BNP Paribas accélère dans sa stratégie numérique

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Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas, au Hello Tomorrow Summit, un concours d'innovations que la banque parraine.
Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas, au Hello Tomorrow Summit, un concours d'innovations que la banque parraine. (Crédits : DR)
La banque compte investir "vaillamment" dans le digital dans les trois ans à venir, selon une source proche de la direction. Elle n'envisage pas de nommer un responsable du numérique au ComEx et veut accélérer sur la digitalisation du parcours client.

Selon nos informations, le groupe BNP Paribas va centrer sa stratégie sur le numérique. Une source proche de la première banque de la zone euro nous confie :

« Nous avons fait nos premières gammes, nous sommes plus à l'aise dans le "digital". Le temps est venu maintenant d'investir vaillamment et de transformer la banque. Ce sera l'objet principal du prochain plan qui sera présenté en début d'année prochaine : le projet du BNP du futur sera autour du digital ».

C'était déjà l'un des axes stratégiques du plan 2014-2016 de sa rivale la Société Générale (« Banque de détail en France : à l'avant-garde de la transformation numérique »), qui s'est traduit notamment par un programme interne "Digital for all" lancé dès fin 2014. Le directeur général de la SocGen, Frédéric Oudéa, avait insisté à l'été 2015 : « L'innovation numérique est au centre de nos priorités. Le défi numéro un, pour les groupes bancaires, réside dans l'intégration des technologies numériques au sein de nos business models ». Dans son plan 2014-2016, BNP Paribas évoquait « des innovations digitales » comme l'un des leviers pour « préparer la banque de demain», sans l'ériger en priorité.

Investir "vaillamment" dans le digital

BNP Paribas ne partira pas de zéro, bien sûr. Le groupe a lancé l'an dernier, avec son entité de veille technologique l'Atelier, un accélérateur de startups Fintech et Assurtech qui va entrer dans sa deuxième saison, ainsi qu'un accélérateur d'intrapreneurs, People's Lab, hébergés dans des lieux dédiés, "We are innovation". Il est partenaire du Numa, le premier accélérateur de France, et du Partech Shaker. Son programme Innov&Connect de mise en relation de startups avec des ETI, désormais déployé à l'étranger avec une appli OpenUp, lui a permis de tisser des liens avec l'écosystème des jeunes pousses et des innovateurs. BNP Paribas a aussi été discrètement pionnier dans la technologie Blockchain, qu'il teste pour l'émission des futurs mini-bons des PME non cotés; il a aussi investi dans la startup américaine Digital Asset, aux côtés d'autres grands noms de la finance.

La banque considère même que :

« Le  groupe est très bien positionné dans l'univers des Fintech et des startups  ».

Il reste cependant plutôt timide et en retard par rapport à d'autres banques, en particulier Crédit Mutuel Arkéa, qui a pris des participations dans nombre de pépites françaises (Leetchi, Yomoni, Younited Credit). Compte-t-il mettre désormais les bouchées doubles ? Faut-il comprendre le désir d'« investir vaillamment » comme l'intention de dépenser et faire des acquisitions de façon énergique ou "avec courage face au danger" comme le suggère le Larousse ? Dans une attitude offensive ou défensive face à l'assaut des startups de la Fintech et des Google, Apple, Facebook, Amazon (Gafa) ? Peut-être un peu des deux.

Le néerlandais ING vient par exemple d'annoncer un plan de transformation à l'impact social sanglant tout en prévoyant d'investir 800 millions d'euros dans la mise à niveau de sa plateforme pour devenir "le Spotify de la banque". Un slogan qui ne ressemble guère au vocabulaire de la "banque d'un monde qui change", qui se félicite d'avoir su faire « respirer son réseau » sans drame (plus de 250 agences fermées en France en trois ans).

Pas de détails à ce stade, mais il y aura bien une enveloppe d'investissement numérique : le groupe avait indiqué investir déjà "plus d'un milliard d'euros dans le digital chaque année", sans préciser (sans doute une grosse partie de son budget informatique). Quant aux axes prioritaires, la source proche de la direction donne quelques orientations :

« Le digital c'est le parcours client, qui doit être plus simple. Le CIB [la banque de financement et d'investissement, ndlr] sera aussi touché par la grâce du digital ».

Dans quatre ou cinq ans, la banque imagine vendre aux clients des salles de marché une sorte de console, un peu à la Bloomberg, sur laquelle l'investisseur n'aurait plus qu'à cliquer et choisir en fonction des recommandations de la machine. La banque apporterait toujours "la matière première", l'information (et accessoirement les capitaux et l'ingénierie financière). Les métiers de la banque de marchés en seront radicalement transformés. Il faudra aussi aller plus loin dans l'utilisation des données. D'ores et déjà la banque estime que :

"La banque d'affaires, le M&A (fusions et acquisitions), est déjà très avancée en data"

Accélérer dans la banque de détail

Quant au parcours client dans la banque de détail (environ 7 millions de clients particuliers en France), des initiatives ont déjà été lancées. Les « premières gammes dans le digital » ce sont notamment le lancement de Hello Bank en 2013, une banque mobile, qui n'en est pas tout à fait une : ce n'est pas une banque de plein droit mais une extension des services en ligne existants de la BNP, derrière une interface plus moderne.

En France, Hello Bank par BNP Paribas n'a que "quelques centaines de milliers de clients" reconnaît le groupe (240.000 annoncés en février, sur un total de 2,4 millions, en grande partie en Allemagne), loin des 900.000 de Boursorama (Société Générale) et du million d'ING Direct. Ceci dit, BNP est en avance sur son objectif de 1,4 million de clients à Hello Bank dans quatre pays en 2017 fixé dans le précédent plan, mais pas grâce à la France, grâce aux acquisitions en Allemagne.

