Le Crédit agricole Pyrénées Gascogne va tester les compétences numériques de ses futures recrues

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Un exemple de question posée par le Tanu, l'outil de test d'évaluation des connaisssances numériques développé par le Crédit agricole Pyrénées Gascogne et Immersive Lab.
Un exemple de question posée par le "Tanu", l'outil de test d'évaluation des connaisssances numériques développé par le Crédit agricole Pyrénées Gascogne et Immersive Lab. (Crédits : Crédit agricole Pyrénées Gascogne)
La révolution numérique s’imposant comme l’une des priorités stratégiques du secteur bancaire pour les prochaines années, le Crédit agricole Pyrénées Gascogne s’apprête à expérimenter un test « d’agilité numérique » sur les candidats à un poste au sein de la banque.

« Je n'ai pas de smartphone, je n'utilise pas Internet, c'est une question de principe. Ma passion, c'est la chasse à courre. » Jean Philippe, directeur général du Crédit agricole Pyrénées Gascogne, n'est pas près d'oublier ce prétendant à un poste au sein de sa banque, qui avait franchi avec succès les différentes étapes du processus de recrutement, avant de se retrouver dans son bureau.

« Un candidat par ailleurs très bien au plan de la maîtrise des techniques bancaires », reconnaît le dirigeant, « mais tout de même... »

A l'heure où certains patrons de banques n'hésitent pas à affirmer que la révolution numérique - avec l'appétit grandissant des consommateurs pour la banque à distance et la concurrence croissante des géants du Web et des fintech - est « le » défi à relever par le secteur, au cours des prochaines années, le recrutement de candidats aussi résolument adverses au digital pose en effet question.

Sans aller jusqu'au cas extrême de ce passionné de chasse à courre hermétique au digital, la maîtrise des nouvelles technologies et, plus encore, la culture numérique deviennent un facteur-clé d'employabilité, dans la banque comme dans la plupart des autres secteurs d'activité. Or, selon une étude publiée en début d'année par l'institut de sondages TNS Sofres, 27% seulement des salariés, tous secteurs confondus, se disent à l'aise avec le digital.

« Les entreprises appréhendent souvent leur transformation digitale sous l'angle, essentiellement, des outils informatiques. En réalité, c'est plus que cela, il s'agit d'une transformation culturelle : les collaborateurs doivent comprendre comment le numérique va impacter leur métier », insiste Jean Philippe.

Des modules spécifiques sur la banque en ligne et les fintech

C'est pourquoi, dans une logique d'open innovation entre la banque et des entreprises locales, le Crédit agricole Pyrénées Gascogne et l'agence web Immersive Lab, basée à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées Atlantiques), viennent d'achever le développement d'un test dit « d'agilité numérique », baptisé « Tanu. »

Celui-ci sera expérimenté dès la semaine du 23 novembre par une dizaine de candidats à un poste au sein du Crédit agricole Pyrénées Gascogne. Concrètement, il leur faudra, via une plateforme Internet, répondre en 30 minutes à un QCM (questionnaire à choix multiples) de 90 questions, classées en cinq catégories, à savoir l'informatique, Internet, les réseaux sociaux, la technologie et l'économie numérique.

Un exemple ? « Sur le 1,4 milliard d'utilisateurs actifs que compte Facebook, combien le sont sur le mobile uniquement ? 234 millions ? 581 millions ? 712 millions ? » Autre question possible : « Quelle fut la première banque française à proposer un « chat » sur son site Internet ? »

A ces cinq catégories de questions généralistes, le Crédit agricole Pyrénées Gascogne pourra ajouter des modules spécifiques de son secteur d'activité, concernant par exemple les banques en ligne ou les fintech [startups spécialisées dans les technologies financières ; Ndlr]. « Lorsque nous recrutons des spécialistes du marketing, nous avons tout intérêt à leur faire passer ce genre de module », explique Jean Philippe.

Le Tanu ambitionne de devenir le "TOEIC des compétences numériques"

A noter que ces modules additionnels ne seront pas pris en compte dans la note (sur 100) du candidat, le Tanu étant un outil d'évaluation à caractère universel, à l'image du célèbre TOEIC (Test of English for International Communication). Une comparaison que ne renie pas David Castéra, fondateur d'Immersive Lab, qui ambitionne précisément que le Tanu devienne « le TOEIC du numérique. »

Après le Crédit agricole Pyrénées Gascogne, le Tanu a donc vocation à être commercialisé auprès d'autres entreprises et d'organismes de formation. Il leur en coûtera entre 10 euros et 5 euros par crédit (un crédit correspondant à un test), le tarif étant dégressif suivant le volume de tests achetés.

Mais quid des candidats qui obtiendraient une mauvaise note au Tanu ? Cette évaluation sera-t-elle discriminatoire à leur embauche ? « Non, cela doit leur permettre de situer leur niveau de connaissances numériques par rapport aux autres », rassure Jean Philippe. A la banque, ensuite, d'aider ses nouvelles recrues à refaire leur handicap en leur proposant des formations.

Le Tanu doit d'ailleurs permettre au Crédit agricole Pyrénées Gascogne d'identifier plus facilement les personnes férues de nouvelles technologies, et donc susceptibles d'assister leurs collègues, dans le cadre, notamment, du « reverse mentoring », où les plus jeunes forment leurs aînés aux subtilités des réseaux sociaux, par exemple. L'objectif ultime, selon Jean Philippe, étant « de hisser les collaborateurs de la banque au niveau des clients les plus à l'aise avec le Web, car ce sont ceux-là qui risquent d'ouvrir des comptes dans des banques en ligne. »

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a écrit le 21/11/2015 à 12:24 :
Voilà comment s'enfermer dans une bulle idéologique (le tout numérique) et se couper de ses clients ordinaires qui ne savent (veulent) pas ou peu l'utiliser.
Réponse de le 24/11/2015 à 15:09 :
L'un n’empêche pas l'autre. A vous lire, je comprends qu'il ne faut surtout pas faire évoluer la relation client et que c'est aux plus aguerris de s'adapter aux plus novices (voire aux réfractaires). Je pense au contraire qu'il est important qu'un conseiller soit en mesure d'adapter sa relation en fonction de la personne qu'il a en face. Digitaliser cette dernière ne veut pas dire laisser les autres sur la carreau, c'est simplement ouvrir le champs des possibles. Que vous le vouliez ou non, les jeunes générations se digitalisent, donc vous pouvez, au choix, rester dans votre bulle (pour reprendre votre terme) et prôner le "C'était mieux avant..." ou au contraire faire l'effort de vous ouvrir à l'évolution inéluctable qui est en marche et qui avancera avec ou sans vous. Je respecte ce que vous appelez vulgairement "les clients ordinaires", alors respectez ceux qui ne rentrent pas (ou plus) dans ce moule.

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