La Tribune

"La France manque cruellement de robots"

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Propos recueillis par Michel Cabirol  |   -  742  mots
Dans une interview accordée à "latribune.fr", le directeur général du Syndicat des entreprises de technologies de production (Symop), Vincent Schramm, estime que "les entreprises doivent retrouver une vision industrielle". Ce qui passe par un renouvellement de l'outil de production et de ses processus afin de regagner en compétitivité.

Quel constat faites-vous de l'outil de production en France ?

La part de l'industrie dans le PIB ne cesse de baisser depuis une dizaine d'années. L'industrie a perdu cinq points sur cette période et sa compétitivité s'effrite d'année en année. Entre 2009 et 2011, 900 sites industriels et 100.000 emplois ont été supprimés. Beaucoup d'entreprises ont déjà disparu, d'autres ont préféré délocaliser pour aller chercher les marchés en forte croissance dans les pays émergents. Cette tendance est beaucoup moins prononcée en Allemagne qu'en France et, outre-Rhin, l'adaptation industrielle est favorisée par la collaboration et le partage de valeur dans les filières.

Pourquoi ?

Grâce à la force des ETI allemandes, qui sont extrêmement attentives à l'innovation dans le produit mais aussi dans le process. Elles dynamisent le tissu industriel allemand. Elles se sont spécialisées pour la plupart dans des marchés de niche où elles sont en général parmi les leaders mondiaux grâce une offre très compétitive. En France, elles n'ont pas la même force et, surtout, il y en a deux fois moins qu'en Allemagne.

Les entreprises françaises ont-elles perdu la bataille de la compétitivité ?

La reconquête de la compétitivité industrielle doit s'appuyer sur trois leviers : le coût du travail, la formation et la qualification des salariés, la productivité de l'outil de production. Le coût du travail est le seul des trois piliers qui fasse l'objet d'un débat politique et médiatique. Il est au c?ur de nos préoccupations, car les écarts sont considérables : une heure de travail coûte plus de 33 euros en France, contre 3 euros en Bulgarie. Ce problème est à l'origine de la plupart des délocalisations. Ces dernières années, 20 à 30.000 emplois ont été détruits annuellement par des entreprises quittant la France pour des pays à bas coût. Mais ce n'est qu'un des piliers. La formation/qualification est également un levier important. Il faut adapter les personnels à la demande et à l'évolution de l'industrie. Enfin, il est indispensable de moderniser l'outil de production français.

 Les entrepreneurs français n'investissent-ils pas assez ?

Il faut que les entreprises retrouvent une vision industrielle. Cela passe par un renouvellement de l'outil de production et de ses processus afin de regagner en compétitivité. Tout l'enjeu est là. Il y a certaines filières comme l'aéronautique, qui ont repensé tout leur fonctionnement industriel grâce à de nouvelles technologies, mais pas totalement. Les petits sous-traitants en sont exclus encore. Et ce sont les PME/PMI où il y a le plus de retard dans la robotisation. Aujourd'hui, les industriels doivent produire rapidement dans les délais et en conservant un niveau de qualité irréprochable grâce à un outil industriel bien contrôlé et bien pensé.

 Ce n'est pas le cas ?

Quand on compare le parc de robots installés en Allemagne, en Italie et en France, les industriels tricolores sont très nettement en retard. Alors qu'il y a 34.495 robots en France, il y a deux fois plus en Italie (62.378) et surtout quatre fois plus en Allemagne (148.195). Et l'écart tend à se creuser. Quand les industriels français installaient un peu plus de 3.000 nouveaux robots en 2011, outre-Rhin ils en ont acheté 19.500. C'est très inquiétant pour la compétitivité future de nos industries. En Corée, le parc s'élève à 101.080 tandis qu'au Japon, le leader mondial, il atteint 285.800 robots. Clairement la solution pour ne pas délocaliser est d'installer des robots. La France doit se mettre à niveau rapidement sous peine de se faire dépasser par de nouveaux pays émergents, qui s'équipent à marche forcée et fabriquent pour les marchés occidentaux.

 Plus de robots signifie-t-il moins d'emplois ?

Non. Il n'y a qu'à regarder en Allemagne le nombre d'emplois industriels. Plus il y a de robots, plus il y a des emplois industriels. La robotisation permet aux pays, à l'image de la Chine où il y a une course à l'acquisition de robots (52.290 fin 2010), de se développer et donc de créer des emplois industriels. Selon une étude de Metra Market, un million de robots peut créer trois millions d'emplois directs. En revanche, ils permettent la suppression des emplois très peu qualifiés comme les emplois postés et de réorienter ces salariés vers des emplois plus qualifiés n'ayant pas la même pénibilité.

