"Shadow banking" : le système bancaire parallèle qui valait 67.000 milliards de dollars

Par Sophie Rolland  |   |  729  mots
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Dans son dernier rapport sur le "shadow banking", qui assure un quart de l'inter-médiation financière, le Conseil de stabilité financière appelle à un renforcement de la réglementation, tout en plaidant pour une approche ciblée concernant des activités qui peuvent constituer une importante source de crédit pour les entreprises et les consommateurs.

Le Conseil de stabilité financière (CSF ou FSB en anglais) a publié ce dimanche une série de documents illustrant la nécessité de renforcer la surveillance et la réglementation du système bancaire parallèle ("shadow banking system"). Cinq ans après la crise des subprimes, les activités des institutions financières non bancaires sont toujours mal régulées. Or les canaux de financement non bancaires peuvent certes présenter certains avantages, mais ils "peuvent aussi devenir une source de risque systémique", en particulier lorsqu'ils assument des fonctions traditionnellement réservées aux banques (transformation, levier) ou lorsque les interconnections avec le système bancaire sont fortes, prévient le CSF. Ce dernier plaide donc pour un renforcement de la réglementation, tout en appelant les décideurs politiques à légiférer avec prudence sur ce secteur qui peut aussi être une importante source de crédit pour les entreprises et les consommateurs.

Le shadow banking pèse plus lourd que l'activité économique

Les cinq années précédant la crise financière, le système bancaire parallèle n'a pas cessé de croître. Il représentait 26.000 milliards de dollars en 2002 et 62.000 milliards de dollars en 2007. Il se porte toujours bien. En 2011, quelque 67.000 milliards de dollars d'actifs ont été gérés par le "shadow banking system", soit 111 % du PIB (agrégé) des pays auxquels le CSF s'est intéressé. Le système bancaire parallèle assure un quart de l'intermédiation financière et les actifs transitant par lui représentent la moitié des actifs passant par le système bancaire "classique", précise également le Conseil de stabilité financière. 

Evolution, en milliards de dollars, des actifs dollars d'actifs gérés par le "shadow banking system".

 

Une grande diversité d'acteurs

Une grande diversité d'acteurs sont dans le collimateur des régulateurs : les entités qui font de l'intermédiation ou la distribution de crédit mais n'acceptent pas de dépôts et ne sont pas régulées comme des banques, les fonds (capital-investissement, des fonds spéculatifs, des fonds d'investissements et autres fonds monétaire), les assureurs qui fournissent des garanties de crédits et enfin, les véhicules d'investissement ou de financement spécifiques. Le CSF les définit comme des "intermédiaires de crédit impliquant des entités et des activités en dehors du système bancaire régulier".

Le shadow banking se développe rapidement en Europe 

Les Etats-Unis sont le pays doté du plus gros système bancaire parallèle (23.000 milliards de dollars), juste devant la zone euro (22.000 milliards). Vient ensuite le Royaume-Uni (9.000 milliards). Le développement du shadow banking est cependant beaucoup plus rapide de ce côté ci de l'Atlantique. Pour preuve : la part des Etats-Unis a nettement décliné ces dernières années. Le pays abritait 44 % du système bancaire parallèle en 2005. Il n'en accueille plus que 35 %.

Bâle III, une aubaine pour le système bancaire parallèle ?

Le FSB souligne que le "shadow banking" risque de se développer davantage encore en réaction aux nouvelles règles bancaire dites de Bâle III, qui prévoient d'obliger les banques à renforcer considérablement leurs fonds propres. C'est un des arguments régulièrement invoqué par les banquiers qui s'insurgent contre la nouvelle réglementation. Selon eux, non seulement elle les handicape mais elle risque de déplacer les acticvités les plus risquées vers les acteurs les moins régulés de la sphère financière.

Recommandations

Le CSF, qui publiera ses recommandations finales en septembre 2013, est "d'avis que l'approche des autorités [...] doit être ciblée". Les régulateurs doivent "s'assurer que le shadow banking est soumis à une surveillance et une régulation appropriées pour faire face" aux risques financiers qui émergent en dehors du système bancaire classique "sans toutefois inhiber les modèles durables de financement non bancaire qui ne posent pas de tels risques", recommande-t-il.

Afin de se concentrer "sur les activités qui sont importantes pour le système", le conseil recommande de partir des entités "qui ont été une source de problèmes lors de la crise", sans toutefois les citer. Il recommande aussi de renforcer la surveillance du secteur pour à l'avenir pouvoir identifier rapidement si une activité en croissance pose des risques.