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"Le bon sens est revenu à Wall Street" Et c'est l'ancien vice-président de Lehman qui le dit...

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Propos recueillis par Jérôme Marin  |   -  510  mots
Ancien vice-président de Lehman Brothers jusqu'en 2008, auteur d'un best-seller sur la chute de la banque, "A Colossal Failure of Common Sense", Lawrence McDonald estime que le bon sens est revenu à Wall Street et s'inquiète des nouvelles réglementations.

L'attention se consacre aujourd'hui sur les banques européennes. Mais qu'en est-il de la situation des banques américaines?

Elles sont globalement en bien meilleure santé que précédemment. Nous sommes au milieu d'un important cycle de réduction de l'effet de levier. Beaucoup d'actifs pourris ont été vendus, même si l'exposition au marché immobilier américain et aux cartes de crédit demeure préoccupante. La question est maintenant de savoir pendant combien de temps ce processus de désendettement va se poursuivre. Cela fait trois ans qu'il a débuté. Et nous sommes certainement plus proches de la fin que du début.

Quels risques font peser les nouvelles réglementaires, tant américaines qu'internationales ?

Il existe énormément d'incertitudes autour de l'application des règles internationales de Bâle III ou des dispositions prévues dans le cadre de la réforme Dodd-Frank. Elles portent notamment sur l'application de la Volcker Rule, sur les règles relatives au marché des dérivés ou sur l'augmentation des exigences en fonds propres. Cela crée une forte pression sur les résultats des banques. De mon point de vue, les banques tentent de prendre les devants et d'anticiper les décisions des régulateurs. Mais elles ne peuvent pas mettre en place de nouveaux modèles d'affaires car il existe encore trop d'incertitudes. L'une des mesures les plus malheureuses en ce moment concerne l'augmentation des fonds propres, qui ne devrait être mise en place seulement lorsque l'économie se porte bien. Exiger davantage de fonds propres alors que la récession menace risque de contracter encore plus le crédit et d'aggraver la situation. Je m'inquiète également d'un potentiel arbitrage réglementaire : si les États-Unis se montrent plus contraignants que l'Europe, notamment Londres, des pans entiers d'activités pourraient être délocalisés à l'étranger.

Pensez-vous, comme Jamie Dimon, le PDG de JP Morgan Chase, que Bâle III est antiaméricain ?

C'est une question très complexe. Jamie Dimon a voulu mettre en lumière les différences qui existaient entre les banques américaines et européennes en termes de capitalisation. Si Bâle III ne prend pas correctement en compte ces spécificités, je devrais alors être d'accord avec lui.

Dans votre livre , vous décrivez de la chute de Lehman Brothers comme une colossale perte de bon sens. Wall Street est-il devenu plus raisonnable aujourd'hui?

La crise financière a donné une sévère leçon aux banques. Les pratiques que j'observe aujourd'hui en termes d'activités, de gestion des risques et de gouvernance sont cent fois meilleures qu'elles ne l'étaient en 2006. Tout le monde avait effectivement son bon sens. Et pas seulement Wall Street. Les régulateurs, les acteurs de l'immobilier, les ménages sont également responsables. On ne peut pas uniquement faire porter la responsabilité de la crise sur les banques.

Les pratiques que j'observe aujourd'hui en termes d'activités, de gestion des risques et de gouvernance sont cent fois meilleures qu'elles ne l'étaient en 2006. »

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