Le « crowdfunding » français donne de la voix

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Arnaud Poissonnier, président de Babyloan, milite pour un assouplissement de la réglementation du crowdfunding.Copyright Babyloan.
Arnaud Poissonnier, président de Babyloan, milite pour un assouplissement de la réglementation du "crowdfunding."Copyright Babyloan. (Crédits : Babyloan)
Les acteurs français de la finance participative interpellent les candidats à l'élection présidentielle sur la nécessité d'assouplir la réglementation du « crowdfunding », qui met en relation directe entrepreneurs en quête de financements et épargnants.

Des financiers d'un nouveau genre s'étaient réunis lundi 26 mars, sous les ors du Palais Brongniart, à Paris. Pas de costumes-cravates ni de mines solennelles, mais des jeans, des jeunes et une atmosphère bon enfant. C'est que les acteurs du « crowdfunding » font de la finance, certes, mais d'une manière bien spéciale. Le « crowdfunding »? C'est la mise en relation quasi directe d'entrepreneurs à la recherche de financements avec des épargnants qui souhaitent faire fructifier leur argent. Et ce, via des plates-formes Internet dites de « crowdfunding », un mot qui se traduit littéralement par « financement par la foule » ou, plus élégamment, par « finance participative. »

Un taux d'intérêt de 5%

L'intérêt de ce nouveau mode de financement, qui se développe grâce à l'explosion des réseaux sociaux ? Il permet à des entrepreneurs de trouver les premiers fonds nécessaires au lancement de leurs projets. Nombre de banques ne sont en effet pas passionnées par l'octroi de petits crédits. Quant aux fonds de capital-risque, ils tendent aujourd'hui à financer des start-up déjà viables et recherchant au moins un million d'euros. Ludovic Blirando, lui, avait besoin de... 3.000 euros pour lancer son site de vente de produits cosmétiques bio. « Les banques n'étaient pas intéressées. Je suis passé par la plate-forme de prêts FriendsClear, ce qui m'a permis de récolter cette somme auprès d'une quinzaine d'épargnants, en quelques mois », témoigne le jeune homme.

Qui rembourse le prêt en question par mensualités, sur la base d'un taux d'intérêt de 5%. Marc Sahraoui, cofondateur de paysans.fr, un site de vente de produits de la terre, avait besoin de cent fois plus. Les 300.000 euros nécessaires à l'accélération du développement de paysans.fr, il ne les a pas trouvés auprès des banques ni des fonds d'investissement, qui voulaient lui faire revoir son « business model », mais auprès d'une partie de ses clients, qui se sont fédérés autour de la plate-forme Internet FinanceUtile pour lui apporter des fonds propres.

Choisir à qui l'on prête

Et l'épargnant, lui, en quoi trouve-t-il son compte dans la finance participative ? « Nous assistons à une demande de proximité, de transparence, de traçabilité, de la part des épargnants. Or les principes du crowdfunding résident précisément dans la possibilité de choisir le projet dans lequel on souhaite investir, et de suivre l'évolution de ce projet et, partant, de son investissement », explique Nicolas Guillaume, co-fondateur de la plate-forme de prêts FriendsClear. « Au cours des trois dernières années, j'ai prêté un total de 500 euros à une dizaine de projets, souvent à des femmes seules avec des enfants, qui souhaitaient monter un commerce de tissus, d'alimentation », explique Marie, une trentenaire qui s'est pour cela appuyée sur la plate-forme de microcrédit Babyloan.

15.000 projets financés

Si la finance participative a d'abord pris son essor aux Etats-Unis, à partir de 2005, elle essaime en France depuis trois ans. L'Hexagone compte aujourd'hui 25 plates-formes de crowdfunding, lesquelles ont permis à 35.000 internautes-épargnants de financer près de 15.000 projets, pour un montant total de l'ordre de six millions d'euros, depuis 2008, indique Arnaud Poissonnier, président de Babyloan. Mais « nous sommes confrontés à une multitude de réglementations en France et en Europe, ce qui risque de faire de nous des « local loosers » alors que nos concurrents américains deviendront des « global winners » », s'inquiète le jeune patron.

Revoir la définition de l'appel public à l'épargne

Les acteurs français du crowdfunding réclament donc au futur président de la République un assouplissement de certaines réglementations boursières et fiscales. Ils souhaiteraient notamment que les entrepreneurs recherchant moins de 3.000 euros n'entrent pas dans le cadre de l'appel public à l'épargne, lequel les oblige à passer sous les fourches Caudines de l'Autorité des marchés financiers, ce qui a un coût. Autre requête : que les particuliers - prêteurs bénéficient d'un avantage fiscal, comme c'est le cas pour les donateurs.

Toujours pour les prêteurs, Jean-Christophe Capelli, co-fondateur de FriendsClear, regrette que, "pour prêter 100 euros seulement, il faille produire deux pièces d'identité, un justificatif de domicile, un justificatif de résidence en France." Nous travaillons sur des amendements que nous présenterons à l'Assemblée nationale, en septembre", précise Frédéric Baud, président de l'association P2PVenture. Ont-ils des chances d'être entendus ? Il n'y avait pas de représentants des candidats à la présidentielle, lundi, au Palais Brongniart. Mais l'exemple des Etats-Unis donne de l'espoir à la finance participative « made in France » : le Sénat américain a voté le 22 mars un assouplissement de la réglementation des appels publics à l'épargne. Les acteurs américains du « crowdfunding » faisaient campagne pour cela depuis près d'un an. Reste que moins de réglementation peut aussi signifier davantage de risque.

 

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