Comment la Société générale est devenue la banque la plus en pointe sur la mutation numérique

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Françoise Mercadal-Delasalles, directrice des ressources et de l'innovation, Société générale.
Françoise Mercadal-Delasalles, directrice des ressources et de l'innovation, Société générale. (Crédits : DR)
"Digital for all", "Peps", "co-création"... la banque multiplie les projets et les collaborations pour s'immerger dans la culture de l'innovation et réussir sa mue - laquelle passe à l'évidence par une réinvention de la relation au client. Françoise Mercadal-Delasalles, directrice des ressources et de l'innovation à la Société générale, nous explique comment une grande et ancienne entreprise se remet en question, se mobilise et construit son avenir. Entretien.

LA TRIBUNE. Société générale est la 4e entreprise du CAC 40 et la banque la plus à la pointe dans le numérique, d'après un récent palmarès d'Enjeux Les Échos. Comment cela est-il possible, pour un groupe qui fête ses 150 ans cette année ?

FRANÇOISE MERCADAL-DELASALLES. Cela fait plusieurs années que nous travaillons à élever les consciences, au sein du groupe, sur l'effet que la révolution numérique a déjà eu sur certaines industries de services. Mais l'élément déclencheur a été notre projet expérimental participatif et stimulant (Peps), lancé en 2013 : nous avons utilisé notre réseau social interne pour demander à nos collaborateurs comment ils imaginaient la banque de demain.

Ce challenge a révélé un engagement très important de leur part autour du projet de transformation numérique. Nous avons alors lancé le programme Digital for All, suite au partenariat signé en septembre dernier avec Microsoft pour équiper nos 150.000 collaborateurs d'outils de travail collaboratif et de tablettes. C'est un pari managérial, et c'est peut-être pour cela que nous sommes quelque peu en avance sur le plan de la transformation numérique.

Votre transformation numérique semble faire la part belle à la cocréation. L'innovation ouverte est-elle devenue incontournable ?

Dans un monde qui se complexifie, un seul cerveau, aussi intelligent soit-il, ne peut plus trouver la solution. Il faut faire émerger et exploiter l'intelligence collective. Société générale compte 1 million de followers sur les réseaux sociaux et notre application mobile a été téléchargée par plus de 3,2 millions de clients depuis son lancement en 2010. Aussi sommes-nous très attentifs aux retours d'expérience de nos clients et cherchons-nous des idées auprès d'eux, via, par exemple, notre plate-forme collaborative "SG et Vous" ou l'Appli LAB.

De même, nous sommes très connectés à l'univers des PME et des start-up, au travers, notamment, de l'Institut Open Innovation, fondé avec l'École centrale Paris, ou encore du Club Open Innovation de l'incubateur Paris Région Lab, club que nous avons contribué à créer. Nous sommes en veille permanente.

Vous avez récemment recruté Aymeril Hoang, ancien conseiller de Fleur Pellerin, comme directeur de l'innovation. Quel sera son rôle ?

Aymeril, qui a développé une expérience solide dans la relation avec les start-up dans les domaines des nouvelles technologies et de l'innovation, en France et aux États-Unis, sera la cheville ouvrière de l'animation des écosystèmes interne et externe de l'innovation, et renforcera leur interaction.

Dans le cadre de la transformation numérique, comment gérez-vous la cybersécurité ?

La cybersécurité est fondamentale, il s'agit d'un enjeu majeur, absolument crucial, tant pour la DSI (direction des systèmes d'information) que pour les managers. Notre conseil d'administration examine régulièrement ce sujet, qui ne date pas d'hier chez Société générale, mais dont l'importance s'est renforcée avec l'ouverture de nos systèmes informatiques vers l'extérieur. Cela dit, les technologies de lutte contre la cybercriminalité ont beaucoup progressé et, au-delà de nos systèmes classiques de protection, nous disposons d'une équipe d'hyperprofessionnels qui traquent en permanence les attaques informatiques. Nous sommes également en lien étroit avec l'Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information), qui a développé une expertise très importante.

Le secteur bancaire a-t-il suffisamment pris la mesure de l'enjeu de la transformation numérique ?

