Du Minitel à la néobanque : BD Multimedia veut se réinventer en Fintech

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Comme Compte Nickel, Toneo First est une carte Mastercard sans compte bancaire distribuée dans les bureaux de tabac. BD Multimedia, qui a repris en 2015 le fonds de commerce auprès d'un spécialiste des cartes prépayées de télécoms, veut en faire une néobanque pour les exclus bancaires et les autoentrepreneurs.
Comme Compte Nickel, Toneo First est une carte Mastercard sans compte bancaire distribuée dans les bureaux de tabac. BD Multimedia, qui a repris en 2015 le fonds de commerce auprès d'un spécialiste des cartes prépayées de télécoms, veut en faire une néobanque pour les exclus bancaires et les autoentrepreneurs. (Crédits : DR)
Repositionnée sur le paiement en ligne, l'entreprise fondée en 1986 va céder ses activités d'édition de sites web et lance sa carte sans compte en bureau de tabac, comme Compte Nickel. Une levée de fonds de 6 à 7 millions d'euros et un changement de nom sont en préparation.

Son nom fleure bon le Minitel et la grande époque de la télématique. BD Multimedia (qui reprend les initiales des fondateurs) a d'ailleurs été créée en 1986 en pleine explosion du marché des 3615. Trente ans plus tard, l'entreprise parisienne affirme être devenue « une pure Fintech innovante », à la fois plateforme d'encaissement pour l'e-commerce et "néobanque" grand public, avec une carte sans compte vendue dans les bureaux de tabac, comme le Compte Nickel, récemment racheté par BNP Paribas (pour un montant astronomique estimé à 200 millions d'euros).

Une énième transformation pour cette entreprise familiale entrée en Bourse il y a vingt ans (un certain Xavier Niel est actionnaire à 1,45%), qui a aussi eu en temps son pôle SSII, ses activités d'opérateur télécoms, de jeux rémunérés et d'imprimés de communication. Son chiffre d'affaires a été divisé par cinq en quatre ans, sous le coup des bouleversements de ces secteurs. Il lui reste une activité historique d'édition de sites « communautaires » (de rencontre gay essentiellement), ayant généré 1,7 million d'euros de chiffre d'affaires l'an passé, qui va être reprise dans une structure à part par l'équipe de management.

« Nous avons organisé la cession de cette activité, très lucrative, que beaucoup d'autres acteurs pionniers du paiement en ligne avaient en portefeuille, comme Dalenys (ex-Rentabiliweb) ou HiMedia (devenu AdUX). Le temps est venu d'accélérer cette mutation : c'est le début de l'histoire, nous devenons une entreprise 100% Fintech » nous confie Jim Dorra (fils du cofondateur Daniel Dorra), le directeur  général délégué aux services de paiement.

Trajectoire BD Multimedia

 [La trajectoire de BD Multimedia en plus de trente ans rappelle celle d'autres pionniers de la télématique, comme l'ex-HiMedia ou l'ex-Rentabiliweb]

En quête d'un nouveau nom et d'investisseurs

Afin de mieux refléter son repositionnement, BD Multimedia a demandé à une agence de branding de lui trouver un nouveau nom. L'entreprise, qui emploie une vingtaine de personnes, a aussi mandaté la petite banque d'affaires AEC Fintech pour faire entrer au capital de nouveaux investisseurs : elle espère lever 6 à 7 millions d'euros, soit le double de sa capitalisation actuelle en Bourse et de son chiffre d'affaires dans le paiement en 2016.

« Ces 6 à 7 millions d'euros, ce n'est pas beaucoup par rapport à certaines néobanques qui lèvent des sommes faramineuses » fait valoir Bernard Sheikboudhou, le directeur du développement commercial (ex-BPCE). « Nous avons écarté pour l'instant le recours au marché boursier. Nous voulons bâtir quelque chose de pérenne et avons besoin de partenaires capitalistiques, industriels ou institutionnels. »

Acteur du paiement depuis dix ans, mais sur le créneau du micropaiement avec sa solution Starpass (petit concurrent de HiPay, ex-Allopass), BD Multimedia a opéré son "pivot" en 2015 : elle a obtenu de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) l'agrément d'établissement de paiement hybride en fin d'année et lancé sa plateforme d'encaissement multidevise Payment.net, tout en rachetant une activité de carte de paiement prépayée, Toneo First, auprès d'un spécialiste des cartes prépayées de télécoms (Central Telecom), qui a généré 140.000 euros de chiffre d'affaires en 2016.

