L’Allemagne, nouvel eldorado pour les banques françaises

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La banque veut doubler la croissance de son activité en Allemagne, à 5% ou 10% par an d'ici à 2016.
La banque veut doubler la croissance de son activité en Allemagne, à 5% ou 10% par an d'ici à 2016. (Crédits : © Benoit Tessier / Reuters)
Après BNP Paribas, la Société générale vient de dévoiler un plan d'accélération de sa croissance en Allemagne, première économie de la zone euro. Ce projet fait la part belle à des niches de marché comme le financement d'équipements. En revanche, pas question, pour la Société générale, d'investir le marché très concurrentiel de la banque de détail outre-Rhin.

Immenses gratte-ciel de verre, petits immeubles gris des années cinquante et, au milieu de tout cela, un tramway bleu... Non, il ne s'agit pas là de la capitale d'une puissance asiatique ou sud-américaine en devenir, mais de Francfort-sur-le Main, la ville la plus riche d'Allemagne, siège de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Bourse allemande. C'est à "Mainhattan" - le surnom de Francfort - que la Société générale a présenté à la presse sa stratégie de développement outre-Rhin, le 22 janvier. A l'heure où nombre de grandes entreprises occidentales en mal de croissance ne jurent que par les pays émergents, la deuxième banque française en termes de capitalisation boursière (derrière BNP Paribas) a les yeux de Chimène pour l'Allemagne.

Un pays où la Société générale réalise 1 milliard d'euros de revenus environ, soit 4,3% d'un PNB global (produit net bancaire, l'équivalent du chiffre d'affaires) ressorti à 23 milliards d'euros en 2013. La banque basée à La Défense entend mettre les bouchées doubles outre-Rhin, où elle table sur une croissance annuelle de son activité comprise entre 5% et 10% d'ici à 2016, contre une moyenne de 2% à 4% sur la période 2012/2013. Pour ce faire, la Générale recrutera dans les prochains mois quelque 200 personnes en Allemagne, où elle compte aujourd'hui 3.100 collaborateurs.

 Maintenir l'équilibre des revenus entre pays matures et marchés émergents

Un effectif comparable à celui de BNP Paribas, bien décidée, elle aussi, à pousser ses pions outre-Rhin. En juillet 2013, la banque dirigée par Jean-Laurent Bonnafé s'était fixé comme objectif de porter son PNB en Allemagne de 1,1 milliard d'euros en 2012 à 1,5 milliard en 2016, soit une progression de 8% par an. Le nombre de collaborateurs devant, lui, passer en trois ans de 3.500 à 4.000. Il est vrai que l'Allemagne dispose d'atouts propres à faire rêver des banques confrontées à une conjoncture économique morose en France et fluctuante dans les pays émergents. L'Allemagne n'est autre que la première économie de la zone euro, avec un poids de 28% dans le produit intérieur brut (PIB) global ; son taux de chômage, à 5%, est deux fois plus faible que la moyenne européenne (11%) ; enfin, le PIB allemand devrait croître de 1,4% cette année, selon les économistes interrogés par l'agence Reuters, qui tablent sur une progression de 0,8% seulement pour l'économie française.

"L'Allemagne représente une opportunité de croissance significative pour le groupe Société générale", insiste Severin Cabannes, directeur général délégué de la banque. Et de préciser : "La croissance en Allemagne nous permettra de maintenir l'équilibre de nos revenus entre marchés matures et pays émergents", les premiers devant représenter 75% du PNB global de la banque, et les seconds 25%. Des propos qui font écho à ceux de Jean-Laurent Bonnafé. En juillet 2013, le directeur général de BNP Paribas avait présenté sa stratégie de développement outre-Rhin comme un moyen de "doter le groupe de relais de croissance, à l'heure où la conjoncture économique demeure difficile en Europe."

 Un marché bancaire allemand très morcelé

Mais, si les objectifs de BNP Paribas et de la Société générale sont globalement identiques, les moyens mis en œuvre pour les atteindre diffèrent en revanche quelque peu. La première veut répliquer en Allemagne son modèle de banque universelle, présente tant dans la banque de détail [collecte de l'épargne et octroi de crédits aux ménages et aux entreprises ; Ndlr] que dans la banque de financement et d'investissement. C'est précisément pour développer son offre auprès des particuliers que BNP Paribas a racheté la banque en ligne allemande DAB, en décembre. La Société générale, au contraire, "n'est pas une banque universelle en Allemagne, nous n'avons pas d'agences", martèle Severin Cabannes. Si la Générale ne veut pas s'aventurer sur le marché allemand de la banque de détail, c'est parce que celui-ci "est très morcelé", explique Guido Zoeller, responsable des activités de la Société générale en Allemagne et en Autriche.

De fait, en Allemagne, les cinq premières banques ne détiennent que 49% du marché, alors que cette proportion grimpe à 79% en France. Il faut dire qu'à la différence du marché bancaire français, dominé par les quatre mastodontes que sont BNP Paribas, la Société générale, le Crédit agricole et BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne), le marché bancaire allemand est éclaté entre des caisses d'épargne détenues par des villes, des banques mutualistes et des banques commerciales comme Deutsche Bank. Un morcèlement qui limite la rentabilité des capitaux investis des banques allemandes à 1,3% en moyenne (après impôt), contre 5,8% pour leurs concurrentes françaises, d'après les données 2013 de la BCE. Conséquence, plutôt que d'entrer en concurrence frontale avec les banques allemandes sur le créneau des particuliers, la Société générale préfère adopter une stratégie de niche, en se positionnant sur des métiers aussi spécialisés que le financement des biens d'équipement professionnels et la location de longue durée de véhicules pour les entreprises. En particulier pour le Mittelstand, ces nombreuses ETI (entreprises de taille intermédiaire) que la France envie tant à l'Allemagne.