Depuis 2008, les banques ont été extrêmement monopolisées par la gestion de la crise financière et de leur adaptation aux réglementations qui en ont découlé. La prise de conscience de l'importance de la transition numérique a donc peut-être pris un peu de temps et il reste énormément de choses à faire, mais, aujourd'hui, toutes les banques considèrent qu'il faut aller dans ce sens.

Comment banques traditionnelles et « pure players » du numérique vont-ils coexister, dans les prochaines années ?

Ce qui fait notre force, c'est notre hypervigilance. Il faut apprendre des Gafa - Google, Apple, Facebook, Amazon -, qui ont réussi, d'une manière extrêmement intelligente, à créer des relations quotidiennes, voire multiquotidiennes, avec leurs clients. Or, pour rester un service de première nécessité, la banque doit aller encore plus loin dans la relation avec ses clients. Il faut également apprendre des start-up, de leur hyper-agilité, afin de garder, précisément, un esprit de start-up dans une entreprise qui a 150 ans et qui compte 150.000 collaborateurs.

Si nous faisons tout cela, nous pouvons être très forts car les banques ont de sérieux atouts, comme leur savoir-faire en matière de cybersécurité et le nombre de leurs clients, qui s'élève à 32 millions chez Société générale. Je suis donc optimiste.

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Commentaires
a écrit le 05/01/2015 à 16:34 :
"Dans un monde qui se complexifie, un seul cerveau, aussi intelligent soit-il, ne peut plus trouver la solution."

