Affaire Kerviel : le suspens n’en finit pas

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Jérôme Kerviel (au centre) et son avocat David Koubbi (à gauche), lundi, au Palais de justice de Paris.
Jérôme Kerviel (au centre) et son avocat David Koubbi (à gauche), lundi, au Palais de justice de Paris. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
La commission d’instruction de la Cour de révision se prononcera le 21 mars sur les suites à donner à la demande de révision de son procès par Jérôme Kerviel. Cela doit laisser le temps à la commission d’apprécier un élément nouveau, à savoir le témoignage d’une policière de la Brigade financière affirmant que l’enquête a été manipulée par la Société générale.

Une perte colossale de près de 5 milliards d'euros, un jeune trader apparemment seul contre tous... Dès son origine, il y a huit ans, l'affaire Kerviel concentrait tous les ingrédients susceptibles d'en faire un grand feuilleton judiciaire et médiatique. Cela n'a pas raté, et ces derniers jours ont apporté leur lot de nouveaux rebondissements et de suspens. Jérôme Kerviel, cet ancien trader de la Société générale accusé d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la banque en prenant des positions très risquées sur les marchés, devra patienter jusqu'au 21 mars pour savoir si la commission d'instruction de la Cour de révision fera un premier pas dans le sens d'une révision de son procès. Ce lundi 18 janvier s'est en effet déroulée au palais de justice de Paris, durant près de deux heures, une audience à huis clos devant la commission d'instruction de la Cour de révision, audience à laquelle ont assisté Jérôme Kerviel, ses avocats, et ceux de la Société générale. Avant une éventuelle transmission du dossier à la Cour de révision par la commission d'instruction, l'avocat général a requis un sursis à statuer, afin de laisser le temps à la justice d'examiner un témoignage clé apporté par Jérôme Kerviel.

Le témoignage en question est celui de Nathalie Le Roy, une policière de la Brigade financière qui avait été en charge de l'enquête, et qui affirme à nouveau dans l'édition de dimanche du quotidien 20 Minutes que celle-ci « a été manipulée par la Société générale. » Une version corroborée par Chantal de Leiris, ancienne vice-procureure de Paris, dans un enregistrement réalisé à son insu par Nathalie Le Roy en juin dernier, et dont des extraits ont été dévoilés dimanche 17 janvier par le site d'informations Mediapart. Evoquant les risques très importants pris par Jérôme Kerviel sur les marchés avant que l'affaire n'éclate, en janvier 2008, Chantal de Leiris affirme que « la Société générale savait, c'est évident. » C'est cette thèse que Jérôme Kerviel soutient depuis huit ans.

Le volet civil jugé à partir de mercredi à Versailles

« L'heure va venir, pour ceux qui ont manipulé ce dossier, de rendre des comptes », a prévenu lundi David Koubbi, avocat de Jérôme Kerviel, devant une forêt de micros et de caméras, comme aux plus grandes heures de l'affaire Kerviel. Dénonçant « un rapt de la justice par la Société générale », David Koubbi a fait part de son intention d'écrire à nouveau à Christiane Taubira, la garde des Sceaux, afin de lui « demander de faire le ménage au sein de son institution, de mettre un terme à des dysfonctionnements insupportables. » De son côté, la Société générale continue d'affirmer qu'elle n'a jamais rien su des agissements de son ancien trader. Lundi, la banque a ainsi dénoncé dans un communiqué de « pseudo-révélations » et « une nouvelle manipulation médiatique », rappelant que la justice a eu « à trois reprises à apprécier la culpabilité de Jérôme Kerviel. »

Le fait est que l'ancien trader avait été condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme, et à 4,9 milliards d'euros de dommages-intérêts, en première instance en 2010, puis en appel en 2012. Une condamnation à trois ans de prison ferme confirmée en mars 2014 par la Cour de cassation, mais la plus haute juridiction française avait en revanche rejeté les 4,9 milliards d'euros de dommages-intérêts, estimant que la Société générale avait failli dans ses mécanismes de contrôle. Ce volet civil de l'affaire - les dommages-intérêts - fait l'objet d'une procédure distincte, et doit être jugé à nouveau à partir de mercredi devant la Cour d'appel de Versailles.

