Carl Icahn, l’investisseur activiste qui terrorise les grandes entreprises

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En 2013, après sa tentative échouée de racheter Dell, Carl Icahn avait qualifié le patron de la société, Michael Dell, de dictateur.
En 2013, après sa tentative échouée de racheter Dell, Carl Icahn avait qualifié le patron de la société, Michael Dell, de "dictateur". (Crédits : © Brendan McDermid / Reuters)
L’assureur américain AIG va se séparer de son activité d’assurance hypothécaire, apprenait-on mardi 26 janvier, en renflouant au passage ses actionnaires. Tout cela sous la pression de Carl Icahn, un célèbre investisseur activiste qui milite avec acharnement, et des méthodes assez spéciales, pour améliorer la rentabilité financière des grandes entreprises.

Carl Icahn a encore frappé. Le célèbre investisseur activiste a obtenu, mardi 26 janvier, de l'assureur américain AIG la cession de son activité d'assurance hypothécaire, UGC, dont 20 % du capital va être introduit en Bourse. Cette cession est due à la pression du milliardaire américain, qui avait déjà poussé en décembre dernier au remaniement de la direction du groupe. AIG va, en outre, gratifier ses actionnaires de 25 milliards de dollars de dividendes et de rachats d'actions dans les deux prochaines années, tout en prévoyant d'économiser en parallèle 1,6 milliard de dollars via une réduction des coûts et effectifs de l'entreprise. Encore un signe de l'influence croissante sur la stratégie des grandes entreprises des investisseurs activistes, ces militants de la rentabilité financière qui mènent de vastes campagnes pour peser sur les décisions des grands groupes, souvent sans même s'encombrer d'une participation significative à leur capital. Dans leurs rangs, un homme s'est particulièrement distingué : Carl Icahn. Retour sur 5 entreprises qui ne sont pas prêtes d'oublier son passage.

Dell : mauvais perdant après une tentative avortée de rachat

En septembre 2013, Carl Icahn avait provoqué un vent de soulagement en déposant les armes dans sa tentative de rachat de Dell. Ce qui ne l'avait, bien sûr, pas empêché de faire grand bruit sur son passage. Le milliardaire américain, qui détenait 8,9 % du groupe, avait annoncé qu'il renonçait à racheter le constructeur de PC américain, qu'il souhaitait maintenir en Bourse. Ce qui n'était pas le cas de Michael Dell, le fondateur du groupe et détenteur de 13,9 % du capital, qui avait ainsi eu la voie libre pour son offre commune avec le fonds d'investissement Silver Lake de 13,75 dollars l'action, et 13 % de dividende spécial par action. Cette victoire pour Michael Dell avait fait grincer les dents de Carl Icahn qui, décidé à ne pas quitter la scène en toute discrétion, avait dénoncé dans une lettre aux actionnaires les méthodes de « dictateur » du PDG. Pour lui, c'était bien sa proposition qui avait été retenue, mais la direction de Dell l'aurait ignorée. « Même dans une dictature, lorsque le parti en place perd l'élection et ignore ensuite les résultats, il s'efforce de fournir une raison plausible pour justifier ses actions », écrivait-il, estimant que Michael Dell avait agi d'une manière « digne de Vladimir Poutine ». S'indignant des conditions dans lesquelles avait été votée la proposition de Michael Dell et Silver Lake, il poursuivait dans sa lettre : « Quelle est la différence entre Dell et une dictature ? La plupart des dictatures en place n'ont pas besoin de reporter le vote une fois pour gagner ». Mauvais perdant ?

Apple : des tweets qui font grimper les actions

Carl Icahn a tous les talents, même celui de contrôler le cours des actions à coups de tweets. En octobre 2013, sortant d'un dîner avec Tim Cook, le patron d'Apple au capital duquel il s'était invité en août à hauteur de 0,5 %, il avait écrit sur son compte Twitter officiel : « J'ai poussé énergiquement à un rachat d'actions de 150 milliards de dollars. Nous avons décidé de poursuivre le dialogue dans trois semaines environ ». Sans même attendre que la direction d'Apple confirme le vaste programme de rachat d'actions hypothétique, l'action Apple à Wall Street avait bondi de 5 %, clôturant la séance avec une hausse de 2,35 %. Les pouvoirs magiques du milliardaire américain avaient refait surface en mai 2015. Après la publication d'une lettre ouverte à Tim Cook dans laquelle il estimait le géant de l'électronique « spectaculairement sous-évalué » et demandait d'augmenter la capitalisation du groupe de 750 milliards à plus de 1.000 milliards de dollars, l'action Apple à New York avait monté de près d'1,2 %. L'activiste de la finance a décidément plus d'un tour dans son sac.

eBay : 2 % suffisent à se rendre incontournable

En novembre dernier, Carl Icahn avait une fois de plus montré que, même lorsqu'il n'obtient pas ce qu'il veut, les groupes qu'il a dans sa ligne de mire lui font des concessions. eBay se refusait en effet à accepter la vente de sa filiale de paiement en ligne PayPal, que Carl Icahn appelait de ses vœux. Si la maison-mère s'est tenue à sa position jusqu'au bout, aboutissant au retrait de la proposition de Carl Icahn, il n'a pas pu se dispenser de faire quelques concessions à l'investisseur activiste, en recrutant David Dorman, l'ancien PDG de la compagnie de télécoms AT&T et ex-président de Motorala, au sein de son conseil d'administration, conformément aux desiderata de Carl Icahn. Content de son coup, celui-ci avait aussitôt dégainé un tweet : « Extrêmement satisfait de l'accord avec eBay. Je crois que c'est gagnant-gagnant pour TOUS les actionnaires ». En insistant bien sur le « TOUS ». Surtout ceux qui ne détiennent que 2 % du capital du groupe.

