« Au travail, ce qui est prioritaire, c’est le sens et non plus l’argent et la sécurité »

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En changeant de travail, Paul Candiard a remarqué très vite qu'il est loin d'être le seul cadre à fuir les open spaces.
En changeant de travail, Paul Candiard a remarqué très vite qu'il est loin d'être le seul cadre à fuir les open spaces. (Crédits : DR)
[DOSSIER 2/4 ] Issu de la génération Y, Paul Candiard est l’illustration du phénomène des « premiers de la classe » de Jean-Laurent Cassely, qui fuient les open spaces. A la recherche de « sens » et de bien-être au travail, il a préféré laisser derrière lui un poste de cadre dans la communication pour arborer la casquette de facteur.

Chaque jour, Paul Candiard arpente les rues toulousaines pour distribuer lettres et colis aux habitants. « Elément clé dans le rouage de la production », estime-t-il. Et pourtant, le jeune facteur de 33 ans ne se projetait pas dans ce domaine professionnel il y a quelques années. Titulaire d'un master en communication et en droit des affaires, le Toulousain a exercé en tant que chargé de communication, se déplaçant de Toulouse à Paris pendant près de 10 ans. Occupant un poste dans, ce que l'on appelle, « les fonctions supports », le jeune homme perd sa place dans le cadre d'une restructuration de l'entreprise « crise économique oblige », commente-t-il. « Mon service était le premier à être visé par la mutualisation des ressources et la suppression de postes. »

| Lire aussi : Lassés de leur « bullshit job », les cadres désertent les open space

Pour « subvenir à ses besoins », Paul devient alors facteur en attendant que son entreprise lui propose un poste dont il rêve à ce moment-là, celui de directeur régional chargé de communication. Quelques mois plus tard, il regagne le chemin du bureau mais prend conscience que quelque chose cloche. « Au bout de trois semaines, je ressentais un malaise viscéral. Après avoir été confronté à une chaîne de production, je vivais une grosse perte de repère. » Le jeune homme avoue ne pas avoir retrouvé de sens dans ses missions. « J'ai rencontré une sorte de dissonance avec mes idées au quotidien. Au final, c'était beaucoup de masturbation intellectuelle pour pas grand-chose. » Il ressent aussi le manque de liberté, «alors que dans un espace de production, on s'exprime frontalement ».

Un salaire divisé par deux pour une sérénité retrouvée

Curieux, Paul Candiard s'interroge sur ce sentiment et se renseigne par le biais d'ouvrages et d'articles de presse. Il questionne son entourage et remarque très vite qu'il est loin d'être le seul cadre à fuir les open space. Paul tente d'y apporter une explication : « Aujourd'hui, au travail, ce qui prioritaire, c'est le sens, l'ambiance, les relations avec la direction et non plus l'argent et la sécurité. » Plus largement, Paul voit en cette fuite des open space, un ras-le-bol de la société virtuelle à outrance.

« On est allé jusqu'au paroxysme de la société matérialiste dans les années 1980 puis le 'tout argent' dans les années 1990. Mais le matériel a ses limites et l'individu a besoin de se reconnecter au factuel. Je pense que l'on est arrivé à la fin d'un cycle, la fin du 'tout consumérisme'. »

Paul a ainsi divisé son salaire par deux mais contrebalance : « J'ai multiplié par deux ma sérénité et ma qualité de vie cependant. (...) Aujourd'hui, je me sens plus valorisé alors que mon métier est moins valorisant qu'avant. Mais je me sens utile, au cœur de la production. Je n'ai plus cette tristesse du dimanche soir avant la reprise de la semaine. Je suis serein et cela vaut le manque à gagner du salaire. » Paul endosse ainsi la casquette de facteur depuis 5 ans et a signé un CDI. En parallèle, le trentenaire s'investit dans le monde associatif, « ce qui est en accord avec mes besoins et essentiel à mon équilibre », estime-t-il, y retrouvant une dynamique intellectuelle.

