Les assureurs entretiennent l'illusion sur les rendements de l'assurance vie

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(Crédits : © Joshua Roberts / Reuters)
Le groupe Covea (MMA, Maaf, GMF) assure un rendement supérieur à 2,7% pour l'assurance vie en 2015, de même que la plupart des assureurs qui ont annoncé leur rémunération. De quoi attirer encore des épargnants vers les fonds en euros, dont les rendements sont appelés à tendre vers zéro

"Citroën a un jour cessé de fabriquer des DS, cela n'a pas empêché les DS existantes de circuler, mais ce modèle ne sortait plus des chaînes, c'est la même chose pour les fonds en euros » (les contrats d'assurance-vie standard à capital garanti). Ainsi s'exprime un assureur de la place, qui pronostique la mort lente du support d'épargne favori des Français.

Des rendements supérieurs à 2,7%

Comment en effet servir aux épargnants une rémunération positive, avec des taux d'intérêt à long terme à 0,5% en Allemagne et 0,8% en France (sur les obligations à 10 ans, base de ces contrats), sachant que les frais de gestion représentent, pour l'ensemble des assureurs, 0,7% des sommes gérées ? Évidemment impossible.
Or , nombre d'assureurs continuent de faire comme si de rien n'était, annonçant pour 2015 des rémunérations encore importantes, tangentant les 3%. Le groupe Covea (MMA, Maff, GMF) a annoncé des rémunérations supérieures à 2,7%, Apicil 2,9%, la MASCF 2,85 et 2,90%, la Maif 2,75%. Autant de montants nets de frais.

Comment ces assureurs font-ils, alors la majorité des fonds (80%) sont placés en obligations d'Etat, qui rapportent aujourd'hui moins de 1% ? Ils profitent simplement du rendement beaucoup plus élevé offert par des titres anciens, et de plus-values sur ces titres, liés à la baisse des taux d'intérêt (quand les taux d'intérêt baissent, les titres déjà émis voient leur valeur augmenter).

Une stratégie dangereuse

Mais comme l'avait déjà souligné fin 2014 l'ancien gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, cette stratégie de maintien de rémunérations élevées - la seule comparaison avec livret A, rémunéré à 0,75%, est suffisamment éclairante- est plus que dangereuse.

Car, avec une telle rémunération attire plus que jamais les épargnants vers les fonds en euros. Face à cet afflux de placements, les assureurs se trouvent dans l'obligation d'acheter massivement des titres d'État, censés rémunérer cette épargne. Le hic, c'est que ces titres ne rapportent plus rien, ou presque. Les assureurs vont donc faire baisser le rendement moyen de leurs investissements encore plus vite que ne le voudrait l'évolution tendancielle des taux d'intérêt.


Le choc n'en sera que plus rude

Quand ils devront dire la vérité aux épargnants, le choc n'en sera que plus rude. Certes, les commerciaux ont pour mission de vendre des contrats en unité de compte (investis notamment en actions, où le risque n'est plus porté par l'assureur mais par l'assuré). Sur les 10 premiers mois de l'année 2015, 20% des montants collectés ont ainsi été dirigés sur les unités de compte. C'est beaucoup plus qu'en 2014 (+32%). Mais, de fait, 80% des cotisations reçues par les assureurs se dirigent encore vers les traditionnels contrats en euros.
En affichant des rentabilités élevées pour ces contrats, les assureurs brouillent le message de la profession, favorable aux unités de compte.



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Commentaires
a écrit le 10/01/2016 à 23:02 :
Pourquoi ne dit-on pas que le rendement a un prix, il se nomme le risque. Pas de risque pas de rendement ou une illusion de rendement.
L'épargnant français doit être rééduqué pour son épargne : il apprendra ainsi à mieux placer son argent en se diversifiant et en se rendement que le fonds euros n'est pas la solution miracle quand les taux sont durablement bas. Un petit ou grand cours sur les placements et la gestion de patrimoine s'impose!
a écrit le 07/01/2016 à 11:47 :
De plus l'évolution de la valeur des contrats en unités de compte est très opaque. Quand la bourse baisse leur valeur baisse immédiatement mais quand elle progresse il faut attendre plus longtemps pour constater un effet positif sur nos assurances vie.
a écrit le 07/01/2016 à 8:07 :
Le gros problème des UC est effectivement de faire porter le risque par l'assuré et non l'assureur. Ce que ne veulent pas les épargnants, qui ne sont pas tous de grosses fortunes, très loin de là.
a écrit le 06/01/2016 à 22:46 :
Fautes d'orthographe dans l'article!

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