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Commentaires

le beotien  a écrit le 14/06/2012 à 9:07 :

Il est évident que le coût du travail est à l'origine de la chute de notre industrie. On peut remarquer que le travail en France coûte sensiblement le double de la somme reçue par le salarié, alors qu'en Allemagne, le rapport n'est que de 1,5. La disparition progressive, de notre industrie était donc prévisible depuis longtemps. J'ai bien peur qu'il soit trop tard pour redresser la barre. L'agriculture, en outre, prend le même chemin! Il serait sans doute nécessaire de taxer plus lourdement les produits d'importation, ce qui impliquerait la création d'une taxe spéciale s'ajoutant à la TVA et permettant de réduire le coût du travail - de sorte que nos produits redeviennent compétitifs - tout en augmentant les salaires nets versés aux petits salariés.. Hélas! On ne voit guère notre gouvernement adopter une telle mesure que les économistes ignorent !

robots  a écrit le 06/06/2012 à 8:31 :

"Plus il y a de robots, plus il y a des emplois industriels" INDUSTRIELS, notre grand génie de l'analyse oubli juste de dire que c'est ça qu'on arrête ! Il faut vraiment être hypocrite pour ne pas admettre qu'un robot/automatisation c'est fait pour remplacer des employés

Bojo  a répondu le 06/06/2012 à 13:15:

Mais sans robot, plus d'emploi du tout.

robocop  a écrit le 05/06/2012 à 19:27 :

retour au travail à 13 ans, payé 1 euro de l'heure ! la guerre des robots n'aura pas lieu .

cjesus  a écrit le 05/06/2012 à 17:46 :

Il n'y a qu'a demander au PS où une armada de robots crétins anti-Sarkoziste se retrouve au chômage technique depuis la défaire de Nicolas Sarkozy.

Ohhh 10 ans d'UMP  a répondu le 05/06/2012 à 19:21:

Le PS n'a encore rien fait. Les armada de robots qui se retrovuent au chômage c'est la conséquence du sale boulot des gouvernements Raffarin et Fillon, c'est à dire l'UMP depuis 10ans.

cjesus  a répondu le 05/06/2012 à 22:50:

@Ohhh 10 ans d'UMP: Je parlais des "robots crétins" du PS qui déferlaient leur haines de Sarkozy sur le net depuis plusieurs mois et qui n'ont à présent rien d'autre à faire.

FERMER les Officines qui tuent l'inovation  a écrit le 05/06/2012 à 16:10 :

La France a une 1ère malchance d'avoir un constructeur automobile qui a tué sa division robots, alors que même l'Italie en a conservé un secteur dédié et qui tue la valeur ajoutée, Renault, pour exploiter la misère en France et l'esclavage en Roumanie, au Maroc et ailleurs. La France a une 2ème malchance d'avoir des structures parapubliques qui se comportent comme des officines peuplées de casseurs et d?étouffement de l?innovation, par exemple Oseo innovation (ex Anvar), les CRITT et et d?Agences Blas bla banquets tous ces Centre d?INCompétences notoires Nationaux, Régionaux, Départementaux.

Corso  a répondu le 05/06/2012 à 16:58:

Une activité doit présenter toutes les marques de pérennité pour être poursuivie d'autant qu'il est difficile de vendre des robots "Renault" à d'autres constructeurs automobile. La solidarité nationale veut parfois que l'on se retire d'un marché encombré et réduit pour laisser plus de chances à d'autres. Le français Groupe Gorgé est un exemple de réussite dans ce domaine très technique.

Corso  a écrit le 05/06/2012 à 15:59 :

Si je suis totalement d'accord sur le fond de cet article, les arguments eux laissent cruellement à désirer. Comparer le coût du travail avec la Bulgarie sans parler de la valeur ajoutée est une absurdité dans un pays qui en est encore à l'ère des faux emplois pour assurer la stabilité fragile de l'économie du pays. Vouloir comparer à l'Italie, à l'Allemagne ou au Japon est aussi peu pertinent. Pour preuve l'italie est déclassée et le japon fiance ses outils par du crédit gratuit, ce qui ne lui bénéficie guère. Reste l'Allemagne qui a adopté une économie du "dernier boulon" comme d'autres parlent du dernier kilomètre et que les économistes appellent économie de bazar, basé sur le quantitatif necessité de la survie. Notre pays a une toute autre stratégie et un robot très technique ne se compare pas forcément à un autre. malheureusement on a pris l'habitude de l'amalgame. Gardons l'idée des robots sauveurs d'emploi et oublions le reste.

Nono  a écrit le 05/06/2012 à 15:42 :

OUI à la surproduction et à la consommation à outrance. Quand on aura épuisé toutes les ressources de notre planète, on ira colonisé MARS et répandre le plus grand fléau de l'histoire galaxique : l'homme !!

bobo gocho  a écrit le 05/06/2012 à 15:31 :

La technologie libérera un jour l?homme de son fardeau séculier, le Labeur. Il pourra s?adonner au Travail qui élève l?esprit : l?étude du monde, l?art... Mais comme le disait Voltaire, le labeur a deux vertus : il éloigne l?ennui et détourne du vice.
Le rêve de l?humanité pourrait être son pire cauchemar.

