Bpifrance : investisseurs US, welcome !

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Bpifrance est le plus gros fonds de capital-risque français, avec 2 milliards d'euros sous gestion fait valoir Nicolas Dufourcq, le patron de la banque publique d'investissement, qui veut faire grossir l'ensemble du venture capital de l'Hexagone.
"Bpifrance est le plus gros fonds de capital-risque français, avec 2 milliards d'euros sous gestion" fait valoir Nicolas Dufourcq, le patron de la banque publique d'investissement, qui veut faire grossir l'ensemble du venture capital de l'Hexagone. (Crédits : Reuters)
Nicolas Dufourcq, le patron de la banque publique d’investissement, veut convaincre les investisseurs américains de soutenir les VC français afin de faire émerger des fonds de taille mondiale. Un enjeu de financement de l’écosystème des startups et de souveraineté.

« La nouvelle révolution française » : c'est ainsi que décrit Nicolas Dufourcq, le directeur général de Bpifrance, l'essor d'une nouvelle génération de talents, d'une culture pro-entrepreneurs et d'un secteur du capital-risque passant la vitesse supérieure. La Banque publique d'investissement, qui fêtera en fin d'année ses cinq ans, a joué un rôle essentiel de catalyseur de l'écosystème de startups français ces dernières années et son bouillant patron, inlassable VRP de la French Tech, ne manque pas de le faire savoir. Il y a deux semaines, il a lui-même « pitché » devant le gratin du venture capital, le conseil d'administration de l'Association des sociétés de capital-risque américaines (NVCA), à Washington, en présentant la BPI comme « la version française de la Silicon Valley Bank. »

A la nuance près que la SVB est une banque commerciale, cotée en Bourse, tandis que la BPI est à la fois un fonds souverain, une banque de cofinancement et un investisseur en capital-risque, détenue à 50/50 par l'Etat français et la Caisse des dépôts.

Bpifrance financement VC

[Bpifrance, la Silicon Valley Bank à la française. Crédit : Bpifrance]

A coups de citations laudatives de Mark Zuckerberg ou du fondateur de l'accélérateur Y Combinator, de photos de Station F et de l'école de code de Xavier Niel 42, de graphiques illustrant l'explosion des montants investis, Nicolas Dufourcq a montré la France sous son jour le plus « bankable. » Sans cacher un mal français persistant, mais curable : la difficulté de financer de gros tours de table pour aider les entreprises à devenir des champions mondiaux.

La taille moyenne des fonds de capital-risque français a, certes, doublé de 80 millions à 160 millions d'euros entre 2012 et 2016, mais elle reste insuffisante au regard des plus grosses levées de fonds telles que les 250 millions du géant roubaisien du cloud OVH ou des 150 millions du roi de l'Internet des objets Sigfox.

BPI fonds VC fr vs levées French Tech

[Le défi d'aujourd'hui : l'étape de la croissance. Crédit : Bpifrance]

"Le plus gros fonds de capital-risque français"

Pourtant, les derniers chiffres révèlent des levées de fonds record des sociétés de capital-risque françaises, dépassant même celles de leurs homologues britanniques pour la première fois. Pour autant, Nicolas Dufourcq a fait valoir ce lundi, en présentant à la presse l'activité du premier semestre, que « BPI est le plus gros fonds de capital-risque français ». Devant notamment Sofinnova Partners (1,6 milliard d'euros sous gestion) et Partech Ventures (1,2 milliard d'euros) :

« Bpifrance est la plus grosse société de gestion française, avec 2 milliards d'euros sous gestion. Nous gérons nos fonds propres (700 millions d'euros), des fonds que l'Etat ou la Caisse des Dépôts nous ont confiés, ainsi que des fonds d'entreprises privées, comme Sanofi et Roche dans le fonds InnoBio », a-t-il relevé.

En juin dernier, la capacité d'investissement de son fonds Large Venture (sociétés en hypercroissance ayant d'importants besoins de capitaux) a été portée de 600 millions à un milliard d'euros « pour augmenter les tickets du fonds et favoriser les levées importantes ». Les investissements en direct de Bpi ont grimpé de 42% à 115 millions d'euros au premier semestre (fonds Ville de demain, French Tech Accélération et Large Venture notamment). Cependant, l'activité de financement de l'innovation dans son ensemble a reculé de 5% à 600 millions d'euros, essentiellement du côté des aides, reflétant la baisse des dotations de l'Etat.

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[Activité de Bpifrance dans le financement de l'innovation au premier semestre 2017. Crédit : BPI]

Convaincre les fonds de pension américains

Si les fonds levés par les VC français sont désormais plus proches des besoins de l'écosystème, la BPI ne pourra seule relever le défi du financement de l'hypercroissance des jeunes entreprises françaises. Son rôle moteur sur le marché du capital-risque passe aussi par ses investissements indirects : ainsi, au premier semestre, « l'activité de fonds de fonds a connu une intensité historique qui contribue à la montée en puissance des fonds d'investissement français », la banque publique ayant souscrit dans 29 fonds pour 487 millions d'euros (+95%).

« Pour la première fois, nous allons mettre cette année 1,1 milliard d'euros dans des fonds français, dont la moitié dans du capital-risque », a indiqué Nicolas Dufourcq. « Nous aimerions que certaines sociétés de gestion fusionnent et créent des fonds de growth [capital-croissance, tickets en dizaines de millions d'euros, ndlr] de taille mondiale  pour avoir un effet de marque», a-t-il plaidé.

Une évolution nécessaire face à l'émergence de méga-fonds mondiaux, à l'image de celui de SoftBank (près de 100 milliards de dollars). Muscler le capital-risque français supposera de faire entrer de nouveaux investisseurs :

« Aujourd'hui, le capital-risque français est financé à 80% par les investisseurs français [grands institutionnels, gestionnaires d'actifs comme Amundi, assureurs, etc], à 10% par la Banque européenne d'investissement (BEI) et à 10% par des family offices [gérants de grandes fortunes, ndlr] européens. C'est une anomalie : le capital-risque israélien est financé à 80% par des investisseurs américains, en Inde c'est la même chose », a analysé Nicolas Dufourcq.

« La cause est un problème de réputation : il faut convaincre les fonds de pension américains, les fondations de grandes universités américaines et les fonds de fonds d'investir dans le capital-risque français. »

Le patron de Bpifrance a cité en exemple Israël où se créent d'importants fonds Growth, « sinon ce sont de gros fonds américains, comme Accel, qui raflent toute la valeur. Nous préférons que les Américains investissent dans Serena Capital plutôt qu'ils rachètent Blablacar en France », a-t-il résumé.

Ce qui peut attirer les investisseurs américains, au-delà d'une meilleure image de la France qui nécessite un travail de fond, c'est le retour sur investissement, en particulier la perspective d'une sortie juteuse en plus-value. Le directeur général de BPI était venu avec quelques munitions lors de sa présentation aux VC américains :

« Le slide qui tue pour les Américains est celui des 10 exits de plus de 100 millions d'euros [ou presque, ndlr], des sorties à forts multiples (de valorisation). Les Américains m'ont dit : on revient en France ! »

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[Les plus importantes sorties, par rachat ou introduction en Bourse, d'entreprises de la French Tech au cours des douze derniers mois, en millions de dollars. Crédit : BPI]

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