Comment les banques draguent les "Millennials"

 |   |  809  mots
La génération dite des « Millennials », née avec Internet et avide de simplicité, est avant tout caractérisée par son appétit pour les technologies mobiles.
La génération dite des « Millennials », née avec Internet et avide de simplicité, est avant tout caractérisée par son appétit pour les technologies mobiles. (Crédits : Décideurs en région)
Le Crédit agricole lancera au mois de mai Freasy, une offre 100% mobile et totalement gratuite, à destination des jeunes âgés de 18 à 30 ans. Une génération ultra connectée et caractérisée par une certaine précarité.

Il y a un début à tout. Aussi les étudiants fauchés d'aujourd'hui pourraient-ils bien être les cadres aisés de demain. C'est pourquoi les banques prêtent une attention toute particulière à la clientèle des jeunes. Dernière preuve en date de cet intérêt, l'annonce, mercredi 10 février, du prochain lancement de "Freasy" - contraction des mots "free" et "easy" (gratuit et facile) - par le Crédit agricole. Expérimentée depuis le 8 février dans les caisses régionales de Normandie, de Nord Midi-Pyrénées, d'Aquitaine, d'Ille-et-Vilaine et de Champagne-Bourgogne, avant un déploiement à l'ensemble de la France au mois de mai, cette offre bancaire cible le marché des 18/30 ans. Cette génération dite des "Millennials", née avec Internet et avide de simplicité, est avant tout caractérisée par son appétit pour les technologies mobiles, au point que les Français âgés de 16 à 30 ans passent plus de temps à consulter leur smartphone qu'à se nourrir, selon une récente étude de TNS.

Dans ces conditions, Freasy ne pouvait être qu'une offre 100% mobile. Et 100% gratuite, pas seulement durant quelques mois mais "à vie", car une autre spécificité de la population des 18/30 ans réside dans sa précarité, qu'il s'agisse des étudiants ou des jeunes déjà entrés dans la vie active, contraints d'enchaîner les CDD. Non seulement la carte de paiement internationale à autorisation systématique et la gestion du compte bancaire sont gratuites, mais la souscription à Freasy s'effectue en outre sans conditions de revenus. Deux différences de taille avec les banques en ligne, à quoi s'ajoute la possibilité, pour les clients ayant souscrit à Freasy, de consulter un conseiller en agence, une option plébiscitée par plus d'une jeune sur deux à des fins de réassurance et de service après-vente, d'après le Crédit agricole.

L'importance des outils de gestion budgétaire

En contrepartie de cette gratuité, Freasy ne permet pas de disposer d'un chéquier, ni de contracter un crédit, et circonscrit les retraits d'argent aux 11.000 distributeurs du Crédit agricole. "Les jeunes comprennent que cette gratuité, une promesse unique en France, a ses limites. Ce qui leur importe, c'est de ne rien payer", assure Olivier Gavalda, directeur général adjoint de CASA, l'entité cotée en Bourse du Crédit agricole. Pour autant, pas question, pour la banque, de verser dans la philanthropie : elle espère bien proposer ensuite des services payants aux jeunes, au fur et à mesure de l'évolution de leur vie professionnelle et personnelle.

Cette problématique du pouvoir d'achat des Millennials avait également été soulevée par Héloïse Beldico-Pachot, directeur de l'expérience-client digitale à la Banque Postale, le 4 février, lors de la conférence In Banque organisée par Next Content et La Tribune : "Cette génération est moins matérialiste mais également moins soucieuse du lendemain, ce qui nécessite tout un travail de pédagogie de notre part pour éviter les situations de surendettement, avec par exemple des outils de gestion budgétaire." "Le "reste à dépenser" est l'une des fonctionnalités qui marque le plus nos clients", avait renchéri lors de la même conférence Raphaël Krivine, directeur de Soon, la banque mobile d'Axa Banque, dont 60% des clients sont âgés de moins de 30 ans. Dans la même veine, Freasy comporte un système d'alertes SMS, lorsque le compte s'apprête à basculer dans le rouge.

Une part de marché de 25% sur le segment des jeunes

Avec cette offre 100% mobile, le Crédit agricole espère conquérir "plusieurs dizaines de milliers" de clients en l'espace de deux ans. La banque s'estime déjà "largement leader" sur le segment des 18/30 ans en France, avec 2,5 millions de clients. "Soit une part de marché de 25%, contre 20% pour la Caisse d'Epargne et 20% pour la Banque Postale", précise Yvan Picart, directeur du marché des particuliers chez CASA. Ces trois grands acteurs doivent commencer à composer avec de nouveaux entrants, comme le compte Nickel, qui s'ouvre très simplement et rapidement chez les buralistes. Lancé en février 2014, Nickel revendique aujourd'hui quelque 232.500 clients, dont 35% ont moins de 35 ans.

Un succès auprès des jeunes d'autant plus impressionnant que la fintech ne l'a nullement cherché : "Chez nous, il n'y a pas de jeunes, pas de vieux, tout le monde est traité de la même manière, nous sommes dans l'anti-segmentation", avait martelé Hugues Le Bret, l'un des fondateurs de Nickel, lors de la conférence In Banque du 4 février. La preuve, à la différence de Freasy, le compte Nickel n'est pas gratuit, mais coûte en moyenne 35 euros par an, soit deux à trois fois moins qu'une banque ordinaire, assure la fintech sur son site Internet. "La gratuité est suspecte", affirme Hugues Le Bret. Le Crédit agricole appréciera...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/02/2016 à 10:56 :
A terme les banques vont faire face a défi de justifier leurs frais bancaires. Si les clients, surtout les jeunes, font toutes leurs opérations sur internet ou leur smartphone et ne vont jamais en agence, pourquoi payer?
Pourquoi payer une carte bancaire alors que la banque se paye déjà avec les commissions payées par le commerçant?
Seule parade, faire disparaître l'argent liquide. Il sera possible de tondre les consommateurs (frais sur la tenue de compte, frais sur chaque transaction) qui ne pourront rien dire.
a écrit le 12/02/2016 à 10:31 :
"Aussi les étudiants fauchés d'aujourd'hui pourraient-ils bien être les cadres aisés de demain."

S'ils sont fauchés aujourd'hui ils le seront demain, un peu moins quand même espérons le puisque en néolibéralisme ce n'est pas le courage ni le travail qui permet de réussir sa vie professionnel c'est le réseau et soit on né avec un bon réseau soit non, ensuite c'est pour la vie.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :