Pourquoi le crowdfunding français doit s’internationaliser… et vite

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Le crowdfunding français pesait 80 millions d'euros en 2013, contre un poids de plus de 2 milliards d'euros pour le marché mondial.
Le crowdfunding français pesait 80 millions d'euros en 2013, contre un poids de plus de 2 milliards d'euros pour le marché mondial. (Crédits : Décideurs en région)
Les deuxièmes Assises du financement participatif se sont déroulées à Paris, au ministère de l’Economie et des finances, le 11 décembre. L’un des principaux enjeux du crowdfunding réside dans la création de champions européens.

Hasard du calendrier, les deuxièmes Assises du financement participatif se sont déroulées le jour même où Lending Club a annoncé les modalités définitives de son introduction en Bourse, jeudi 11 décembre. Les 870 millions de dollars que le géant américain du prêt entre particuliers a levé à Wall Street, et qui le valorisent 5,4 milliards de dollars, ont de quoi faire rêver les acteurs français du crowdfunding. Ou leur faire peur, au contraire. Certes, le financement participatif - qui met en relation quasi-directe, via Internet, des porteurs de projets en quête d'argent avec des épargnants désireux d'investir, de donner ou de prêter leurs économies - connaît une croissance exponentielle en France.

Mais, avec 150 millions d'euros de collecte attendus cette année, contre près de 80 millions en 2013, il demeure minuscule à l'échelle mondiale, où le secteur pèse quelque 3 milliards de dollars (2,4 milliards d'euros). Un marché dont les Etats-Unis ne représentent pas moins de 60%. Ainsi, dans le domaine des plateformes de microcrédit solidaire, l'Américain Kiva "est en train de ramasser tout le marché", a constaté, un brin amer, Arnaud Poissonnier, président de la plateforme de prêts solidaires Babyloan, lors des Assises du financement participatif, qui se tenaient à Paris, au ministère de l'Economie et des Finances.

"Global winners" versus "local loosers"

Il faut dire que, tout numéro un européen des sites de microcrédit solidaire qu'il est, Babyloan ne compte "que" 31.473 membres et 9 millions d'euros prêtés depuis sa création en 2008. Un poids sans commune mesure avec le million de prêteurs affichés par Kiva et les 644 millions de dollars de crédits consentis via la plateforme depuis ses débuts en 2005. "Si nous ne parvenons pas à développer un vrai numéro deux mondial, nous serons en risque", insiste Arnaud Poissonnier. Pour qui les plateformes françaises de crowdfunding doivent impérativement mettre le cap sur l'international.

Faute de quoi, l'Europe ne sera pas capable d'avoir ses Lending Club et Kiva, tout comme elle n'a pas été en mesure de bâtir des concurrents à Facebook et à Google. Eric Schmidt, président du conseil d'administration du géant américain des moteurs de recherche, n'avait-il pas prévenu, lors de l'e-G8 qui s'était déroulé à Paris, en 2011, que "dans l'Internet, il n'existait que des global winners (gagnants mondiaux) et des local loosers (perdants locaux) ?"

La nécessité d'une réglementation européenne du crowdfunding

S'internationaliser, oui mais comment ? C'est là que le bât blesse car il n'existe pas d'harmonisation européenne des réglementations du financement participatif. Conséquence, une plateforme française ne peut pas permettre à des épargnants d'autres pays européens d'investir dans des PME françaises. Et si, sur le papier, une plateforme française peut proposer à des épargnants français d'investir dans des sociétés étrangères, la pratique est autrement plus compliquée, d'après Benoît Bazzocchi, président de Smartangels et de l'Association française de l'investissement participatif.

Pis, lorsque Babyloan a tenté d'essaimer en Allemagne, en Italie et en Belgique, la plateforme a été retoquée par les banques centrales de ces trois pays. Son activité de financement participatif n'ayant pas été reconnue à l'étranger, faute d'existence d'une réglementation européenne du crowdfunding, Babyloan a été assimilée à une banque et devait donc obtenir un statut d'intermédiaire financier local pour pouvoir exercer.

L'enjeu du financement de l'économie française

Une situation à ce point ubuesque qu'Arnaud Poissonnier estime "qu'il y a urgence à aller vers une harmonisation européenne" des textes réglementant le crowdfunding dans chaque pays. Le temps presse d'autant plus que certaines plateformes étrangères ont des velléités de développement en France, de prises de participations dans des plateformes hexagonales, d'après Hubert de Vauplane, avocat associé chez Kramer Levin. Or, derrière le développement du crowdfunding en France, l'enjeu n'est autre que le financement des start-up et des PME du pays.

En mai, Arnaud Montebourg, alors ministre de l'Economie, avait ainsi part de son intention de peser de tout son poids auprès de la Commission européenne pour qu'une réglementation européenne du crowdfunding soit mise en place, sur les bases du modèle français, entré en vigueur le 1er octobre. A Emmanuel Macron de jouer, à présent. L'actuel ministre de l'Economie estime que "Paris a tous les atouts pour devenir la capitale européenne du crowdfunding." Un bon début.

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Commentaires
a écrit le 17/12/2014 à 13:52 :
LE VRAI PROBLÈME !
ce sont les plates formes ......
en effet le particulier n'a aucune visibilité sur l'utilisation se ses fonds
Réponse de le 17/12/2014 à 23:57 :
Soyons sérieux 2 minutes et donnez nous les éléments (pertinents) qui vous permettent d'avancer de tels propos ? Avez vous une expérience quelconque prouvant ce manque de transparence ? Étant actif sur l'une de ces plateforme, je ne partage pas votre avis. Mais j'attends impatiemment votre expérience !
a écrit le 12/12/2014 à 23:27 :
Pourquoi ? parce que le crowdfunding est du baragouinage pas Français et que les Français n'ont pas envie d'en être des "caves" désignés, of course .
a écrit le 12/12/2014 à 16:33 :
En Europe on a un champion du Monde du crowdfunding, Jean-Claude Juncker sait attirer les géants américains pour qu'ils investissent au Luxembourg. Faisons-lui confiance

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