Grand moment de rire, très grand moment...
a écrit le 05/01/2015 à 16:31 :
?
Complétement à la ramasse ce sujet, la SG en pointe, merci pour ce grand moment de rire.
a écrit le 03/01/2015 à 18:13 :
Cet article me fait plus penser à de la pub pour une grosse banque demandant des idées à ses subalternes en échange de ... remerciements ....
Je leur conseillerais au lieu de se gargariser d'open innovation et de gafa de mettre des individus qui comprennent le business de leurs subalternes puisque c'est la conclusion que j'en ai tiré du procès kerviel (un X ensae propulsé chef d'un desk de trading sans avoir fait de trading : le pouvoir du diplôme sans doute ....).
a écrit le 31/12/2014 à 16:15 :
Il faudrait changer le code de commerce français qui fait du failli un criminel à qui on refuse toute autre chance. Si pour le respect des droitsa des minorités, les USA ont bien des leçons à recevoir, par contre, leurs banques font confiance à un failli, considerant que pour le failli, c´est une expérience que celui-ci ne va pas refaire la même erreur, et ils accordent leur confiance. Ce qui n´est pas le cas en France. Failli = nul, bon à rien, et pour la brigade de la police financière un voyou qui a certainement volè. Tant que les mentalités des banques, le code pénal e sus et la police n´auront pas changé, les cerveaux s´en iront, car un inventeur n´est pas forcément un bon financier. Ceux qui ont plus de 70 ans peuvent se rappeler les avions du français Dornier, dont les plans avaient été refusés par le ministre français de la guerre en 1937 38, était allé les vendre aux Allemands et c´est ainsi que mai 40 ces avions "français" ont bombardé l´armée française, avec le résultat que tous connaissons. 70 ans plus tard, rien n´a changé.
a écrit le 31/12/2014 à 13:48 :
Le prochain scandale numérique financier n'échappera pas à la Société Générale.
La Société générale est surtout devenue la banque la plus en pointe en ce qu'elle est citée régulièrement dans les faits divers crapuleux du monde la voyoucratie financière, cela dure depuis le milieu des années 1995/2000.
a écrit le 31/12/2014 à 13:04 :
Avec ce type d'avancé, et ce nouveau monde qui apparait, je pense que les gagnants seront ceux qui savent trier, organiser et synthétiser... sinon bienvenue dans bordeland !!!
a écrit le 31/12/2014 à 12:51 :
Je possede deux livret A a la sg, suite a un besoin urgent operation avec depassement honoraire de 4500 euros impossible de debloquer argent livret A delais 9 semaines, avons du faire un pret a la consommation au taux de 19, 6,
Réponse de le 31/12/2014 à 15:46 :
Ce que vous décrivez ressemble à une prise en otage financier par un groupe de bandits coutumier des méthodes des bandits en cols blancs.
Nous nous avons pris toutes nos distances avec ces bandits là.
Réponse de le 31/12/2014 à 18:48 :
vous avez deux livrets A ?? ;0)
a écrit le 31/12/2014 à 12:15 :
A chaque demande de financement pour mon entreprise, je n'ai eu que des refus de la part de la SG, donc cet article, je n'y crois pas un seul instant.
Réponse de le 31/12/2014 à 15:53 :
idem pour nous on a même eu droit à un refus du Ptz en 2011 alors qu'on n' était pas imposables et primo accédants dans l'achat de notre résidence principale!!!! mais c'était la machine qui le disait!!! Tellement bien connectée qu'elle dit n'importe quoi et que les conseillers trouvent cela normal!!!
Réponse de le 31/12/2014 à 16:20 :
Steph. J´ai travaillé plusieurs mois comme intérimaire á la SG agence O Bastille. à Paris bien sur. Dans les années 60 Lorsque j´ai fait ma reconstituion de carrière, pour ma retraite,j´ai constaté que la SG ne m´avait pas donné de feuilles de paye, et encore moins déclaré à la SS. Alors les leçons à d´autres ..........
a écrit le 31/12/2014 à 11:31 :
Chez les bankers l innovation rime avec arnaque des clients...
Réponse de le 31/12/2014 à 11:40 :
alors laissons aux banques et aux financiers la place qui leur revient c'est à dire le strapontin.
a écrit le 31/12/2014 à 11:22 :
Dans le public comme dans le privé, j'ai pu constater qu'innovation et création sont souvent confondues, alors qu'innovation rime avec propriété et conservation du secret tandis que création s'accorde avec utopie et liberté. L'Open Innovation est certes un concept vendeur, mais en porte-à-faux avec l'une et l'autre, comme si l'on voulait parler de création encadrée.
Réponse de le 31/12/2014 à 11:43 :
c'est d'abord voir qu'il existe un manque ou que les produits et services sont dépassés don qu'il existe un manque...ensuite c'est de savoir ce qu'est un brevet ou une marque...et comment on créé de trucs brevetables (ou non)...ensuite c'est aussi savoir pompe des brevets...et ensuite négocier avec leurs propriétaires (c'est ce que font les amerlocs ou les chinois ou mËme les allemands) et ensuite c'est de ne pas se faire bouffer par les financiers et les banquiers ou racheter par les grands groupes.
a écrit le 31/12/2014 à 11:22 :
Commençons par fermer Sciences Po L'ENA, Polytech et même HEC; Quant aux écoles de commerce hors HEC, il faut revoir totalement la philosophie des programmes et des formations, on veut des gens intelligents, actifs, créatifs, concrets et capables de créer avant de planifier, très bons sur les langages internet, très bons sur les questions de brevets et marques, bon en finance mais juste l'essentiel et très ambitieux pour leur boites en étant de très bon managers. Bien entendu ces professionnels au bout de la formation dispensée, sont déjà chefs d'entreprise confirmés. Les langues ça va de soi, mais c''st comme savoir marcher ou faire du vélo ou nager, ça fait parti de leur prime formation ou alors il faut mettre les bouchées triple.