Le nerf de la guerre ? Être au cœur de l'activité

Pour autant, le jeune homme n'exclut pas de changer à nouveau de profession, il voit déjà les limites de son métier.

« Peut-être que dans dix ans, il me manquera davantage de stimulation intellectuelle ? Je n'ai pas de plan de carrière défini mais être au cœur de l'activité, c'est, pour moi, le nerf de la guerre. »

Lorsqu'il a fait le choix de changer de vie, ses proches ont compris, les « personnes de son âge surtout », dit-il. Reflet de la génération précédente, l'encouragement a été différent venant de ses parents. « Ils comprennent aujourd'hui même s'ils ont eu du mal. » Leur rapport au travail ayant été différent de celui de leur fils. Un constat qu'il fait après réflexion : « Ce sont les effets de la mondialisation, de la rationalisation. Or, beaucoup font le choix d'une vie plus simple. » Et d'ajouter :

« Nous vivons dans une société de loisirs. Le curseur vie personnelle, vie professionnelle tend de plus en plus vers le perso. Avec le développement du télétravail, du travail à mi-temps... Le rapport au travail est en pleine mutation. »

| Lire aussi : Fuite des open space : les cadres, spécimens interchangeables pour les RH

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Commentaires
a écrit le 16/11/2017 à 15:42 :
"Au travail ce qui est prioritaire est le sens, mais plus forcément le niveau de revenu, etc."
Cela dépend surtout du niveau où l'on se situe au regard de la pyramide de Maslow. Quand on a sécurisé ses besoins élémentaires (logement, nourriture, sécurité), on essaie en général de satisfaire des besoins plus complexes. La pyramide des besoins de Maslow comprend de mémoire 5 niveaux. Les derniers niveaux correspondent à la satisfaction au travail, la reconnaissance par les collègues et la réalisation de soi, etc.
Cela présuppose donc qu'un salarié ayant ce niveau d'attente (recherche sur le sens du travail) ait déjà grimpé et assuré les premiers échelons de la pyramide, et donc que le gîte et le couvert soient un acquis certain. Pour nombre de nos salariés, précarisés, ce type d'attente est un luxe.
a écrit le 12/11/2017 à 12:53 :
Comme le travail rapporte de moins en moins d'argent et de sécurité, il est normal et plutôt sain que les travailleurs salariés cherchent à donner un sens à leur activité.

La financiarisation de l'économie (voire de toute la sphère sociale, familiale) n'étant pas ce qui se fait de mieux pour donner un sens au travail demandé c'est une motivation de plus pour se lever le matin et aller bosser qui fout le camp.

Ne reste plus que la pure coercition des factures à payer... pas ce qui se fait de plus motivant.

A l'évidence beaucoup de monde cherche à échapper au salariat et à regagner de la liberté et du sens.
a écrit le 11/11/2017 à 18:18 :
C'est vrai que dans le France de Mr Macron,d'aujourd'hui avec un seuil de pauvreté à 1015 e par mois pour une personne seule, le smic à 1153 e net par mois et l'aisance à partir de 1200 e par mois pour les retraités l'argent peut passer au second plan pour les sans dents...dans le travail!
Réponse de le 11/11/2017 à 22:15 :
Non il y a pire : une personne avec un enfant : 600 euros par mois, merci à l’ump D’avoir volé par décret le droits des pensions à la réversion suite à deuil ...
Pas facile de se construire et de bondir en plein transition numérique mais j’y arriverais.
a écrit le 11/11/2017 à 12:40 :
C'est absolument vrai que "le Sens prime sur la Sécurité" et on le constate quand on voit la pénurie de candidats pour l’Éducation Nationale.Plus personne ne veut devenir enseignant à vie malgré les fameux congés scolaires payés et la sécurité de l'emploi.L'Etat est obligé d'engager des professeurs contractuels en interim et CDD ,qui eux ,encore plus mal payés ,restent encore moins longtemps et démissionnent à qui mieux mieux.Comme l'on passe la majeure partie des heures de sa vie au boulot,il faut que celui ci ait du sens pour les gens.
a écrit le 11/11/2017 à 7:58 :
Arrêtons de mettre toutes ces remises en cause sociétale sur le dos de la génération Y ou Millénium. Le mal'être dans ces jlbs vides de sens car virtuels à sohhait est généralisé à toutes les générations.
Il faut les remplacer par dss robots. Cela commence à venir avdc l'IA. Déjà, les conseillers financiers virtuels arrivent eg les chain blocks vont casser le modèle des banques.
Cela viendra bien sûr pour la communication et l'informatique.
Alors tous à vos vélos. Mais au fait, on livre quoi puisque tout est immatériel.
Réponse de le 12/11/2017 à 11:52 :
@ dom
N’allez pas trop vite avec les « block chain et autre bit coins ». Ces dispositifs seront régulés a termes par les politiques, car favorisant le blanchiment et l’évasion fiscale, et par les banques qui ne sont pas prêtes à se laisser doubler dans le système financier.
a écrit le 10/11/2017 à 21:35 :
Je pense que notre amis est sur la bonne voie, mais il a encore un peu de chemin à parcourir.