Dans son ensemble, le groupe revendique désormais que:

« 2,9 millions de clients uniques utilisent les interfaces digitales BNP Paribas chaque mois ».

Le groupe vient tout juste de lancer début octobre un programme pédagogique, "Tous connectés", à destination des clients les moins expérimentés sur Internet pour leur faire découvrir les interfaces spécifiques et les accompagner dans leurs premiers pas sur le Web ou le mobile. Mais "tous les clients ne sont pas prêts à converser en visio avec leur conseiller" observe un dirigeant. De même, en banque privée, une relation 100% numérique ne semble pas envisageable.

La banque a aussi lancé toute une série d'applications, pour simuler un prêt immobilier par exemple, ou pour acheter en magasins et dématérialiser les cartes de fidélité (Wa! qui va fusionner avec le porte-monnaie électronique Fivory du Crédit Mutuel-CIC).

BNP digital parcours client

 [Exemples d'initiatives de réinvention du parcours client. Crédit : BNP Paribas]

Pas de Chief Digital Officer

L'informatique devra aussi évoluer vers « une informatique jetable, les choses vont tellement vite ».

Le directeur général du groupe, Jean-Laurent Bonnafé n'hésite pas à présenter désormais sa banque comme « une entreprise de technologie », ce qu'il a fait récemment au Hello Tomorrow Summit à Paris, un concours d'innovations technologiques, dont BNP est sponsor.

« On n'a pas le choix, nous devons nous rapprocher de la technologie » a-t-il déclaré en marge de cette conférence, dans une interview à Bloomberg.

En revanche, il n'y aura pas chez BNP de "Chief Digital Officer" (directeur du numérique), une fonction qui s'est généralisée au sein du comité exécutif des groupes du CAC40 : un titre que l'on considère trop prétentieux rue d'Antin. Si ce n'est au ComEx, qui manque cruellement de diversité, il devrait y avoir de nouvelles têtes dans l'état-major, pour répondre aux impératifs de transformation numérique, dans le prolongement des nominations de ces derniers mois. Une source proche de la banque le dit sans détours :

« Il faut faire monter des gens plus neufs, plus jeunes, plus vaillants ».

Pour autant, la banque ne semble pas craindre qu'un nouvel entrant balaie la vénérable maison de la rue d'Antin. Au Hello Tomorrow Summit, le patron du groupe BNP Paribas avait lancé :

« Nous avons 200 ans et nous serons encore là dans 200 ans ».

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Commentaires
a écrit le 07/11/2016 à 19:39 :
Du baratin !!! L Oréal à plus d avance que la Bnp et protège la voix et La data sur ses smart phones avec square de vivaction
Cette banque a beaucoup de retard !
Il n intégré pas la sécurité 🚨 un jour le client paiera comme les 9 millards d amende aux Us
a écrit le 07/11/2016 à 16:24 :
Quelles sont les banques qui ont les frais de tenue de compte les plus bas ? Différents sites donnent des infos différentes...qui peut donner des chiffres actuels ?
a écrit le 07/11/2016 à 14:13 :
Je viens d'ouvrir un compte sur une banque en ligne, les tarifs sont beaucoup plus intéressants.... en plus ils joignables du lundi au samedi (16 pour le samedi en semaine de 8H à 20 H, la banque je quitte est ouverte du mardi au vendredi du 9H à 18H30 le samedi uniquement le matin et concernant les frais, il n'y'a pas photos ... j'ai reçu la brochure concernant les frais pour 2017 en forte hausse, alors bye bye !
Réponse de le 09/11/2016 à 22:19 :
boursorama = société générale ; hello bank = bnp parias et tant d'autre...
Ne vous inquiétez pas pour eux, si vous partez sur une banque en ligne c'est avant tout pour vous et non pour les banques car elles détiennent le monopole des banques en ligne.
Bon courage pour les clotures en ligne ;)
Réponse de le 30/11/2016 à 11:21 :
Ne vous êtes vous pas interrogé pourquoi les frais de gestion ne sont pris que par les agences bancaires, les banques en ligne vous en font cadeau. Tout simplement parce que chaque banque détient sa banque en ligne, et en recherchant à faire des économies vous leur permettez de supprimer les agences bancaires et ainsi de se débarrasser d'un personnel qui leur coûte cher. Des études sont réalisées pour remplacer les conseillers par des intelligences artificielles l'homme n'interviendra plus. Cela permettra de diminuer la masse salariale et d'augmenter les profits des actionnaires tout en augmentant le chomage en France, mai ne vous inquiétez pas aucun secteur d'activité n'est à l'abri, de plus grâce à nos politiciens qui défont le code du travail, les capitalistes vous proposeront du travail sous payè que vous serez tous bien heureux d'accepter.... une solution la révolution.
a écrit le 07/11/2016 à 13:37 :
Après le désastre de la refonte du site internet, il faut en effet jouer modeste...
Réponse de le 07/11/2016 à 14:38 :
@Numéro+ : c'est le moins qu'on puisse dire !
Au fait, toutes ces transformations à la c... ayant un coût certain, c'est encore le client qui va payer avec les frais de tenus de compte, je suppose :-( !!
a écrit le 07/11/2016 à 11:45 :
Le numérique n'est qu'un moyen de communication, mais pas un progrès, surtout quand on ne veut pas être traité de rétrograde et pouvoir avoir des problèmes informatiques comme les autres!!
Réponse de le 10/11/2016 à 8:16 :
Surtout pas sous windows ... c'est une passoire !
a écrit le 07/11/2016 à 10:49 :
Alors ça c'est vachement original...

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