Bâle III : ce qui va changer au guichet de votre banque

Par Séverine Sollier  |   |  1406  mots
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Les nouvelles normes bancaires Bâle III vont avoir des conséquences très directes pour les clients des banques. Modification des produits d'épargne, privilèges accordés aux anciens clients, sélection accrue pour accorder des crédits immobiliers sont quelques uns des changements qui risquent de se produire, comme l'explique notamment la Banque Populaire Rives de Paris. .

Après la crise, nombreux étaient ceux qui souhaitaient une plus grande sévérité vis à vis des banques, jugées responsables des pires excès. Mais c'était sans compter les effets pour les clients de la nouvelle réglementation qui se prépare. Au sein de l'édifice complexe des normes Bâle III qui vont régir les obligations des banques concernant notamment la solvabilité et les liquidités, se cachent des surprises pour les consommateurs. Des mauvaises mais aussi de bonnes.

"Nous nous apprêtons à modifier nos produits pour les particuliers comme pour les entreprises", a expliqué Jean Criton, directeur général de Banque Populaire Rives de Paris, vendredi 13 avril en marge de la présentation des résultats de cet établissement régional. Concrètement, certains produits d'épargne sur lesquels les clients sont libres de retirer de l'argent pourraient à l'avenir comporter des pénalités en cas de retraits les premières années ou une durée de préavis minimum avant un rertait. L'objectif est que l'épargne puisse rentrer dans la catégorie des "ressources stables qui permettent de financer des crédits longs".

Prêter à long terme avec des ressources courtes

Le vrai sujet d'inquiétude pour les banques aujourd'hui ce sont les ratios de liquidités, explique Eric Delannoy, vice-président du cabinet conseil Weave. Il s'agit des volumes de liquidités que les banques doivent mobiliser voire immobiliser pour être autorisées à accorder des crédits. Schématiquement, le métier de banquier est en effet de prêter à long terme (par exemple des crédits immobiliers) à partir de ressources courtes (les dépôts). C'est son métier de transformation et d'intermédiation. "Obliger les banques à avoir une maturité équivalente entre ce qu'elle prête et ce qu'elle emprunte change leur métier et leur business model", estime Eric Delannoy.

Les anciens clients vont se faire dorloter

La politique commerciale  des banques pourrait en effet être affectée par la nécessité pour les banques d'afficher des "ressources stables" en face de leur crédit à long terme. Ainsi le même dépôt serait comptabilisé différemment selon le client dont il émane. S'il s'agit d'un client dont les revenus sont domiciliés dans la banque (par opposition à celui qui n'y a qu'un compte accessoire), d'un client présent depuis plusieurs années et qui possède plusieurs produits, alors ses dépôts seraient considérés comme "ressource stable". Pour Jean Criton, "cette réglementation sera structurante", même s'il avoue ne pas l'avoir déjà anticipée. Il paraît clair en tout cas, que les banques auront  intérêt à densifier leur politique de fidélisation (à coup de bonus de rendement, de promotions et de réductions) au plus grand profit de leurs clients les plus anciens.

Les produits d'épargne vont devoir être innovants

Pour accroître leur capacité de crédit, les banques se livrent déjà  à une course aux dépôts et à la collecte d'épargne. Certes, les Français ont un taux d'épargne très élevé (autour de 17%) mais la moitié est captée par l'immobilier et pour la part restante, l'assurance vie tient encore une très large part. Trop large selon les banquiers, qui cherchent par tous les moyens à faire basculer cette épargne de l'assurance vie, qui est comptabilisée hors du bilan bancaire, vers des produits qui eux, figurent dans le bilan de la banque. A cet égard, Banque Populaire Rives de Paris dont la moitié de l'épargne financière collectée en 2011 (5,2 milliards d'euros) l'est sous forme d'assurance vie, semble assez représentative.

