La banque en ligne se démocratise

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Selon le cabinet Simon Kucher, 23% des Français envisagent aujourd'hui de souscrire ou de transférer des services au sein de banques en ligne. Ils n'étaient que 15% un an plus tôt.
Selon le cabinet Simon Kucher, 23% des Français envisagent aujourd'hui de souscrire ou de transférer des services au sein de banques en ligne. Ils n'étaient que 15% un an plus tôt. (Crédits : Reuters)
Les jeunes de moins de 30 ans et les femmes représentent désormais 23% et 40% des clients de Boursorama, dont les afficionados étaient auparavant surtout des hommes, résidant en région parisienne.

Un homme d'une quarantaine d'années, plutôt parisien, plutôt « bobo » (bourgeois-bohème)... Tel était le portrait-robot des clients des banques en ligne, il y a encore quelques années. Aujourd'hui, « nos clients sont de plus en plus représentatifs de la population française », s'est félicitée Marie Cheval, directrice générale de Boursorama, mardi 16 février, à l'occasion de la présentation de l'activité annuelle de la filiale de banque en ligne de la Société générale. De fait, 45% des 168.000 Français qui ont rejoint la clientèle de Boursorama en 2015 sont en réalité des Françaises. Ce qui porte à 40% la part des femmes dans le stock de clients de la filiale numérique de la Générale, un stock qui s'établissait à 757.000 en fin d'année dernière, au lieu d'un objectif initial de 750.000.

La clientèle de Boursorama ne tend pas seulement à se féminiser, elle compte également davantage de jeunes : les moins de 30 ans ont représenté 42% des nouveaux clients l'an dernier, si bien qu'ils pèsent désormais près du quart (23%) du stock de clients de la banque dirigée par Marie Cheval. Une tendance que cette dernière entend bien encourager, via, notamment, des partenariats avec des acteurs de l'économie collaborative, à l'image de l'accord signé au mois de décembre avec le numéro un mondial du covoiturage BlaBlaCar. A l'autre extrémité, Boursorama voit également la proportion des seniors (âgés de plus de 60 ans) croître au sein de sa clientèle, à près de 20% à la fin de l'année 2015. Enfin, les Parisiens ne sont plus surreprésentés, la part des clients habitant en région s'élevant aujourd'hui à 62%, contre 59% un an auparavant.

Les Français ont dû acquitter 186,20 euros de frais bancaires en moyenne, en 2015

Si la typologie de la clientèle de la banque en ligne évolue à ce point, c'est d'abord en raison de la généralisation de l'usage des smartphones. Homme ou femme, jeune ou plus âgé, « presque tout le monde possède aujourd'hui un smartphone », résume Marie Cheval. Or pas moins de 45% des connexions entre Boursorama et ses clients s'effectuent depuis un appareil mobile. Ensuite, l'argument prix joue bien évidemment. D'après le comparateur de tarifs bancaires Panorabanques.com, Boursorama a coûté l'an dernier à ses clients la bagatelle de 12,50 euros, quand l'ensemble des Français ont dû acquitter 186,20 euros de frais bancaires. Et l'écart risque de s'accentuer encore, en raison de la récente généralisation des frais de tenue de compte dans les banques traditionnelles. « Cela a joué très clairement dans l'accélération de la hausse du nombre de nouveaux clients de Boursorama, depuis le début de l'année », confirme Marie Cheval.

Cette compétitivité joue un rôle d'autant plus important que les clients qui recommandent leur banque à leurs proches vantent deux fois plus ses tarifs que les services additionnels qu'elle est susceptible de proposer, selon une étude du cabinet de conseil en stratégie Oliver Wyman. Revers de la médaille, les banques en ligne ont moins de latitude que les établissements traditionnels pour compenser l'impact des taux d'intérêt très bas sur leurs marges par une hausse des commissions. « Notre produit net bancaire (PNB, l'équivalent du chiffre d'affaires) est constitué à hauteur de 90% de marges d'intérêt », reconnaît Marie Cheval. Un PNB qui a tout de même progressé de 5% en 2015, à 176,4 millions d'euros, grâce à la marge d'intérêt réalisée sur les crédits immobiliers, dont les encours ont grimpé de 27% l'an dernier, à 3,4 milliards d'euros.

Des perspectives qui stimulent la concurrence

Précisément, c'est aussi parce qu'elles ont élargi leur offre que les banques en ligne sont parvenues à diversifier leur clientèle. Le métier historique de Boursorama, c'était le courtage, ce qui explique pourquoi la clientèle de la banque en ligne était plutôt masculine, à la base. Mais aujourd'hui, elle propose une offre bancaire complète, de l'assurance-vie à la prévoyance, en passant par les comptes-courants et le crédit. En attendant, au second semestre 2016, le lancement d'une offre pour les professions libérales et les entrepreneurs indépendants, qui « utilisent la banque au quotidien d'une façon assez similaire à celle des particuliers », explique Marie Cheval. Aussi les banques en ligne sont-elles désormais « considérées comme des banques à part entière » par les Français, affirmait au mois de décembre une étude du cabinet de conseil Simon Kucher, selon laquelle 30% des clients de banque en ligne interrogés ont fait de celle-ci leur banque principale.

