Crowdfunding et développement durable, deux philosophies qui vont bien ensemble

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Valorem a récemment obtenu un prêt de 110.500 euros sur Lendosphere, afin de financer les dernières étapes d'un projet de parc éolien dans la Somme.
Valorem a récemment obtenu un prêt de 110.500 euros sur Lendosphere, afin de financer les dernières étapes d'un projet de parc éolien dans la Somme. (Crédits : Reuters)
Les plateformes de financement participatif dédiées au développement durable se multiplient. Ces deux domaines partagent des valeurs identiques de traçabilité et de proximité.

Financement participatif et développement durable font bon ménage. Au mois de mai sera officiellement lancée Citizenergy, une plateforme européenne de crowdfunding dédiée aux énergies renouvelables. Cofinancé par l'Union européenne, ce projet - qui n'en est encore qu'au stade de pilote - regroupe pour l'heure trois plateformes d'investissement en capital, à savoir la Française Lumo, la Britannique Abundance et l'Allemande Greencrowding. L'objectif premier de Citizenergy, qui ambitionne de collecter 14,6 millions d'euros d'ici à 2017 : "Encourager l'appropriation de l'énergie par les citoyens européens en leur permettant d'y investir une partie de leur épargne."

De fait, bien que les Français - et plus largement les Européens - soient plutôt favorables aux énergies renouvelables, leur enthousiasme ne résiste généralement pas longtemps à des projets de construction d'éoliennes à proximité de chez eux, tant ils se sentent dépossédés de leur territoire. "En leur permettant d'investir (dans le projet), on fait en sorte qu'ils se (le) réapproprient, qu'ils (y) participent", expliquait déjà Marie Pons, cofondatrice de Lumo, dans un entretien à La Tribune, en mars 2014. Bruno Bensasson, directeur de GDF Suez Energie France, qui devrait lancer cet été une plateforme de financement participatif spécialisée dans les énergies vertes, ne disait pas autre chose dans l'édition du 17 mars du journal La Croix : "Le financement participatif contribue à une meilleure acceptation locale des projets."

un taux d'intérêt annuel compris entre 5% et 10%

Elle aussi convaincue que la problématique de l'épargne, avec celle de la santé, constitue l'un des moteurs les plus efficaces pour intéresser le grand public au développement durable, Laure Verhaeghe a lancé le 10 décembre Lendosphere, une plateforme de prêts indépendante. Pour l'instant unique en son genre en France, Lendosphere met en relation des PME et des ETI en quête de financement pour développer des éco-activités avec des épargnants désireux de diversifier leurs placements. Ceux-ci prêtent en moyenne 650 euros par projet, en contrepartie d'un taux d'intérêt annuel compris entre 5% et 10%, fixé en fonction de la durée du prêt et des conclusions de l'analyse financière du projet menée par un cabinet d'expertise-comptable indépendant.

Si la jeune Lilloise de 30 ans et son associé Amaury Blais ont opté pour le prêt plutôt que pour le don ou l'investissement en capital, c'est parce que le prêt, générateur de rendements réguliers, "permet d'élargir la population des épargnants au-delà des militants du développement durable, et de montrer que les activités liées au développement durable sont créatrices de valeur ajoutée et d'emplois sur les territoires", explique cette ancienne journaliste spécialisée dans le développement durable, qui a "eu envie d'être davantage actrice de ce secteur." Et qui, pour ce faire, s'est naturellement tournée vers le financement participatif, "le crowdfunding et le développement durable partageant les mêmes valeurs de transparence, de traçabilité et de proximité."

Lendosphere compte financer une cinquantaine de projets en 2015

Illustration avec Valorem : ce groupe familial créé en 1994 a récemment obtenu un prêt de 110.500 euros sur Lendosphere, afin de financer les dernières étapes d'un projet de parc éolien dans la Somme, avant sa mise en production, prévue pour la fin 2016. En échange de quoi les prêteurs bénéficient d'un taux d'intérêt de 5%, et même de 6% s'ils habitent en Picardie. "Sur Lendosphere, un tiers environ des prêteurs résident dans des zones géographiques proches de celles où sont développés les projets", précise Laure Verhaeghe. Cette proximité favorise "une grande récurrence des prêteurs, qui nous disent que le sens des projets leur importe autant que le taux des prêts."

Conséquence, depuis le 10 décembre, Lendosphere a déjà permis de financer cinq projets et d'en mettre un sixième en route, pour un montant total de 330.000 euros. La plateforme, gratuite pour les prêteurs mais qui se rémunère via une commission de 4% sur les sommes collectées par les emprunteurs, ne communique pas sur ses objectifs de rentabilité. Au moins sait-on que Lendosphere compte financer cette année une cinquantaine de projets, pour des montants unitaires compris entre 10.000 et 250.000 euros. Le potentiel est - en théorie - gigantesque : les besoins en financement de la transition énergétique en France sont estimés entre 40 et 60 milliards d'euros par an d'ici à 2050, ce qui représente 1% seulement de l'épargne financière des Français.

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a écrit le 30/03/2015 à 16:41 :
Quand on est incapable de traiter un problème avec des solutions simples qui ont fait leurs preuves, on invente des mots nouveaux, en langue anglaise ou en Globish si possible.

Voilà donc le CROWDFUNDING ou financement par la populace! Personne ne s’est aperçu qu’il s’agit de la toute première étape d’un modèle millénaire, déjà connu à Babylone et qui a permis il y a plus de cent ans à notre agriculture de connaître le développement que l’on sait.

Mais pour être poli tout le monde s’en fout, et plutôt que d’exiger que les banques jouent correctement leur rôle, ou de remettre à l’honneur le modèle coopératif et mutualiste abandonné même par la plupart de ceux qui en portent encore le nom, on préfère réinventer la toute première étape de ce modèle dont il ne sortira rien tant que l’on ne sera pas capable de la dépasser.

Le drame est que les échecs répétés de l’Aide Publique au Développement où l’on a englouti en vain depuis des décennies des sommes énormes, tiennent à ce refus systématique de remettre à l’honneur un modèle sans égal, mais que des inconscients incompétents ont décidé de déclarer ringard.

« C'est quelque chose qui marche assez bien dans la musique », disait sans rire, Fleur Pellerin , bien sûr puisque c’est du pipeau !
Chacun sait que la musique est avec les activités de pompes funèbres un élément d’avenir de la croissance les deux étant prises en compte dans le PIB .

C’est ce genre de gamineries qui nous enfonce de plus en plus dans la crise ! Lamentable !
Réponse de le 31/03/2015 à 1:48 :
Si je puis me permettre, le capitalisme, régime obligatoire actuel de la planète, est le fait d'accumuler un maximum d'argent quelque soit le moyen. Dont, surtout, celui de "vivre" sur le dos de l'autre.
Donc, lorsque vous évoquez à juste titre "le modèle coopératif et mutualiste", sachez qu'il ne rapporte rien à ceux qui en sont à l'extérieur. Ainsi, tout comme les activités publiques, il faut tuer ce qui ne rapporte rien aux plus riches. Tout simplement.
a écrit le 30/03/2015 à 13:14 :
Vous voulez dire qu'avec de l'argent, on peut faire accepter les nuisances.
Avec de l'argent, on peut corrompre et laisser faire, laisser monter des projets inutiles, montés sur l'appât de subventions, qui appauvrissent les Français.
Merci pour cet article qui éclaire bien le fonctionnement de l'industrie éolienne.
a écrit le 30/03/2015 à 8:59 :
EXELENTE IDEE? BRAVOS???

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