Les acteurs non bancaires se font une place au soleil des services financiers

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La décision de l'opérateur de télécommunications de se développer dans la banque mobile prouve l'engouement des acteurs non bancaires pour ce secteur.
La décision de l'opérateur de télécommunications de se développer dans la banque mobile prouve l'engouement des acteurs non bancaires pour ce secteur. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
L’opérateur de télécommunications Orange a annoncé le 4 janvier être entré en négociations exclusives avec Groupama Banque, en vue de lancer son offre de banque mobile début 2017. Un secteur également convoité par les géants du Web.

Il est évidemment trop tôt pour savoir si Orange, qui a annoncé le 4 janvier être entré en négociations exclusives avec Groupama pour racheter 65% de la filiale bancaire de l'assureur, s'imposera dans les services financiers. Mais la seule décision de l'opérateur de télécommunications de se développer dans la banque mobile tend à prouver qu'il existe bel et bien une place pour les acteurs non bancaires dans ce secteur. Difficile, en effet, d'imaginer qu'Orange, une entreprise d'autant plus prudente que l'Etat figure parmi ses actionnaires, se soit lancée la fleur au fusil dans la banque en ligne, sans s'être au préalable entourée d'une armada de conseillers. Non, si le groupe dirigé par Stéphane Richard a décidé de partir à la conquête des services financiers, c'est parce qu'il s'estime légitime sur ce terrain.

De fait, selon un sondage réalisé en septembre par le cabinet de conseil en stratégie Simon-Kucher & Partners, et publié le 11 décembre, 19% des Français interrogés se disaient prêts à devenir clients d'Orange au cas où l'opérateur télécoms proposerait des services bancaires. Une proportion qui plaçait Orange devant ses concurrents Free (18%) et SFR (14%), mais également devant les Gafa (Google (18%), Amazon (16%), Facebook (16%) et Apple (15%)), dont les velléités de développement dans le secteur bancaire relèvent du secret de polichinelle. « Facebook semble s'orienter, du moins sur le marché américain, vers des prestations financières, à commencer par la possibilité d'envoyer des sommes d'argent à ses contacts », rappelle Simon-Kucher. De leur côté, Apple et Google ont investi le créneau des paiements et pourraient bien ne pas en rester là, à l'image d'Amazon, qui, non content de proposer du paiement en ligne, a élargi l'été dernier sa diversification au crédit aux PME en Europe.

Les géants chinois du web dans la course

« Les usages quotidiens de multiples services en ligne entraînent un certain mélange des genres », explique Simon-Kucher. En effet, quoi de plus pratique, à l'avenir, que de passer par une plateforme unique, qui proposerait toute la panoplie des services en ligne, de l'achat de biens de consommation courante à la souscription de produits bancaires, en passant par la lecture de médias ? C'est bien pour offrir toujours plus de services à leurs clients que les géants chinois du Web ont multiplié les incursions dans les services financiers, l'an dernier. La banque en ligne WeBank, détenue à 30% par Tencent, opérateur de la très populaire messagerie WeChat, a ouvert début 2015 et totalisait déjà 3 milliards de yuans (427 millions d'euros) prêtés à la fin septembre. Une somme identique à celle revendiquée par My Bank, lancée en juin par Alibaba, le numéro un chinois du commerce électronique. Il y a moins de deux mois, c'était au tour de Baidu, le « Google chinois » de prendre pied dans la banque en ligne, en partenariat avec le groupe financier Citic Bank.

Les partenariats avec des acteurs traditionnels de la finance semblent d'ailleurs être un éléments-clé pour permettre aux nouveaux entrants de se développer dans les services bancaires. Les chiffres sont en effet éloquents : alors que 16% seulement des Français interrogés par Simon-Kucher envisagent d'utiliser Facebook pour certaines opérations bancaires comme le transfert d'argent à des amis, la proportion des personnes intéressées grimpe à 30% si elles ont la certitude que le réseau social opérera en partenariat avec une banque. « La question de fond reste la légitimité des acteurs majeurs du « online » à proposer des prestations bancaires en toute autonomie », souligne Simon-Kucher.

Banque complémentaire ou concurrente ?

Il faut dire que, malgré le capital-sympathie dont bénéficient les géants du Web auprès des consommateurs, les banques continuent de se poser là, en tant que tiers de confiance. D'après la 29ème édition de l'Observatoire de l'image des banques, publiée le 8 juillet par la Fédération bancaire française et l'institut de sondages BVA, 87% des Français ont moins confiance dans les Gafa que dans les banques, en matière de sécurisation de leurs données et de leurs transactions bancaires. Un chiffre qui ressort à 76% dans le cas des opérateurs de téléphonie. Orange ne s'y est pas trompé, qui a choisi de prendre purement et simplement le contrôle de Groupama Banque afin de lancer « Orange Banque » en France, début 2017.

Celle-ci proposera toute la gamme des services bancaires, de la banque au quotidien aux placements, via l'assurance et le crédit à la consommation. Pour autant, que les établissements bancaires traditionnels se rassurent, Orange Banque aura davantage vocation à être une banque complémentaire que la banque principale de ses clients. Se substituer à la banque habituelle de leurs clients, c'est pourtant le but poursuivi par la plupart des « pure players » de la banque en ligne, afin de rentabiliser la relation bancaire. Car si tous sont des filiales de groupes bancaires, ils opèrent sous des marques différentes de celles de leur maison-mère, ce qui génère d'importants coûts d'acquisition de clients. Mais justement, le « business model » d'Orange Banque est différent, cette dernière pouvant capitaliser sur la notoriété de l'opérateur de télécoms.

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Commentaires
a écrit le 07/01/2016 à 10:11 :
L'ETAT étant actionnaire majoritaire et celui-ci ayant besoin d'argent c'est normal qu'il fasse cela !

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