Toujours d'après ce sondage, réalisé auprès de 2.000 personnes âgées de 18 à 65 ans, 23% des Français envisagent aujourd'hui de souscrire ou de transférer des services au sein de banques en ligne. Ils n'étaient que 15% un an plus tôt. C'est dire si les banques en ligne, qui représentaient en 2015 8,3% des comptes bancaires en France, contre 7,1% un an auparavant, devraient gagner encore du terrain. Des perspectives qui suscitent les convoitises de nouveaux acteurs, comme l'opérateur de téléphonie Orange, qui lancera l'an prochain une banque mobile, ou encore la fintech allemande Number26, qui affiche des ambitions européennes en la matière. « Nous attendons de voir le positionnement, la largeur de leurs offres. Nous faisons de la banque en ligne depuis dix ans, nous savons combien c'est un métier difficile », tacle Marie Cheval. Boursorama, qui est au passage rentable, campe donc sur son ambition d'afficher plus de 2 millions de clients à la fin 2020, avec un premier objectif de 975.000 au 31 décembre 2016.

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a écrit le 18/02/2016 à 13:09 :
Toutes les banques en ligne (sauf une) imposent une rentrée minimale mensuelle de plusieurs centaines d'euro, voire plus d'une fois et demi le smic.

Cela exclut d'office les étudiants, les salariés précaires, les petites retraites et toute une population à revenus faibles ou irréguliers.

Sinon, elles sont imbattables sur les coûts, même s'il ne faut pas rêver. Dans 5 ans, elles seront aussi chères que les banques traditionnelles.
a écrit le 18/02/2016 à 12:32 :
Je ne sais pas si l'expression "stock de clients" est le terme utilisé par les salariés de "Boursorama" en interne et lors de l'interview mais je le trouve particulièrement inélégant
Réponse de le 18/02/2016 à 13:48 :
Oui, mais très parlant. En Anglais, l'une des signification de "stock" c'est : bétail...
a écrit le 18/02/2016 à 11:52 :
Je ne sais pas si l'expression "stock de clients" est le terme utilisé par les salariés de "Boursorama" en interne et lors de l'interview mais je particulièrement inélégant
a écrit le 18/02/2016 à 10:14 :
La banque en ligne étant sur l'Internet, et l'Internet étant mondial, ne doit-on pas considérer tout compte bancaire en ligne comme étant à l'étranger?
Les banques autres que nationales n'ont qu'un droit limité d'exercer en France, mais elles exercent toutes sur l'Internet. La distinction entre une banque nationale exerçant dans le monde entier et une banque non nationale perd tout sens sur l'Internet.
Il y a de plus en plus de possibilité d'avoir des comptes en ligne sans que le client sache localiser le compte : Bitcoin, Paypal, Webmoney, etc.
La vrai banque en ligne est-elle fiscalement légale?
a écrit le 18/02/2016 à 8:47 :
Logique puisque les fermetures d'agences bancaires sont de plus en plus nombreuses, par chez moi alors qu'il y a encore 10 ans l'agence était ouverte tous les jours même le samedi, actuellement si on veut y aller c'est uniquement le matin du mardi au vendredi et le samedi sur rendez-vous.

Par ailleurs plus ça va et plus la conseillère bancaire est en fait un spot publicitaire pour tel ou tel produit financier, à qui vous êtes obligé de dire 5 fois que non vous n'êtes pas intéressé afin qu'elle arrête de vous harceler sans que cela ne l'empêche par ailleurs de mieux savoir que vous ce que vous allez faire de votre argent.

Bref la banque en ligne du coup semble justifiée, puisqu'on se dit qu'au moins on doit pas vous coller mais peut-être que je me trompe puisque tout ces gens qui gèrent notre argent on l'air tellement préoccupé par ce qu'on va en faire que peut-être qu'aussi on doit se taper des conseillers relouds, celle physique ne servant pas à grand chose.
Réponse de le 18/02/2016 à 12:05 :
La plupart des jeunes ne mettent jamais les pieds dans leur agence. Ils font toutes leurs opérations eux même sur internet ou depuis leur smartphone. La banque en ligne est déjà une réalité. Par contre l'avenir et l'utilité des agences bancaires va vite se poser..... tout comme l'utilité de payer pour un réseau physique d'agence....
Réponse de le 18/02/2016 à 13:49 :
Des conseillers il en faut mais des conseillers qui bossent pour le client pas pour la banque sinon c'est totalement inutile en effet.

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