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a écrit le 04/02/2015 à 17:50 :
II/ Contrairement à ce qui est dit habituellement de manière manipulatrice, le Mittelstand allemand n'est pas une avancée mais un recul. Il s'agit d'entreprises familiales en repli sur soi issues du socialisme national de Hitler. Leur suivi montre qu'elles n'ont pratiquement pas évolué en terme de chiffre ou presque pas. Tandis que les entreprises françaises se regroupaient et formaient avec de plus faibles moyens des leaders mondiaux, les structures allemandes sont restées éparpillées sans grande évolution. En fait le Mittelstand allemand est en retard, nos banques en s'installant comptent bien en récupérer une partie. Le constat actuel fait par nos voisins est qu'il ne permet pas l'arrivée de nouveaux acteurs puissants comme cette progression se fait en France. Bien entendu lorsque nous trouvons ce faux exemple dans un discours politique il s'agit juste de jeter de la poudre aux yeux des naïfs. Autant le savoir.
a écrit le 04/02/2015 à 17:37 :
I/ Le PIB allemand par habitant est identique sur période moyenne à celui de la France. Nous sommes en tête chacun notre tour. Il se trouve que les allemands sont d'environ un tiers plus nombreux que nous, un écart qui se réduit. mais cela n'a aucune importance pour l'attaque à ce niveau là d'un marché. Les grandes entreprises allemandes sont au même niveau que les nôtres, disons que nous avons largement rattrapé l'effet de masse qui leur profitait. Cependant leurs banques restent faibles car la doctrine du pays était de favoriser les entreprises par un service à bas coût. Ces dernières dans le rêve allemand, devant se développer et entraîner l'ensemble. Las le processus ne marche pas ainsi et les entités allemandes tentent de faire de la banque "à la française". A l'opposé les banques françaises sont les premières du monde par le chiffre d'affaire, pratiquement seul critère qui compte. Comme l'on a fait sauter par force le sectarisme prévalant dans le pays, nos banques s'installent, tout simplement.
a écrit le 27/01/2015 à 17:32 :
Les banques comme tous les francais doivent boycotter l'Allemagne. C'est notre devoir de patriote, ne pas faire des affaires avec les bosch.
Réponse de le 27/01/2015 à 18:30 :
Drôle de raisonnement le vôtre. Après tout vous avez raison, que les banques françaises boycottent l'Allemagne, cela laissera la place à des partenaires autrement plus sérieux et fiables
a écrit le 27/01/2015 à 12:50 :
Que de clichés et de poncifs journalistiques dans cet article. Malheureusement, la ville la + riche d'Allemagne n'est pas FFM mais Hambourg, d'après les statistiques des Landesämter. La Tribune ferait mieux de se demander pourquoi les banques fses ne se sont pas intéressées à l'Allemagne auparavant, mise à part l'acquisition de la BfG par le CL. A propos, Mme Lejoux, comment s'appelle la capitale de Kentucky?
Réponse de le 27/01/2015 à 14:31 :
Francfort est la ville la plus riche d'Allemagne par habitant (en terme de PNB). Hambourg est l’état le plus riche d'Allemagne par habitant. Mais Hambourg est une ville-Land, dont les banlieues sont essentiellement en dehors des frontières du Land. Si vous prenez la population de Hambourg+ des 2 Lander voisins, vous obtiendrez la population du Hesse (le land de Francfort), avec un PNB total équivalente au Hesse.
a écrit le 27/01/2015 à 11:09 :
entre crédit pour l'achat d'un véhicule d'occasion .... le crédit prodigué par les constructeurs .... lequel est le plus facile "et néfaste" ! Alors cette euphorie illusoire bancaire .... vous pouvez oublier !
a écrit le 27/01/2015 à 11:04 :
c'est surtout les traders qui vont êtres contents! .... L'économie réelle ... ben rien !
a écrit le 27/01/2015 à 9:47 :
Ah ces titres racoleurs qui me font rire sinon m'ennuyer. La Tribune voit des "Eldorados" un peu partout, en Chine, en Amérique du sud, aux USA, et désormais même en…. Allemagne ! hilaire….
Réponse de le 27/01/2015 à 14:26 :
en effet c'est à se demander aussi pourquoi les autres pays viennent investir chez nous... je suppose que nous sommes tous l'eldorado d'un autre...
Réponse de le 28/01/2015 à 21:07 :
tout à fait, c'est pour cela que La Tribune publie les ineffables tribunes d'un certain Quentin Gollier, consultant (en quoi ?), spécialiste des pays émergents (c'est très vaste pour un seul jeune homme !), capable de parler de tous les pays sans même y être allé ou y avoir travaillé.

Christine Lejoux ne parle d'ailleurs peut-être pas l'allemand, et ne réside pas à Francfort... ce serait cohérent, compte tenu de la politique de La Tribune.

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