Réponse de le 31/12/2014 à 11:39 :
dire la même chose des écoles d'ingénieurs, le but c'est que l'on ait minimum 200 à 30% de créateurs d'entreprises dans les écoles de commerce et d'ingénieurs et 10 à 15% chez les universitaires toutes catégories confondues. Aux universitaires de formation on leur laissera 5 ans de plus pour créer leur propre boite ou rejoindre en tant qu'associés des créateurs...parmi lesquels beaucoup d'autodidactes.
a écrit le 31/12/2014 à 10:24 :
Le risque de l'intelligence collective, c'est le développement de l'irresponsabilité. Et quand on réalise que plus de la moitié des personnes qui travaillent en salle de marché n'ont qu'une très faible compréhension de ce qu'ils font..En revanche, évidemment, à travailler ensemble, on peut, peut-être, éviter les phénomênes Kerviel (les petits cadres qui se la jouent et pêtent les plombs)..Pas de recettes miracles, donc, sauf se reposer sur l'expertise, l'intelligence, la compétence, et l'éthique..
a écrit le 31/12/2014 à 10:02 :
Si un grand nombre entreprises prennent conscience qu’ensemble on est plus créatifs (et rentables !), ça pourrait déclencher avec le temps un changement culturel énorme : le passage de l’individualisme consumériste à la création collective de richesses. Ce serait une façon originale pour un capitalisme qui s’autodétruit d’éviter l’effondrement. Il y aura au moins eu un article positif cette année !
a écrit le 31/12/2014 à 9:34 :
Les personnes qui ont des idées sont atypiques. Hors les DRH ne sélectionnent que des profils qui répondent à des critères incompatibles avec ces esprits créatifs et libre-penseurs. La libre pensée et la remise en cause sont formellement banni des entreprises françaises, de même que l'individualisme. Les grands inventeurs de l'histoire étaient des individualistes souvent incompris de leurs pairs.
Réponse de le 31/12/2014 à 10:05 :
@Dingo
+100 000 000
Tout ce que vous écrivez est parfaitement exact. Aux USA notamment, les cabinets de recrutement sont à la recherche des HPI membres de l'association Mensa. En France, on ne connait même pas cette association !
Réponse de le 31/12/2014 à 11:54 :
Dans mon entreprise, j'ai été le gagnant du concours de suggestion. Avec mes idées, j'ai fait gagné beaucoup d'argent. Mes supérieurs m'ont pourri la vie pour que je partes car j'avais mis en évidence de grosses lacunes du management. Ils ont gardé leur place alors que mes résultats mon coûté ma carrière. Notre système récompense l'immobilisme au détriment de la performance et l'innovation. Il est préférable de rester dans son coin sans faire la moindre vague.
Réponse de le 31/12/2014 à 15:39 :
Avec ces fautes là!! heureusement que vous êtes parti
Réponse de le 01/01/2015 à 10:02 :
Je vu mais photes en me relisent le landemin, met regarde la date et l'heur du post et tu comprandra...
Réponse de le 01/01/2015 à 10:08 :
Réaction typique des DRH françaises qui ne s'attachent qu'à la forme. Votre réaction confirme les propos de Dingo. On peut dire autant de bêtises que l'on veut à partir du moment qu'il n'y a pas de fotes :)
Venez à un entretien d'embauche sans chaussettes et le DRH ne retiendra que cela pour évaluer votre profil. Einstein détestait porter des chaussettes. J'ai connu un collègue qui ne portait jamais de pantalon, toujours en bermuda, et pourtant il faisait très bien son travail.
Réponse de le 03/01/2015 à 18:49 :
Vous auriez du monter votre entreprise .
Il y a bcp d'entrepreneurs plutôt commerciaux qui cherchent des associés plus créatifs et techniques pour consolider le business model de leur startup .
Avec un peu de chance , vous auriez pu "disrupter" votre ancienne boite.
a écrit le 31/12/2014 à 9:30 :
La cocréation n'est qu'une façon polie de dire que les idées d'une majorité ne profitera qu'à un nombre limité "d'investisseurs". Quand j'entends ce genre de discours, j'ai l'impression de me retrouver en Union Soviétique. Déjà que le parlement Européen ressemble de plus en plus à la République Démocratique de Chine...
a écrit le 31/12/2014 à 9:14 :
"Dans un monde qui se complexifie, un seul cerveau, aussi intelligent soit-il, ne peut plus trouver la solution." Je me marre quand je lis ça. Aujourd'hui comme hier et demain, les solutions sont toujours trouvées par un individu plus intelligent que les autres. Rien n'a changé. Même dans le numérique, il y a dans chaque équipe un dév plus fort que les autres, qui prend les décisions et trouve des solutions aux problèmes. L'intelligence collective, ça n'existe pas tout simplement parce que nous ne sommes pas câblés pour cela (ie, pour bénéficier d'un surplus d'intelligence en formant des groupes d'individus).
Réponse de le 31/12/2014 à 9:56 :
Votre postulat s'appelle une croyance limitante. Mais ce n'est pas parce que vous l'avez que les autres la partagent. L'homme est un animal social, il est "câblé" pour vivre de relations et en tirer partie.

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