Coface va-t-il assurer à nouveau ?

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Xavier Durand, directeur général de Coface
Xavier Durand, directeur général de Coface (Crédits : DR)
La Bourse sanctionne fortement la dégradation des résultats liée à une stratégie mal calibrée dans les pays émergents, les salariés s'inquiètent... L'assureur crédit Coface va tenter de redresser la barre avec un nouveau plan stratégique.

Où va Coface, ex fleuron de l'assurance-crédit à l'exportation ? La situation du groupe, dont Natixis est le premier actionnaire, inquiète pouvoirs publics, investisseurs et salariés. Le cours de Bourse, en chute libre (-52% depuis le premier janvier) reflète cette inquiétude. Il faut dire que la communication de Coface a de quoi désorienter. Officiellement, tout allait bien, début 2016. Mais soudain, le Directeur général, Jean-Marc Pillu a été débarqué, le 15 janvier, sans trop d'explications -il avait atteint officiellement ses objectifs financiers-, et avec un grosse indemnité de 2,259 millions d'euros. Le marché -Coface a été introduit en Bourse en juin 2014- se doutait bien sûr de l'existence d'un problème, mais la communication « positive » a continué, en dépit d'une baisse des résultats au premier trimestre (-35% pour le bénéfice net par rapport au premier trimestre 2015).

L'annonce, le 4 juillet, d'une forte détérioration des conditions d'exploitation au deuxième trimestre 2016, donc eu l'effet d'un coup de tonnerre. Le ratio de sinistralité (coût des sinistres/primes d'assurance encaissée) s'est dégradé sensiblement. Il était de 52,5% en 2015, il serait « de l'ordre de 67% » pour le deuxième trimestre 2016, selon un communiqué du groupe. Et il atteindrait « 63 à 66% pour l'ensemble de l'année » 2016.

En termes moins techniques, cela signifie que les indemnisations versées aux assurés par Coface représentent une part fortement croissante du chiffre d'affaires, ce qui va évidemment peser, in fine, sur les profits. Cette évolution tiendrait au « développement des sinistres sur les pays émergents à un niveau plus important qu'escompté », selon le communiqué du 4 juillet.

 Inquiétude des salariés

Comment expliquer cette situation ? Le comité d'entreprise du groupe a publié ce lundi un communiqué faisant part de l'inquiétude des salariés et du manque de soutien de la part de l'actionnaire de référence, Natixis, qui « a annoncé que Coface ne faisait plus parte de son cœur de métier ». Surtout, les syndicats mettent en cause le directeur général à la tête du groupe de 2010 à février 2016, Jean-Marc Pillu, qui, selon leur communiqué «s'est acharné à détruire le modèle Coface « export » reconnu depuis 70 ans, en imposant le modèle du principal concurrent » (l'assureur crédit Euler Hermes France, filiale du leader mondial du secteur de l'assurance crédit Euler Hermes).

Le transfert à Bpifrance d'une activité traditionnelle de Coface, la garantie export pour le compte de l'État, a été la goutte d'eau de trop, selon les syndicats. Il s'est accompagné d'un partenariat entre BPI France et le concurrent Euler Hermes, qui a contribué à brouiller l'image de Coface. Même François Hollande s'est mélangé les pinceaux, évoquant la création d'une banque de l'exportation, sous l'égide de Bpifrance, oubliant l'existence de Coface.

Une stratégie à revoir?

Plus fondamentalement, la stratégie de l'ancien directeur général, Jean-Marc Pillu, est remise en cause par certains analystes.

« Il a beaucoup misé sur les pays émergents, alors qu'il avait peu d'expérience de l'international -de même que son équipe proche-, prenant des risques parfois inconsidérés et mal tarifés,  affirme l'un d'entre eux. Et il a au contraire délaissé les clients traditionnels d'Europe de l'Ouest ».

Cette affirmation est corroborée par l'évolution des indemnisations des assurés, au cours des derniers trimestres. Elles ont beaucoup baissé en Europe de l'Ouest, tombant de 33,2% des primes encaissées par Coface en 2015 à 11,3% au premier trimestre 2016, preuve d'une moins grande prise de risque dans cette zone. En revanche, ces indemnisations ont littéralement explosé dans la région "Asie-Pacifique", passant de 51,4% des primes en 2014 à 173,4% au premier trimestre 2016. Quand les sommes versées aux assurés sont 73% supérieures au chiffre d'affaires, il y a comme un problème....

Le groupe publiera le 27 juillet ses comptes pour le deuxième trimestre, et devrait alors livrer une esquisse de son plan stratégique qui sera annoncé le 22 septembre. De quoi rassurer les parties prenantes ?

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