La stimulation intellectuel n'est pas à rechercher au travail. Le travail permet justement de ne pas "penser"... Tout est automatique, il est souhaitable que des machines nous remplacent rapidement. Bien évidement, il va falloir que les exilés fiscaux (ceux qui ne pensent que par le pognon) passent à la caisse pour nous permettre d'avoir le temps de penser pour eux.

L'argent est un outil, et on devient l'outil de notre travail si on ne peut pas penser et crée sans ce travail.
a écrit le 10/11/2017 à 20:51 :
vrai!!!!!!!!!!
d'ailleurs en urss, personne ne pensait a l'argent, juste au bien etre du parti ' car il n'avait rien de liberal et envoyait en camps ceux qui ne pensaient pas pareil car ils etaient ultraneo liberaux'............. concernant les mechants bourgeois dont font partie l'europe de l'ouest ultraliberale neo, c'est vrai aussi, surtout quand on a deja de l'argent en poche.....
pour avoir enseigne le lean, je peux vous garantir qu'entre un francais qui a la gamelle pleine et veut rien foutre sans travailler, un allemand qui cherche l'efficacite, et un letton qui veut ameliorer son niveau de vie au quotidien, la facon dont s'envisage le probleme n'est pas exactement pareil!!!
plus on a une cueillere en argent dans la bouche, plus on cherche du sens, plus on a beneficie du socialisme ' qui n'a rien d'ultraliberal en appauvrissant tout le monde' qui appauvrit tt le monde, plus on remet le sens a un peu plus tard
pas convaincue?
demandez aux amis venezueliens de chavez ce qu'ils pensent du sens au travail, ils vous diront que leur probleme c'est de trouver de la nourriture et des medicaments ultraliberaux
a écrit le 10/11/2017 à 18:19 :
Ceux cités dans les "paradis papers" pensent exactement le contraire....😂😂
a écrit le 10/11/2017 à 17:09 :
HA BON !! c est nouveau depuis les affaires Ferrand ?
a écrit le 10/11/2017 à 16:01 :
Propose de nantis décadents .
a écrit le 10/11/2017 à 12:14 :
Nous touchons limites de notre système hiérarchique quand celui-ci n'est représenté dans sa majorité que par des pistonnés de incompétents et corrompus, il est évident que les talents ne peuvent que fuir ces ambiances de casernes.
Réponse de le 10/11/2017 à 12:26 :
Les ministres LREM font trop «  hontes » ils sont trop déconnectés des réalités des vies de la population en France.
J’ai honte pour ce qu’ils disent : ça ne devraient pas exister au niveau de notre évolution actuelle.
Réponse de le 10/11/2017 à 13:33 :
Ah ça pique hein c'est sûr mais qu'est-ce qu'on se marre au moins ! ^^

L'avantage des politiciens professionnels c'est qu'ils savent que quand ils doivent parler il faut prendre un minimum de précaution vis à vis de la lutte des classes, pour les députés lrem c'est sûr s'ils sont à ce poste c'est parce qu'ils valent plus que les autres, c'est parce qu'ils ont la science infuse alors que l'on voit bien que ce sont surtout des fils de et autres pistonnés aux gros réseaux.

