La Tribune

"Les doutes demeurent sur la solvabilité des banques espagnoles"

Nuria Álvarez  analyste chez Renta 4 et Alfonso García Mora de Analistas Financiero. DRs Internacionales - AFI et
Nuria Álvarez analyste chez Renta 4 et Alfonso García Mora de Analistas Financiero. DRs Internacionales - AFI et
Propos recueillis par Gaëlle Lucas  |   -  524  mots
Entretien avec deux analystes financiers espagnols spécialistes des questions financières: Alfonso García Mora de chez Analistas Financieros Internacionales - AFI et Nuria Álvarez de chez Renta 4.

Comment interpréter la chute du marché lundi ?
Alfonso García Mora : La perception des marchés est que les politiques d'austérité mises en place en Europe ne prennent pas suffisamment en compte la croissance. En Espagne, l'ajustement des comptes publics est particulièrement intense, ce qui pèse d'autant plus négativement sur l'économie du pays, et se répercute sur les bilans des banques.

Les mesures du Gouvernement de Mariano Rajoy n'ont pas calmé les doutes des marchés sur le secteur financier. Pourquoi les banques espagnoles inquiètent-elles ?
Alfonso García Mora : Elles cumulent le risque commun à tout le secteur en Europe, lié aux primes de risque de la dette souveraine qui augmentent leurs coûts de financement, à celui de leur exposition immobilière bien supérieure à celle des entités européennes comparables. Or; l'immobilier a un comportement pro-cyclique, d'où la sensibilité élevée des bilans des banques espagnoles à l'évolution de l'économie, qui va empirer en 2012.

Suite au décret de février qui modifie la régulation financière, les plans d'assainissement des banques espagnoles prévoient des provisions et renforts de capital pour 53 milliards d'euros et une dizaine d'opérations de fusions ou acquisitions sont en projet. Est-ce suffisant pour garantir la solvabilité du secteur ?
Alfonso García Mora : Si l'économie retrouve un certain dynamisme, cet assainissement suffira, ce qui ne sera pas le cas si l'Espagne reste en récession pendant deux ou trois ans.
Nuria Álvarez : Pour l'instant, ce plan n'a pas tranquillisé les marchés. Le doute demeure notamment sur les provisions des actifs immobiliers inscrits au bilan à partir du 1er janvier 2013, que ne prend pas en compte le décret de février, et alors que la détérioration économique impliquera une hausse des créances douteuses. Par ailleurs, la crise rend le marché de plus en plus compétitif. D'autres fusions sont donc à envisager.

Que penser de l'idée gouvernementale, filtrée par la presse, de créer des sociétés immobilières détachées des bilans bancaires, pour achever l'assainissement ?
Nuria Álvarez : Nous ne disposons pas d'informations suffisantes, mais a priori c'est positif. Cela permettrait d'assainir les bilans et d'améliorer les ratios de capital. Toutefois, il reste à déterminer dans quelles conditions seraient transférés les biens immobiliers : qui assumera les pertes ou recevra les bénéfices, et à quelle échéance ? Les banques devront-elles maintenir les provisions sur ces actifs ?

CaixaBank et Banesto ont présenté un bénéfice trimestriel net en très forte baisse. Doit-on s'attendre à des résultats similaires dans les autres établissements ?
Nuria Álvarez: Leurs résultats ne sont pas tout à fait comparables. CaixaBank a réalisé d'un coup toutes les provisions imposées par la nouvelle régulation si bien que les prochains trimestres seront meilleurs. En revanche, Banesto n'a provisionné que la moitié du total et ce, grâce à des recettes extraordinaires. Les autres entités vont probablement annoncer aussi de fortes provisions. Le plus tôt sera le mieux si le secteur veut montrer aux marchés qu'il est capable de se financer.

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Commentaires

Ah les banques espagnoles et les subprimes à l'européenne  a écrit le 24/04/2012 à 17:35 :

C'est un bon article, concis, clair, bien vraiment bien. Le truc quand même c'est aussi de rappeler des chiffres, les 175 milliards de créances douteuses "recensées à ce jour" ou "déclarées" liées à l'immobilier et couvertes par des actifs fortement dépréciés ou qui le seraient si ces actifs étaient mis en vente, n'est pas crédible. Le bon chiffre c'est certainement 300 à 350 milliards donc le double. La Banque d'Espagne et les gouvernements espagnols sont toujours en retard d'une guerre (ce ne sont pas les seuls d'ailleurs). Ces 175 milliards, y compris les provisions en cours ne seront provisionnés qu'à hauteur de 60 % environ, alors qu'il faudrait monter à 75% minimum peut être 80%, donc il va encore manquer minimum 26 milliards. Si on considère que le bon chiffre est 350 milliards ça fait une insuffisance de 157 milliards.Qui va/peut financer ce montant, et qui va payer. Le fonds public d'intervention espagnol (le FROB) en est incapable pas plus que le Fond de garantie des dépôts qui n'est pas fait pour ça. Une des seules solutions c'est le FESF qui doit intervenir non seulement en faveur du financement des états de l'UEM en difficulté mais en priorité en faveur du système bancaire. C'est ma position depuis 2 ans, elle devient de plus en plus pertinente et incontournable. La création de "bad bank" ou sociétés d'actifs pourris n'est qu'une modalité, rien d'autre, ça ne change rien à rien sur le fond.