,6 % et devrait, sur l'année ne pas dépasser 1,9 % selon l'institut ZEW et ralenti l'an prochain à 1,6 % au mieux. Dans un contexte de plein emploi et d'équilibre budgétaire, cette performance demeure plutôt limitée et totalement incapable de tirer l'ensemble de la croissance de la zone euro.

En ce qui concerne enfin la croissance, plutôt forte, des pays périphériques (Chypre, Espagne, Grèce, Italie ou Portugal), ces performances ne doivent pas faire illusion. Elles sont le fruit d'un rattrapage fondé sur une réduction des coûts salariaux. Elles s'accompagnent souvent d'une dégradation du niveau de vie et d'un fort sentiment d'insécurité sociale qui ont des traductions politiques. Le référendum italien du 4 décembre prochain devrait le rappeler. Souvent également, le niveau des investissement reste faible, la réduction du prix de la main d'oeuvre réduisant les incitations à augmenter la productivité. Ceci réduit les capacités de montée de gamme et de croissance future de ces pays.

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Commentaires
a écrit le 19/11/2016 à 20:24 :
Illusion ?? Ça fait un moment qu'on sais que la péninsule ibérique (Portugal / Espagne) retrouve la croissances.. Dire que c'est suite à une dégradation de la qualité de vie est complètement faux ! Surtout quand on s'informe un minimum et qu'on apprend que le Portugal augmente les salaires, stop les coupes budgétaires et augmentent les retraites, le pays à juste diminuer ses dépenses ! Presque pareille pour l'Espagne d'ailleurs. En plus de ça les deux pays ont battus des records de tourismes cette année, ce qui a fortement jouer sur l'économie... Bref tout ça pour dire qu'il fait arrêter de faire du blabla pour rien, la France et l'Allemagne ne sont plus les chefs de l'UE et va falloir apprendre à l'accepter si vous voulez évitez des nouveaux "Brexit"
a écrit le 16/11/2016 à 10:14 :
juste un petit oubli dans votre article: la croissance moyenne de l'U.E. : 1,6% cette année, la France 1,3% et l'Allemagne 1,8% nous continuons de décrocher et sommes le mauvais élève de l'U.E. par hasard comme pour les déficits à plus de 3%, les prélèvements obligatoires à plus de 45%, la dépense publique à plus de 57% et l'endettement à plus de 96%.
a écrit le 15/11/2016 à 20:54 :
Grace à nos économistes en chef de droite qui veulent pour l'un augmenter le nombre d'enseignes Prisunic en France voire dans le monde, un autre developper la vente de pains au chocolat à 15 cts et enfin le dernier lancer un tout nouveau site "le bon coin" la croissance va revenir à n'en pas douter!
a écrit le 15/11/2016 à 17:55 :
je ne comprends pas:les entreprises sont abreuvées de subventions,que peut-on faire de plus?une solution:monter la tva partout en europe a 29% et utiliser les recettes pour effectuer de grands travaux d'infrastructure,et redynamiser les secteurs associatifs,culturels et médiatiques
a écrit le 15/11/2016 à 16:12 :
"La stagflation devient une option pour la banque centrale."
La stagflation naît des inégalités de revenu dans un contexte économique atone.
La pente du chômage ne peut donc pas s'inverser, la croissance ne peut pas revenir.
La stagflation est inévitable parce que le capitalisme ne fonctionne plus.
Nous assistons à la faillite du capitalisme et des idées néo-libérales.
Trous d'air et turbulences à prévoir. Attachez vos ceintures...certainement en pure perte puisque dans les avions les ceintures n'ont jamais sauvé personne.
Réponse de le 16/11/2016 à 7:04 :
Mais qui va payer la note des Q E ??? toujours les memes. Merci draghi...
a écrit le 15/11/2016 à 14:54 :
Merci pour cette bonne analyse. Sans relance de la consommation et donc sans une hausse des salaires et une baisse, une vraie, du chômage la situation est condamnée à exploser.

L'idée de Stiglitz pourrait relancer la croissance, tout ces milliards injectés directement dans les circuits de redistributions relanceraient singulièrement la machine mais nos politiciens écoutants nos décideurs économiques il n'y a aucune chance que cela se produise.