Mais bon au final ils disent tout haut ce que l'oligarchie et ses serviteurs pensent tout bas, quelque part on peut les en remercier il n'a jamais été aussi facile de voir au nom de quoi notre système est fait.
Réponse de le 11/11/2017 à 13:19 :
Plus de 50% d’abstention en France ?
Car on veut la liberté
Et on subit une «  prise d’otage »
Réponse de le 12/11/2017 à 11:21 :
Votre troisième usurpation d'identité est bien entendu signalée.

Pauvres pitoyables trolls obligés de tricher parce qu'incapables de penser.

C'est pas trop dur d'être incompétent à ce point ?
a écrit le 10/11/2017 à 10:21 :
A l'entrée dans le monde du travail il faut privilégier : l'intérêt des missions confiées , l'ambiance et pour finir le niveau du salaire .
Pour en revenir à l'exemple cité il y a quelques années un jeune diplômé de polytechnique a fait parlé de lui quand il a décidé de préparer un cap de plombier , aujourd'hui il est toujours artisan installé en Bretagne .
A cette occasion la presse avait évoqué d'autres cas similaires comme quoi le phénomène n'est pas isolé même s'il reste rare il faut bien en convenir .
Réponse de le 10/11/2017 à 10:49 :
Vous vous trompez , la génération y ne réagit pas comme ça et les paramètres mondiaux ont trop changé.
Qui sème la tempête ( survie des humains) récolte la tornade des natures ( complexes)
Réponse de le 10/11/2017 à 16:00 :
Le sens : bof ! ça ne sert guère pour se loger, payer ses factures , impots , .....l'argent si .
Quant à cet X , j'espère qu'il a remboursé sa scolarité et que dire du mec qui fut à cause de lui le 1er recalé .
a écrit le 10/11/2017 à 10:20 :
A l'entrée dans le monde du travail il faut privilégier : l'intérêt des missions confiées , l'ambiance et pour finir le niveau du salaire .
Pour en revenir à l'exemple cité il y a quelques années un jeune diplômé de polytechnique a fait parlé de lui quand il a décidé de préparer un cap de plombier , aujourd'hui il est toujours artisan installé en Bretagne .
A cette occasion la presse avait évoqué d'autres cas similaires comme quoi le phénomène n'est pas isolé mais s'il reste rare il faut bien en convenir .
a écrit le 10/11/2017 à 10:14 :
D'accord pour dire que le regard sur le travail a changé ces dernières décennies , depuis la nuits des temps l'idée a été qu'il fallait travailler pour vivre .
Avec l'apparition de la civilisation des loisirs , du ministre du temps libre mais aussi des plans sociaux de masse les jeunes générations ne voient plus le trvail avec les mêmes yeux que leurs parents.
a écrit le 10/11/2017 à 8:43 :
Oui , c’est vrai , la démocratie est morte en 1980 , vu comment le système éducatif en France a fonctionné après , la musique de Goldman : voler à coup de livres pour certains , c’était croire qu’on pouvait voler à coup de livre alors que autour «  tout était emmuré »

Je me demande dès fois comment font les enseignants qui ont été complice de tout ce système pour se «  redarder dans leur miroir » même quand la mort vient souffler à leur oreilles les derniers soleils de leur vie ?

La France aurait pu être un pays de richesse et de liberté pour tous et toutes.
Réponse de le 10/11/2017 à 10:09 :
"enseignants complices" désolé mais ils enseignent ceux que d'autres ont décidé .
Réponse de le 11/11/2017 à 13:14 :
😂il existe des enseignants qui ont gardé l’esprit critique et des valeurs humaines , après il existe la solution d’une école hors état ou créer son école ou changer de métier.
Mais il faut refuser une politique de discrimination sociale car ça va à l’encontre des «  valeurs humaines » à moins qu’une société a décidé qu’ils ne serait plus humains ?

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