Des livret à taux "boosté" ou des comptes à terme nouvelle génération

Pour attirer l'épargne, la solution classique est d'offrir un livret à taux "boosté". Le risque est alors de cannibaliser les dépôts destinés à aller déjà sur d'autres produits bancaires en agence. La solution est alors d'opter pour un livret sur internet avec l'objectif de gagner de nouveaux clients. Le marché en compte déjà de mutliples exemples (livret BforBank, Fortunéo, Boursorama, etc)

L'autre solution est d'utiliser le compte à terme. "Nous sommes en train de tester un nouveau produit basé sur le compte à terme avec tous ses avantages : pas de frais d'entrée, pas de frais de gestion. Et pour le rendre attractif, nous dopons la performance grâce à la formule suivante : tous les ans si la performance de l'indice choisi, en l'occurrence l'eurostoxx 50 est positive nous distribuons 6,10%. Et si l'indice baisse, le capital est garanti, " explique Pascal François, le directeur du développement de Banque Populaire Rives de Paris. D'autres banques optent pour une formule de taux d'intérêt croissant avec la durée de détention du compte à terme.

Etre imaginatif pour augmenter les ressources au bilan de la banque. Le défi est permanent. Avec un produit net bancaire de 518,9 millions en 2011 (+5,1%) et un résultat net en progression de 30,4% à 110,4 millions d'euros, Banque Populaire Rives de Paris semble s'en sortir plutôt bien. Pourtant, la concurrence en région parisienne est rude et la banque a dû fermer une dizaine d'agences et réduire ses effectifs. Nous n'avons fait aucun licenciement sec, uniquement du non remplacement après des départs à la retraite et des départs naturels", indique Jean Criton.

Les crédits plus chers et plus difficiles à obtenir

Même si la chasse à l'épargne s'avère fructueuse, "il est clair qu'il y a un risque avec Bâle III de renchérir le coût de financement de l'économie", estime Jean Criton. Pour l'heure, il affirme que les critères d'attribution des crédits par les agences de Banque Populaire Rives de Paris n'ont pas changé. "Nous n'avons pas changé notre politique du risque. 80% des dossiers qui nous sont présentés sont accordés", ajoute Dominique Ziegler, directrice générale adjointe. La production de nouveaux crédit a atteint 2,7 milliards en 2011 soit une progression de 10% des crédits professionnels et entreprises et de +13% pour les crédits immobiliers. Le coût du risque ressort en baisse de 56,7% à 18,3 millions.

Mais demain, avec le régime Bâle 3 ? La Banque Populaire Rives de Paris préfère ne pas faire de prévisions. Mais comme l'observe Eric Delannoy, vice président du cabinet conseils Weave, "tous les crédits seront pénalisés par Bâle III". A commencer par le crédit immobilier qui cumule deux handicaps. Il est "consommateur de liquidités et il était jusqu'alors faiblement rentable car utilisé comme produit d'appel par les banques", observe-t-il. Des hausses de prix sont donc à prévoir -elles ont même déjà commencé- de même qu'un renforcement des critères de sélection. Une étude de Standard & Poor's prévoit d'ailleurs une contraction de 20% des nouveaux crédits en 2012 par rapport à 2011.

Quant aux entreprises, en particulier les PME, elles pâtiront aussi des conséquences de Bâle III. "Pour une PME le coût d'un financement par un crédit bancaire est moins élevé que le coût d'un financement par le marché", indique Jean Criton, car il faut faire appel à une agence de notation, respecter les obligations juridiques et faire réaliser l'opération financière elle-même. Pour mutualiser les coûts, certaines PME ont commencé à se regrouper pour lancer des émissions obligataires. Ces "crowdfunding" ou financement collectif pourrait bien se mutliplier dans l'avenir.

Le financement par le capital risque peut constituer une alternative pour les entreprises. "Mais si une banque investit directement en private equity, elle sera pénalisée en terme de ratio prudentiels, donc il faut qu'elle collecte pour le compte de tiers", indique Dominique Ziegler de Banque Populaire Rives de paris. Cette banque régionale a donc concçu avec Natixis Private Equity (filiale du groupe BPCE) un produit obligataire  baptisé Naxicap Rendement 7,15 qui sera investi dans une centaine de PME et proposé à sa clientèle en gestion privée moyennant un versement minimum de 25 000 euros. Les retraits sans pénalité seront possibles à partir de 3 ans de détention et son rendement annuel garanti de 7,15 par an sur 6 ans grâce à un "coussin de sécurité". Pour Jean Criton, "c'est une formule intéressante au carrefour de l'intermédiation et de la désintermédiation". Les nouvelles contraintes réglementaires ont aussi l'effet positif d'accélérer l'innovation.