La Tribune

La Belgique était prête à "brader" Dexia pour 10 milliards

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L'Echo  |   -  869  mots
Le ministre des Finances belge, Didier Reynders, défend l'accord trouvé avec les Français, mais il était prêt à vendre Dexia Banque Belgique s'il y avait eu des offres suffisantes. L'interview de L'Echo (Bruxelles).

La Belgique va garantir 54 milliards sur la "bad bank", et reprend 20 milliards d'obligations à risque avec DBB: avez-vous mal négocié ?

Ces 54 milliards, c'est moins que les 90 milliards de garanties que nous avions accordées en 2008. C'est un risque calculé, pour lequel nous sommes rémunérés. Cette banque résiduelle, ce n'est pas du tout comme les produits toxiques des précédents dossiers. Quant au portefeuille de 20 milliards logé dans Dexia Banque Belgique, c'est notre choix. Cela nous a permis de pousser le prix de Dexia Banque Belgique à la baisse. La banque était valorisée entre 3 et 8 milliards d'euros, nous la payons 4 milliards. Ma préoccupation, c'est que les charges des emprunts liés aux interventions dans le secteur financier soient inférieurs aux recettes venant de la rémunération des garanties, des dividendes et de la taxe bancaire.

Quels changements préparez-vous chez Dexia Banque Belgique et Dexia ?
Pour la banque, où nous allons détenir 100%, je propose ce vendredi au conseil des ministres de désigner un chasseur de têtes pour sélectionner les candidats administrateurs possibles sur base professionnelle. Je veux des gens qui connaissent le monde bancaire, et qui connaissent le monde économique. Le management, lui, est de qualité, et on doit pouvoir s'appuyer sur lui.

Il n'y aura donc plus d'hommes politiques au conseil d'administration de DBB ?

Si un homme politique passe le cap des chasseurs de têtes, pourquoi pas? Mais je le verrais mal encore en activité.

Pour le groupe, nous avons obtenu que la gouvernance se répartisse à 60-40 entre Belgique et France. Cela veut dire qu'il va falloir changer le conseil d'administration. Là aussi, je suivrai la même logique, et j'espère que tous les actionnaires belges feront de même. La question du management chez Dexia Holding se posera aussi, sans doute lors des assemblées générales. Et il n'y aurait plus ni bonus ni dividendes dans Dexia S.A. tant qu'il y aura des garanties.

Avez-vous des critiques vis-à-vis du travail accompli par le management et le conseil de Dexia entre 2008 et 2011 ?

Il y a eu tout un travail indispensable qui a été réalisé, mais il y a sans doute eu des erreurs, parce qu'il y avait trop de conflits d'intérêts.

Il ne faut pas non plus occulter ce qui s'est passé avant 2008. Mais je préfère regarder vers le futur de Dexia Banque Belgique et la façon dont on va gérer l'héritage du groupe.

Depuis quand travaillez-vous au démantèlement de Dexia ?

Depuis quelques semaines. Quelques jours avant l'Ecofin informel en Pologne, mi-septembre, j'ai appris qu'il y avait des tensions sur la liquidité. J'en ai parlé avec le gouverneur de la Banque Nationale et avec mon homologue François Fillon. Nous avons alors décidé ensemble de mettre des équipes sur ce dossier. Et nous en avons reparlé à Washington.

Y a-t-il eu des résistances des Français ?

Ils ont eu beaucoup de résistants durant la deuxième guerre, mais dans le dossier Dexia, ils ont collaboré, même si les intérêts n'étaient pas toujours identiques. J'étais prêt à maintenir la clé de répartition des garanties de 2008, 60 % pour la Belgique. Eux craignaient de mettre leur rating en danger s'ils assumaient trop de garanties. Ils veulent absolument éviter une révision de leur rating en pleine campagne présidentielle. Pour nous, la priorité était de sécuriser Dexia Banque Belgique, et de ne pas la payer trop cher, pour rester en dessous des 3 % de déficit.

Vous faites un geste pour Arco, ce que Deminor considère comme une inégalité de traitement entre actionnaires...

Nous traitons tous les actionnaires sur le même pied, et il est normal qu'ils soient en première ligne pour absorber les chocs quand l'entreprise dans laquelle ils ont investi est en difficulté.