Netflix : le pactole pour un fin calculateur

En juin dernier, Carl Icahn a touché le pactole après la revente de sa dernière part dans le service américain de vidéo en ligne Netflix. La plus-value qu'il a empochée pour la revente de toutes ses parts, en l'espace de trois ans, avoisine les 2 milliards de dollars. « J'ai vendu ma dernière participation dans Netflix aujourd'hui. Je crois qu'Apple représente actuellement la même opportunité que nous avions constatée chez Netflix il y a quelques années », a aussitôt tweeté l'homme d'affaires, en toute simplicité. Il avait acquis environ près de 10 % de Netflix, soit 5,5 millions d'actions fin 2012. Une opération qui l'avait fait débourser près de 321 millions de dollars. À l'époque, Netflix essuyait pourtant un certain dédain de la part des investisseurs, qui émettaient des doutes quant aux perspectives de croissance du groupe américain. Depuis, fort du succès de ses services de films et séries télévisées en streaming, le nombre d'abonnés à la plateforme a décollé en flèche, dépassant désormais les 60 millions dans le monde. Un fin calcul, pour le moins rémunérateur, de l'investisseur activiste.

Time Warner : panique face à des rumeurs de rachat

Pas plus tard qu'à la mi-janvier, le « raider » américain avait provoqué, à son insu, un vent de panique. Informés par des spéculateurs de Wall Street, le quotidien américain New York Post avait évoqué la rumeur d'un rachat du groupe de médias Time Warner par Carl Icahn. Le milliardaire avait, certes, un passé avec le géant des médias, comptant parmi ses filiales des entreprises aussi prestigieuses que la chaîne CNN, le Time Magazine ou encore le fameux studio Warner Bros. En effet, en 2006, il avait pris la tête d'une campagne en faveur de la scission de Time Warner, un amincissement qui aurait permis selon lui d'améliorer sa rentabilité financière, mais la campagne n'avait pas abouti. En ce début d'année 2016, Carl Icahn a coupé court à la rumeur de rachat lors d'une conversation téléphonique avec l'agence Reuters : « Je n'ai pas de participation dans Times Warner. Aucune option, aucun contrat à terme, aucune action ». L'influence de l'investisseur activiste dans le monde des grandes entreprises dépasse apparemment sa propre volonté.

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Commentaires
a écrit le 28/01/2016 à 12:04 :
Au milieu de ce tas de décideurs incultes le moindre esprit un peu moins faisandé fait office de génie. Pauvre World Company qui n'a plus que des médiocres en son sein.

Si encore ils ne dirigeaient pas le monde cela ne serait pas un problème.
a écrit le 27/01/2016 à 19:53 :
Parlez-nous plutot d'Icahn Enterprises...
a écrit le 27/01/2016 à 17:19 :
Un peu "bourrin" cet article de La Tribune. Les lecteurs ont dépassé ce stade, qu'on se le dise dans les rédactions. Les investisseurs "activistes" sont en effet le plus souvent payés par l'une des parties pour obtenir un résultat et, majoritairement par l'entreprise elle-même. Il s'agit de faire un choc. Des actions leurs sont "prêtées" pour qu'ils puissent être payés sur la valorisation récoltée, tandis qu'un minimum de fees (honoraires) leurs sont garantis. Ainsi les actionnaires sont baladés en fonction de différentes stratégies qui s'affrontent comme dans une pièce de théâtre. S'agissant de Dell, visiblement des fonds puissants avaient décidé de monter avec l'accord du dirigeant, un véhicule financier capable de reprendre toutes les entreprises en difficulté du secteur. Il leur fallait un méchant pour mieux valoriser leur option de faire sortir les actionnaires ordinaires. Pour AIG, l'entreprise est en faillite comme je l'ai exposé sur ce fil, ainsi d'ailleurs que de très nombreuses sociétés d'assurance américaines. Laisserait-on Berkshire la reprendre en un seul morceau ? De toute évidence Warren Buffett n'a pas voulu s'encombrer des parties à risque, à son niveau de très forte valorisation les questions gênantes commencent en effet à se poser, il ne reprendra probablement que le solde. C'est que les acteurs potentiels pour une reprise - en bonne santé s'entend- se font rares : Allstate un groupe de 35 milliards est aussi en faillite alors que les preneurs sains comme Liberty ou Travellers sont relativement petits avec 39 et 23 milliards de chiffre respectivement et que toute la traîne basse des assureurs de même catégorie sont eux aussi en faillite plus ou moins avancée. Du travail en perspective. Chez les grands généralistes Metlife se coupe en 2, dont une partie fusionnera certainement avec Prudential au chiffre de plus de 50 milliards, l'autre se chargeant du build-up d'un nombre impressionnant d'assureurs chancelants; Aflac pour sa part pouvant rejoindre un grand du "health", sorte de sécurité sociale française. Sur le front des mutualistes StateFarm peut fusionner avec NationWide pour tenter un groupe de plus de 100 milliards de chiffre, le reste des prétendants étant en triste état. Les assureurs américains étaient largement dépassés, par AXA en principal, mais aussi allemands et italiens puis maintenant anglais qui eux aussi se regroupent à marche forcée, ces restructurations sur fond de faillites étaient donc largement prévisibles. Il en va de même pour les banques et beaucoup d'autres secteurs comme l'automobile. Nous assisterons donc à un changement radical de cadre, particulièrement en 2016.

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