La Nef, en passe de devenir une « vraie » banque éthique

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La Nef n'a jamais dérogé à sa vocation initiale, à savoir le financement d'entreprises sociales, notamment dans l'agriculture biologique.
La Nef n'a jamais dérogé à sa vocation initiale, à savoir le financement d'entreprises sociales, notamment dans l'agriculture biologique. (Crédits : Reuters)
L’élargissement de son agrément par le régulateur bancaire français permet désormais à la Nef de proposer des comptes à vue aux entreprises sociales. Ces dernières bénéficieront également de 33 millions d’euros de crédits supplémentaires, grâce à un accord signé le 17 mars entre la Nef et le Fonds européen d’investissement (FEI).

On a bien failli ne pas trouver l'endroit. Pas de siège social imposant ni d'hôtel chic pour cette conférence de presse de la Nef, qui s'est déroulée le jeudi 17 mars à deux pas de la place de Clichy, dans le 8e arrondissement de Paris. Pas de salle aux murs dorés ni de fauteuils moelleux, non plus, mais une petite pièce basse de plafond avec quelques chaises autour d'une table, à la bonne franquette. Si, contrairement à un usage largement répandu dans le secteur bancaire, la Nef n'est pas coutumière des signes extérieurs de richesse, c'est parce qu'elle n'est pas une banque comme les autres.

La Nef a été fondée en 1978, d'abord sous la forme d'une association, par un petit groupe d'hommes et de femmes, sur un modèle proche de celui des banques éthiques qui existaient déjà en Allemagne et aux Pays-Bas. Devenue une société financière après la loi bancaire de 1984, puis un établissement de crédit spécialisé en 2014, à la faveur de la directive européenne CRD4, la Nef, basée à Lyon, n'a jamais dérogé à sa vocation initiale. A savoir le financement d'entreprises sociales, que ce soit dans le commerce équitable, l'agriculture biologique, les énergies renouvelables, le logement ou encore l'insertion sociale.

33 millions d'euros de prêts garantis par le FEI

« Les entreprises à qui nous accordons des crédits n'ont pas pour objectif de maximiser le rendement financier, mais de servir la société, sans porter atteinte, ou le moins possible, à l'environnement, et dans le respect des droits humains », a expliqué Jean-Marc de Boni, président du directoire de la Nef. Des entreprises sociales qui représentent « un secteur extrêmement important, en termes de PIB (produit intérieur brut) et d'emplois », a souligné Ambroise Fayolle. Si le vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI) était présent à cette conférence de la Nef, c'était pour signer un accord entre cette dernière et le Fonds européen d'investissement (FEI), selon les termes duquel le FEI garantira 33 millions d'euros de prêts de la Nef à quelque 300 entreprises sociales en France.

Nombre d'entre elles éprouvent en effet des difficultés à se financer auprès des banques traditionnelles. Cet accord, qui s'inscrit dans le cadre du programme de l'Union européenne pour l'emploi et l'innovation sociale, permettra à ces entreprises de contracter des prêts à taux réduits, qui ne nécessiteront pas l'apport de sûretés, et dont le montant pourra aller jusqu'à 500.000 euros.

Un élargissement de l'offre destinée aux entreprises

Les crédits aux entreprises sociales, la Nef les octroie grâce aux dépôts de sa clientèle de particuliers. Ces derniers savent ainsi précisément à quoi sert leur épargne, d'autant plus que la Nef leur rend compte chaque année de la nature des projets financés. « Nous rendons aux gens le pouvoir de décider de ce que vont devenir leurs économies », résume Jean-Marc de Boni. Cette transparence des flux d'argent, c'est la définition d'une banque éthique, au sens où l'entend la Fédération européenne des banques éthiques et alternatives (FEBEA). A ceci près que la Nef n'est pas encore tout à fait une « vraie » banque, comprendre une banque de plein exercice. Ce qui a longtemps limité son accompagnement des entreprises sociales à la distribution de crédits d'investissement.

Mais l'élargissement de son agrément, obtenu l'an dernier auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR, le gendarme du secteur bancaire français), va désormais lui permettre de proposer également des comptes à vue (ou comptes courant) aux entreprises sociales. « Cela va nous permettre d'aller jusqu'au financement de trésorerie. Nous proposerons également aux entreprises des solutions de placement de trésorerie, puis des services liés au paiement des fournisseurs et des salaires, comme la dématérialisation », se félicite Frédéric Moukarim, directeur du développement de la Nef.

Un modèle économique qui souffre de la faiblesse des taux

Les particuliers aussi, qui représentent 95% de ses déposants, « attendent beaucoup de la Nef », affirme Jean-Marc de Boni. L'établissement, qui ne leur propose pour le moment que des livrets d'épargne, entend élargir son offre aux moyens de paiement d'ici à deux ans. La Nef planche ainsi sur un porte-monnaie électronique, qui permettrait de proposer aux particuliers des services de banque au quotidien, comme la carte bancaire. Autre projet, qui verra le jour dès cette année : l'élargissement de l'offre de financement participatif de la Nef à l'investissement en capital, ce qui, après le prêt et le don, lui permettra d'être présente sur les trois segments du crowdfunding. Pour Jean-Marc de Boni, il s'agit là d'une évolution logique, la Nef « cherchant depuis toujours à relier déposants et emprunteurs. »

Autant de diversifications nécessaires pour la Nef, son modèle économique, jusqu'alors basé uniquement sur l'intermédiation (transformation de dépôts à court terme en prêts à long terme), souffrant de l'aplatissement de la courbe des taux d'intérêt. Mais cette mutation a un prix : entre la transformation des processus informatiques, la formation des collaborateurs et de nouvelles embauches, il en coûtera 2,5 millions d'euros d'investissement à la Nef, sur deux ans. Ce qui a conduit l'établissement à accuser une perte de 1 million d'euros en 2015, laquelle devrait se reproduire cette année, selon Jean-Marc de Boni. Mais les fonds propres de la Nef se montant à 40 millions d'euros et son ratio de solvabilité s'élevant à 19%, le dirigeant ne se montre nullement inquiet. D'autant moins que les 40.000 sociétaires de la Nef, qui avaient souscrit l'an dernier à une augmentation de capital de 2,7 millions d'euros, devraient remettre au pot pour le même montant en 2016. Le retour à l'équilibre est prévu pour 2017.

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Des conseillers itinérants

Dans un souci de proximité avec ses clients et prospects, la Nef a choisi de se déployer en France en faisant appel à des conseillers bancaires itinérants. La Nef en revendique une douzaine actuellement, un nombre qui a vocation à croître. L'objectif étant d'en compter deux par grande zone géographique française dans les trois à cinq prochaines années.

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