Mordrakheen  a répondu le 05/06/2012 à 16:33:

ouais apres ca sera un monde de terminators et cylons :) Appellez Sarah Connors ::) !!

hectopascal  a écrit le 05/06/2012 à 14:25 :

Les robots ils faudra les acheter a l'etranger notament au Japon et en Allemagne..
Ce qui explique entre autre et pouquoi les allemands ont tant d'excedents commerciaux lies a leur specificite tres pointue... autour de 1,5 billions d'euros.

Au Boulot  a répondu le 05/06/2012 à 14:59:

Raison de plus pour s'enlever les pouces du ..., et les produire chez nous également ! On n'est pas moins capables, même si on est vraiment très cons quand on s'y met :-)

kikito  a répondu le 22/06/2012 à 19:00:

On produit des robots en France, mais beaucoup d'entreprise Française préfèrent acheter des robots Japonnais pour économiser quelques centaines d'euros ...

Angeo  a écrit le 05/06/2012 à 13:07 :

Je suis d accord

C est formidable le nombre de salarié qu on peut remplacer par des machines!

Machines jamais malades, super compétitive, qui coûtent rien en comparaison.

Plus d ouvrier, plus d employé, plus de cadre car les machines intelligentes ça existe aussi.

Tout le monde en vacances prolongée!!!

Trop cool

najbar  a répondu le 05/06/2012 à 16:25:

Et en plus ca ne fait pas grève....

Angeo  a répondu le 05/06/2012 à 16:57:

J ai quand même oublié un détail ...

Qui va verser mon salaire si un robot me remplace?

Nono le petit robot  a répondu le 05/06/2012 à 20:01:

Demandes à ton iphone et à ton DAB

Damned  a écrit le 05/06/2012 à 12:59 :

Le pire c'est qu'on entend dire qu'il n'y a pas d'industrie en Italie, ils ne savent vendre que de la mozzarella, du jambon, des fringues, des Fiat 500 et Ferrari et du tourisme. Une preuve supplémentaire que même l'Italie nous précède industriellement.
Quand on parle de PME/PMI, quelle est la part des "P" et des "M" ?
Il manque en France entre les petites entreprises (ceux ne sont pas elles qui vont investir dans les robots) et les très grandes entreprises (peu nombreuses), des entreprises moyennes. C'est très bien de développer l'auto entreprenariat, mais bon ...

marc  a écrit le 05/06/2012 à 12:34 :

la robotisation c"est la seule manière de redevenir compétitif face au marcher émergeant

I Robot  a répondu le 05/06/2012 à 12:42:

Même si on peut détester le fait de remplacer le job d'une personne par un robot, il serait tout de même préférable de ramener le travail chez nous, fut-il confié a des robots. Au moins on éviterait l'hémorragie de notre balance commerciale, et il serait plus facile de redistribuer une richesse qui ne fuirait pas...

Patrice  a écrit le 05/06/2012 à 12:32 :

Eureka ! Un Français à découvert l'eau chaude !

en passant  a écrit le 05/06/2012 à 12:29 :

Beaucoup de vrai mais aussi beaucoup de "vaguement vrai" dans tout çà. Pour l'aéronautique, ne pas s'étonner que les grands donneurs d'ordres soient eux équipés et que leurs sous-traitants soient à la traine. Un sous-traitant en France n'a pas le droit aux bénéfices. Les acheteurs de ces grands groupes utilisent toutes les techniques possibles pour extirper les derniers euros des PMI/PME. C'est d'ailleurs plus ce débat qui devrait être installé en France que celui d'être une ETI comme en Allemagne. La relation donneurs d'ordres/sous-traitants est plus celle d'une inféodalisation que celle de partenaires industriels. La cause racine d'un tissus de PME sous-capitalisée et sans trésorerie vient de cette relation dans un pays ou une majorité de PME sont sous-traitantes de grands groupes riches et internationalisés. Sans compter que l'état est aussi à la curée derrière avec des taux d'imposition plus forts dans les PME que dans les grands groupes (autre débat). En ce qui concerne l'Allemagne, ne pas oublier que l'industrie des biens d'équipements est forte. Lorsque l'industrie s'équipe en machines de production, de contrôle ou de robots ils les achètent.... en Allemagne. Ce n'est pas le cas chez nous. La machine-outil a disparue, pas de fabricants de machines à mesurer 3D par exemple (disparu) etc. L'industrie attire l'industrie. Pour le coût du travail et de la formation (techniciens ingénieurs), c'est mal barré.