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Commentaires
a écrit le 19/01/2016 à 15:14 :
Qu'ils soient incompétents ou menteurs, les communicants de la Société Générale sont les meilleurs. On a l'affaire Volkswagen (personne ne parle de l'inventeur du logiciel de trucage alors qu'il y en a bien un), de l'affaire du crédit lyonnais, festina, FIFA ... mais à la soge c'est l'affaire Kerviel. trops forts ...
a écrit le 19/01/2016 à 14:09 :
Une balance existe entre toute position spéculative et l'engagement financier qu'elle suppose. Il est difficile d'établir un tel outil car il est forcément mouvant s'agissant de trading mais il existe. Un trader selon sa note de qualité et la tendance des risques verra sa balance pondérée. S'agissant de Jérôme Kerviel il était au Delta One (Nom qui sent déjà la parano avancée) le plus petit niveau, tradant des montants élevés à très faible revenu. La volatilité aidant c'est lorsque des pertes s'annonçaient que les dirigeants laissaient les traders de l'étage se débrouiller pour se refaire en prenant tous les risques, pourvu que ça marche. Une pratique déjà largement contestable. Jérôme Kerviel a ainsi gagné 1,5 milliards l'année précédente. La Société Générale n'était-elle pas au courant de ces gains qu'elle a encaissé, des moyens ou risque engagés et n'imaginait-elle pas que des pertes du même ordres auraient pu exister ? La banque a fait porter le chapeau à l'un de ses employés, non exempt de critique non plus. Est-ce moral ou condamnable ? La véritable question est celle de l'enquête de police confiée à une personne peu à même de dérouler le fil des événements, comme l'on confiait ailleurs un gros dossier à un petit juge d'instruction. Ce choix hautement critiquable conduit à un autre d'une Justice très peu regardante qui se contente de ce qu'on lui apporte sans sourciller. Là sont les véritables coupables. Si ces tenants de notre démocratie se sont laissés influencer, ils le sont alors encore plus.
a écrit le 19/01/2016 à 11:27 :
Mais qui donc a des chances de faire condamner des manipulations et donc manipulateurs quand il s'agit d'un problème fondamental de mentalité et moralité ?
Hier, un article nous a expliqué que Kerviel ne pouvait pas ne pas âtre jugé coupable, mais que ses éventuels comparses ou complices ne relevaient pas de la justice tant il s'agissait d'affaire de moeurs à une échelle universelle ; à savoir qualifier le trading, le business de la finance , domaine non judiciaire. Cela ressemble à la procédure visant DSK où apparut qu'on avait perdu son temps dans une confusion insensé entre justice et morale. Dès lors, pourquoi avoir condamner Kerviel au pénal et en exclure les complices ou comparses ? Secondairement, ne peut-on pas éclaircir l'étrangeté d'un revirement de haut fonctionnaire qui aurait assuré être certaine de la culpabilité du prévenu et qui affirme le contraire ensuite ? Y a un truc ? Mais finalement, qui peut ou a envie de changer ce qui semble convenu du sujet ? au moment où à Davos, l'on tourne toujours en rond depuis des années autour des menaces sur l'homme de ce qu'on pratique assidûment ? Y a un truc ?
a écrit le 19/01/2016 à 3:37 :
La ridicule excuse de la direction SG, quand tous ces employer sont espionnés dans les moindre détailles.
a écrit le 18/01/2016 à 21:41 :
Inrerrgez M. Ouvea ...
a écrit le 18/01/2016 à 21:30 :
La Justice s'honorera de comprendre dans on intime conviction que les patrons dirigeants de tous poils de la SG étaient très bien au fait de tous les actes de leur serviteur Kerviel ;

L'honneur de la Justice de notre Pays, La France, c'est de ne pas se laisser entrainer dans les mensonges évidents des hauts cadres de la Société Générale,

cette banque fait la une des faits divers depuis le milieu des années 1990.
Réponse de le 18/01/2016 à 23:24 :
S'ils etaient au courant de tout, je me demande bien pourquoi ils lui auraient demandé de revenir pendant le week-end pour s'expliquer sur ses agissements pendant des heures, et pourquoi ils se seraient sentis obligés de liquider en 3 jours dans l'urgence des positions qui avaient été portées pendant des semaines voire des mois !
Réponse de le 19/01/2016 à 9:22 :
@ theorie_du_complot le 18/01/2016 à 23:24 :

les hauts cadres de la Générale sont des spécialistes de la mise en scène d'un interrogatoire destiné à divertir les spectateurs ...

de vrais spécialistes des désordres divers et variés en tous genres.

Personne de censé ne peut croire à la version des hauts dirigeants de la SG.
Réponse de le 19/01/2016 à 10:43 :
@ theorie_du_complot
Il me semble que les inspecteurs des comptes debarquaient le lundi suivant ......
Réponse de le 19/01/2016 à 10:44 :
Si la hiérarchie était au courant pourquoi s'est-il compliqué la vie à émettre de faux fax, de fausses écritures de contrepartie, et pourquoi as-t'il nié les faits durant la dernière semaine avant d'avouer. C'est quand même sur ces faits là qu'il a été condamné 3 fois, et a usé 3 avocats depuis l'origine de l'affaire...
a écrit le 18/01/2016 à 20:25 :
Les dirigeants ne pouvaient pas ne pas savoir, c'est évident, sauf à penser qu'ils étaient totalement incompétent, ce qui n'est pas la réalité pour la totalité de sa hiérarchie. Tien bon Jérôme
Réponse de le 19/01/2016 à 12:27 :
Pourquoi les dirigeants de la SG sont TRES bien payé??
Réponse: Parce qu'ils sont responsable d'une grande banque...
Donc où sont les responsables??? Facile à trouver, non??
a écrit le 18/01/2016 à 19:25 :
kerviel a pris sa banque pour un casino - si on lui avait demandé de se jeter du haut de la Tour Eiffel il ne l'aurait pas fait !...... cela suffit cette affaire est à classer.
Réponse de le 18/01/2016 à 20:30 :
hors sujet

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