Ce que nous faisons pour les coopérateurs, pas seulement ceux d'Arco, mais aussi ceux de Cera ou d'Argenta, pour autant qu'il s'agisse de personnes physiques, c'est respecter les engagements donnés en 2008 de leur assurer une garantie. Depuis 2009, la loi assimile ces coopérateurs à des épargnants. Si Deminor n'est pas d'accord, il aurait dû attaquer cette loi.

Quel est le risque de ce soutien aux coopérateurs d'Arco ?

Le total des parts des coopérateurs représente 1,49 milliard d'euros. Mais Arco a une série d'actifs et n'est pas en faillite.

Y avait-il d'autres scénarios que la nationalisation de DBB ?

Nous avons regardé les différentes options: prendre 51%, prendre 100%... Si Pierre Mariani nous avait présenté un acheteur qui proposait 10 milliards d'euros, la banque, il pouvait l'avoir ! Mais des acheteurs à 10 milliards, je n'en ai pas vu. J'ai juste vu des gens prêts à reprendre les bons morceaux et à nous laisser le reste.

Avez-vous des inquiétudes pour les autres banques ?

Je n'ai pas d'écho de difficultés particulières, au contraire, KBC est dans un timing correct. Mais chaque jour, je remercie le conseiller qui m'a fait choisir, en 2008, l'adossement pour Fortis. Cela nous permet d'avoir aujourd'hui uniquement le dossier Dexia sur les bras.

Lire la suite de l'interview sur le site de "L'Echo"...

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Commentaires

?  a écrit le 14/10/2011 à 22:57 :

Peut-on réellement parler de "brader" quelque chose qui a une valeur négative ? Qui voudrait d'une banque qui a 6 milliards de fonds propres pour 540 milliards de bilan ? Soit 1% de vrais fonds propres, la moitié de ce qu'avait Lehman Brothers !!!

lucifer  a répondu le 15/10/2011 à 8:33:

A ? - Votre raisonnement n'st pas tout à fait juste. Si Dexia disposait de 6 Mrds de fonds propres, cela signifiait que le total de l'actif était supérieur au total du passif de 6 mrds. Le problème est de connaître la qualité de l'actif. Ce qui ressort à l'heure actuelle, c'est que la Belgique et la France se sont emparés des actifs de bonne qualité pour laisser sur les bras des actionnaires les actifs "pourris" en offrant une garantie (sic). Le futur immédiat nous permettra de voir comment va se résoudre ce problème.

?  a répondu le 15/10/2011 à 12:23:

A Lucifer : le votre non plus, d'ailleurs ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails ? Une banque avec seulement 1% de fonds propres ne peut pas survivre, car personne ne lui fait confiance donc elle se retrouve sans liquidités, et c'est la mort. C'est ce qui est arrivé à Dexia. Point. C'est la conséquence d'une imprudence hallucinante de ses dirigeants d'avant 2008 qui ont voulu gonfler démesurément une petite banque peu capitalisée. Ils auraient dû mieux connaitre les fables de La Fontaine, surtout au sujet des grenouilles qui veulent se faire plus grosses que les boeufs...

ZUT!!!!  a écrit le 14/10/2011 à 19:09 :

J'étais preneur mais seulement pour 162 milllions d'euros!!!

RISPAL_Thierry  a écrit le 14/10/2011 à 15:00 :

Pourquoi les politiciens français s'acharnent ils à faire croire que la crise économique est une catastrophe naturelle ou la 11éme plaie d'Egypte?
Pourquoi les patrons Français s'acharnent ils à faire porter la dette de la France sur le système social ou le code du travail, alors que des pays comme les USA et GB ont une dette supérieure avec un système social minimum et une flexibilité maximum?

fma44  a écrit le 14/10/2011 à 14:45 :

Quand on connait les salaires mirobolants attribués a certains banquiers de Dexia, c'est une aubaine de s'en sortir si facilement. Beaucoup de petits entrepreneurs souhaiteraient de tels conditions....de copinage!

jamesbond  a écrit le 14/10/2011 à 14:44 :

moi je propose 10 .... francs (ancien bien entendu !! !!! !! )

lucifer  a écrit le 14/10/2011 à 14:43 :

Que regroupe aujourd'hui Dexia dont l'action est toujours cotée. Si le titre a quelques chances de se refaire une sante, ça ne me gêne pas d'attendre. S'l n'a aucune chance de survie, je préfère quitter le bateau. Avec Eurotunnel, j'ai attendu 20 ans avant de retrouver mon prix. Mes enfants pourront peut-être attendee autant de temps pour retrouver mon prix d'acqusition.