D'un autre côté il est peut-être bien que le capitalisme prenne le temps de mourir, tué par son propre enfant néolibéral, cela permet de démontrer qu'il serait temps de rompre le contrat qui nous tient à lui, au début on peut compter sur lui à la fin plus du tout.
Réponse de le 15/11/2016 à 17:12 :
La France, dont la dépense publique représente 57% du PIB, quasiment un record mondial, ne peut relancer la consommation, ni par injection directe d'argent public ni par hausse des salaires, étant encore trop peu compétitive pour se le permettre. En plus vu la faiblesse de son offre (voir encore l'article hier sur les biens d'équipement) une injection de pouvoir d'achat en France se traduirait immanquablement par de la croissance... en Chine et en Allemagne (comme après la relance de 1981-82, mais en pire, l'outil industriel français s'étant contracté de près de moitié depuis). Si l'Allemagne peut se permettre une politique mesurée de politique de la demande, la France soit au contraire approfondir considérablement sa politique de l'offre et surtout la simplifier : des suppressions inconditionnelles et définitives de cotisations patronales financées par de la TVA sociale et un gel du SMIC.
Réponse de le 16/11/2016 à 9:30 :
"comme après la relance de 1981-82,"

Burnodb:

Nous sommes en 2016 et bientôt en 2017, vous vous referez à des faits qui ont 35 ans d'age !

Le monde a complètement changé depuis vous savez, l'économie aussi...

Ah mon pauvre vieux ça doit pas être facile tous les jours hein, je comprends que vous sortiez peu.
a écrit le 15/11/2016 à 14:08 :
Citation: « En termes de comparaison internationale, la zone euro fait encore une fois bien piètre figure. Sa croissance trimestrielle est inférieure à celle de l'Union européenne dans son ensemble (+0,4 %), notamment en raison de la croissance britannique (+0,5 %), mais aussi des États-Unis (+ 0,7 %) et du Japon (+0,5 %). »

C’est une chose qui devrait commencer à être connue. En performance moyenne la zone Euro à une croissance du PIB plus faible et un taux de chômage plus élevé qu’une moyenne de pays développés qui en sont restés aux monnaie nationales, et cela malgré le traitement de choc de la BCE.

La zone Euro remplit toutes les conditions d’un système hyper-concurrentiel entre États membres. Les données macro-économiques prouvent l’échec d’un système hyper-concurrentiel de ce type.

Citation: « En ce qui concerne enfin la croissance, plutôt forte, des pays périphériques (Chypre, Espagne, Grèce, Italie ou Portugal), ces performances ne doivent pas faire illusion. Elles sont le fruit d'un rattrapage fondé sur une réduction des coûts salariaux. Elles s'accompagnent souvent d'une dégradation du niveau de vie et d'un fort sentiment d'insécurité sociale qui ont des traductions politiques. »

Tant que la zone Euro existera les pays membres qui sont arrivés en situation de crise n’auront pas d’autres solution que de se lancer dans des dévaluations internes, caractérisées notamment par réduction des coûts salariaux. A partir de 2017 ça va être autour de la France de se lancer dans une dévaluation interne sévère, si elle veut rester dans la zone euro et y être compétitive.
Réponse de le 15/11/2016 à 17:20 :
même si la France sortait de la zone € pour reprendre une monnaie nationale qu'on laisserait fortement se déprécier pour doper la compétitivité, et ce dopage n'est durable que si les facteurs de production interne (les coûts salariaux) n'augmentent pas, les français verraient leur salaire (et leur épargne) stagner en monnaie nationale et les prix des produits importés qu'ils achètent (c'est à dire maintenant... à peu près tout, du textile aux meubles en passant par les produits d'équipements blancs ou bruns, les voitures d'entrée et de milieu de gamme inférieure, et les très hauts de gamme, une bonne partie des médicaments,...) augmenter en proportion inverse de la dévaluation donc verraient leur pouvoir d'achat sévèrement écorné. Entre la dévaluation interne et la dévaluation externe, l'effet est sensiblement le même...

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