Encore une néobanque

Cette offre, lancée initialement début 2011, est distribuée dans les bureaux de tabac, via un contrat avec des grossistes comme Logista (28.000 buralistes). Aujourd'hui, BD Multimedia veut en faire une "néobanque", comme il en existe pourtant déjà beaucoup, entre Compte Nickel, Morning (reprise par la banque Edel de Leclerc), et le compte C-zam de Carrefour. La Mastercard de Toneo First n'apparaît cependant pas très compétitive : elle est vendue 15 euros sous blister avec un forfait sans engagement de 5 euros par mois (contre 5 euros à l'achat et 1 euro par mois pour C-zam, 2 euros par mois chez Morning et 20 euros par an pour Nickel).

« C'est une cotisation pour trois ans et nous avons une formule Liberté sans forfait mensuel » nuance le directeur du développement commercial. « Nous ne sommes pas un Compte Nickel light, il n'y a pas d'intérêt à refaire la même chose. Une des grandes différences est la possibilité de recharger la carte en déposant du cash, jusqu'à 230 euros, c'est un des usages plébiscités par les utilisateurs » assure-t-il.

À la différence du modèle Compte Nickel où ils sont formés et chargés des opérations de vérification d'identité du client sur une borne, les buralistes qui vendent la carte Toneo First (laquelle aurait bien besoin d'un changement de nom elle aussi) sont « exonérés des tâches fastidieuses du KYC [connaissance client, Ndlr] et mieux rémunérés » affirment les cadres dirigeants de BD Multimedia qui ne communiquent pas le nombre d'utilisateurs. Les flux traités ont été multipliés par dix depuis janvier 2016 même s'ils restent très modestes à 1,5 million d'euros par mois.

La cible visée est proche de celle de Compte Nickel, notamment les interdits bancaires et autres personnes « en sous-inclusion financière » (500.000 Français sans accès au système financier et 2,4 millions en situation financière fragile), les travailleurs indépendants et auto-entrepreneurs.

Paiement BtoB et BtoC

BD Multimédia espère atteindre 200.000 clients de sa néobanque en 2020 (Compte Nickel en a 639.000).

« Nous évaluons le potentiel de personnes intéressées par les offres de néobanques à 8 millions de Français : c'est énorme » s'enthousiasme Jim Dorra. « Nous espérons placer 2.500 à 3.000 cartes par mois à partir du premier semestre 2018. Nous voulons surtout des utilisateurs actifs et des usages importants, c'est là que nous ferons des marges. »

L'entreprise en plein repositionnement veut convaincre que ses deux offres, BtoB ("business to business" pour les entreprises) et BtoC (destinées au grand public), ont une cohérence entre elles, notamment avec l'essor de l'économie collaborative.

« Ces autoentrepreneurs sont aussi des marchands. Nous l'avons vu avec Starpass : la moitié des reversements des auto-entrepreneurs du gaming va sur des comptes prépayés ou de type Paypal. Et dans le fonds de commerce de Toneo, il y avait énormément de chauffeurs VTC » relève Jim Dorra.

BD Multimedia assure fournir des solutions sur mesure pour divers usages, comme le recouvrement des frais d'entreprise par exemple. Une dizaine de contrats avec des moyens et grands comptes sont prévus cette année. Le fils du cofondateur de BD Multimedia en est convaincu:

« Entre les anciens acteurs, banques et prestataires de paiement, et les nouveaux entrants, géants mondiaux comme Braintree (Paypal) et Stripe, il y a de la place sur des niches pour des gens comme nous. »

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