La Tribune

Une association bancaire italienne menace de poursuivre l'EBA

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Julien Bonnet avec Reuters  |   -  440  mots
L'Autorité bancaire européenne (EBA) avait estimé jeudi à 15,37 milliards d'euros les besoins en capitaux des banques italiennes.

Le directeur de l'Association bancaire italienne (ABI) a menacé dimanche de poursuivre l'Autorité bancaire européenne (EBA) après sa réévaluation des besoins en capital des principales banques européennes. Avec 115 milliards d'euros au total, le régulateur bancaire a revu à la hausse sa précédente estimation réalisée fin octobre après avoir pris en compte les dernières données disponibles sur l'exposition aux dettes souveraines des pays de la zone euro ainsi que les résultats générés par les différents établissements au troisième trimestre.

Alors que pour les banques allemandes, l'exercice s'est avéré particulièrement défavorable - avec des besoins plus que doublés à 13,1 milliards d'euros - pour les banques italiennes, le chiffrage n'a été que légèrement révisé - de 14,77 milliards d'euros fin octobre à 15,37 milliards.

Pourtant Guiseppe Mussari, directeur de l'ABI, ne décolère pas. "L'ABI s'engagera dans toutes les voies possibles, y compris légales, pour s'opposer à la décision de l'ABE", a-t-il déclaré lors d'une conférence à Rome. Selon lui, les évaluations de l'EBA sont "erronées, que ce soit au niveau des méthodes ou des conclusions tirées, et ne prend pas en compte les facteurs spécifiques qui affectent les banques italiennes", cite l'agence de presse italienne ANSA.

Les banques italiennes, qui détiennent pour environ 170 milliards de titres de dette italiens, estiment notamment être pénalisées par la valorisation des obligations d'Etat à leur prix de marché. Si cette mesure vise à rassurer les marchés en obligeant les banques à dévaluer, le cas échéant, les emprunts d'Etat détenus dans leurs portefeuilles et bien qu'elles les conservent le plus souvent jusqu'à la fin de leur durée, elle pourrait toutefois fragiliser le système bancaire italien. D'autant que l'EBA exige aussi des banques qu'elles atteignent un ratio de fonds propres durs « Core Tier 1 » de 9% d'ici au mois de juin 2012

L'ABI avait déjà exprimé vendredi son intention d'engager un recours contre le chiffrage de l'EBA qui, selon elle, "ne reflète pas une réelle exposition au risque, contraignant les banques à effectuer des recapitalisations non nécessaires avec des conséquences négatives importantes". L'association craint en effet un resserrement des crédits accordés à l'économie.

Le gouvernement italien avait alors tenu à soutenir ses banques. L'exercice d'estimation des besoins de recapitalisation a été "mal pensé, mal géré, erroné au niveau du calendrier, peu sage" et "risque d'aggraver la situation", avait ainsi déclaré vendredi Corrado Pasera, ministre du développement économique et ancien patron de la deuxième banque du pays Intesa Sanapaolo.

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Commentaires

Ditil  a écrit le 12/12/2011 à 9:42 :

Il est vrai que les nouvelles méthodes de valorisation des actifs par rapport au prix actuel du marché a de quoi surprendre s'agissant de produits arrivant à échéance dans plusieurs années. La valeur du marché n'a pas plus de sens que celui de la valeur nominale. D'autre part l'augmentation de la valeur de couverture est prévue pour couvrir une possible dégradation. La finance marche sur la tête.

Bartg  a répondu le 12/12/2011 à 13:04:

Pas d accord. Le prix du marche reflete le prix des actifs a un instant T.
Si la banque a besoin de realiser ses actifs rapidement (ce qui pourrait se produire...) elle ne trouverait preneur qu au prix du marche. Jamais elles ne passent de provisions pour depreciations de titres (cf pb grec)
Dans ce cas les emprunts russes devraient rentrer dans le calcul de l impot sur la fortune a leur prix nominal
Acheteriez vous ces emprunts au nominal plutot qu a leur prix de marche? Moi Non

raisongarder  a répondu le 14/12/2011 à 19:06:

@Bartg : la méthode d'évaluation au prix de marché est en grande partie responsable de cette crise et de la précédente. S'il est normal de réviser la valeur d'un actif au bout d'une certaine période, et normalement à partire d'une évolution dûment constatée, le fait d'actualiser à tout instant à la valeur de marché crée de graves phénomènes d'instabilité dans l'économie : à la moindre rumeur, les cours s'envole ou s'effondre et la méthode de valorisation instantannée induit une propagation en boucle, avec un effet pervers gravissime. C'était d'ailleurs aussi l'une des causes de la crise de 29.