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Banque américaine - 10/05/2012 | 22:59 - 860 mots

JPMorgan, victime de la "baleine de Londres" ?

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Jérôme Marin, à New York (avec Sophie Rolland)

La première banque américaine va subir d'importantes pertes, pouvant atteindre 3 milliards de dollars, dans ses opérations de courtage. En cause: la division à laquelle appartient Bruno Iksil, un trader français qui aurait pris des positions considérables sur des dérivés de crédit.

"Nous avons été stupides". Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, n'a pas pris de pincettes ce jeudi soir alors que la première banque américaine fait face à de lourdes pertes au sein de l'une de ses divisions, le "Chief Investment Office" (CIO), l'unité chargée de couvrir ses risques au niveau mondial. "Il s'agissait d'une mauvaise stratégie, très mal exécutée et pauvrement supervisée", a-t-il poursuivi au cours d'une conférence téléphonique organisée à la hâte, parlant d'erreurs "flagrantes" ne relevant pas de la "façon dont nous voulons faire notre métier". 

Concrètement, la banque a annoncé que ces mauvais investissements - "plus risquées et moins efficaces que prévu", selon Jamie Dimon - avaient débouché sur une perte estimée à environ 2 milliards de dollars. Cette perte pourrait être encore plus importante, a-t-elle prévenu, indiquant qu'elle pourrait atteindre 3 milliards si les conditions de marché étaient défavorables ou si les actions entreprises pour contenir les pertes ne portaient pas entièrement leurs fruits. "Le risque va perdurer pendant plusieurs trimestres", a expliqué Jamie Dimon.

"Baleine de Londres"

La banque assure que ces pertes seront en partie compensées par  "un milliard de dollars de gain sur les ventes de produits de couverture face à la dette". Elle attend ainsi un déficit de 800 millions de dollars pour sa branche "corporate", contre un gain de 200 millions jusqu'à présent attendu. A Wall Street, ces annonces ont été particulièrement mal accueillies: l'action de la firme chutant de près de 7% dans les échanges d'après Bourse. Les autres banques ne sont également pas épargnées.

Début avril, le "Wall Street Journal" et l'agence Bloomberg avaient révélé qu'un trader français de JPMorgan, basé à Londres au sein du CIO, avait pris des positions considérables sur un indice répliquant l'évolution des credit default swaps (CDS ou dérivés de crédit) de 121 entreprises américaines. Des positions telles qu'elles influenceraient à elles seules le prix de l'indice en question, avaient alors déploré plusieurs intervenants de marché. La banque avait alors assuré que "beaucoup de détails" étaient faux.

Prise de risques

Peu d'informations, pas même une photo, n'avaient filtré sur ce trader, Bruno Iksil, surnommé la "Baleine de Londres" ou encore "Voldemort", en référence au sorcier de la saga Harry Potter. Il était alors bien difficile de savoir si les révélations de la presse américaine relevaient du fantasme, de la manipulation ou de la réalité. Sans jamais citer son nom, Jamie Dimon a indiqué ce jeudi que la banque avait commencé à se pencher sur les investissements de son CIO peu après la publication de ces articles, reconnaissant que ses dirigeants auraient dû réagir plus tôt.

Les pertes annoncées aujourd'hui sont "quelque peu" reliées aux révélations de la presse, a indiqué Jamie Dimon, laissant sous-entendre que le problème était en fait plus large. Selon d'anciens salairés, le "Chief Investment Office" s'est en effet dirigé ces dernières années vers des paris plus risqués et plus spéculatifs. Au 31 décembre, cette division avait accumulé une position de 350 milliards de dollars, soit 15% des actifs de la banque, contre 77 milliards en 2007. Personne n'a encore été licencié, en attendant les conclusions de l'audit récemment lancé.

Volcker Rule

Cette nouvelle affaire arrive en tout cas au mauvais moment pour les banques américaines. Car le Congrès américain examine en ce moment les modalités d'application de la "Volcker Rule", dont l'entrée en vigueur prévue le 1er juillet prochain va être repoussée. Cette mesure phare de la réforme Dodd-Frank prévoit de limiter le trading pour compte des banques pour éviter des prises de risques excessives de leur part. Les établissements concernés assurent que cela se fera au détriment de leur rentabilité et de leur compétitivité. Et ainsi qu'ils auront plus de mal à remplir leur fonction de financement de l'économie.

"Ces investissements n'ont pas violé les principes de Volcker Rule, a de nouveau répété ce jeudi Jamie Dimon. Mais ils ont violé nos propres principes". Reste que la question demeure. Certes, JPMorgan, qui détient quelque 2 300 milliards de dollars d'actifs, dont près de 1 000 milliards de crédits bancaires ou obligataires aux entreprises, a des besoins de couverture considérables. Mais, à de tels niveaux, peut-il encore s'agir de simples opérations de couverture ? Ou faut-il parler de trading, voire de spéculation, pour compte propre ? Les tenants d'une régulation plus stricte pencheront pour la deuxième hypothèse.

Patron hors-pair

Jusqu’à présent, JPMorgan avait réussi à rester relativement à l’écart des polémiques. Tout le contraire de Goldman Sachs, de Bank of America ou encore de Citigroup ! Moins exposée que ses consoeurs aux subprimes, ces prêts immobiliers accordés sans discernement aux ménages américains les plus fragiles, elle était sortie relativement indemne de la crise de 2008. Devenu première banque américaine en termes d’actifs au cours du troisième trimestre 2011, elle est également considérée comme l’une des plus solides. L’année dernière, elle a réalisé un bénéfice record de 19 milliards de dollars.

L’établissement new-yorkais fait d’autant plus figure de premier de la classe, qu’il est dirigé par un professionnel hors pair, l’influent Jamie Dimon. Consacré meilleur PDG américain par la revue Institutional Investor ces deux dernières années, il dirige l’établissement d’une main de fer depuis 2007. Banquier le plus en vue de Wall Street, il devient vite le porte-parole officieux de tous ceux qui, à Wall Street, s’inquiètent de l’avalanche réglementaire. Début avril, dans sa lettre annuelle adressée à ses actionnaires, il dénonçait encore le principe de la Volcker Rule. Mais le discours de "l’irréprochable" JP Morgan manque aujourd'hui de crédibilité.

10/05/2012, 22:59  | 
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  • Emile5 a écrit le 11/05/2012 à 10:31 :

    • Ha, ha, ha, c'est bon maintenant faite baisser les notes des pays Européens car on va apprendre qu'il on vendu des actions et autres produits pourris à l'Espagne et autres pays d'Europe. La fête commence, à part ça pas de complot, euh! pardon excusez-moi c'est du révisionnisme, tiens pour la peine je me met en prison dans ma chambre pour le week-end, vilain...

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  • l'actuaire a écrit le 11/05/2012 à 10:01 :

    • on parle beaucoup de la Baleine mais fort peu de son patron, qui est à l'origine de la réorientation de la Tréso sur le Prop Trade ... http://www.bloomberg.com/news/2012-04-13/jpmorgan-said-to-transform-treasury-to-prop-trading.html

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  • Licence to live a écrit le 11/05/2012 à 10:00 :

    • Sacrée baleine, quel appétit !

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  • letroll a écrit le 11/05/2012 à 09:39 :

    • visiblement les traders français ( Kerviel, Fabulous Fab, La Baleine ... :-)) sont nos meilleurs armes contre la finance internationale. Finalement, quand ils menacent tous de s'exiler à Londres, c'est plus une promesse qu'une menace mais je ne suis pas sur que leurs collègues anglo-saxons aient très envie de les voir arriver, vu les brillants résultats :-)))

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  • Merlin l'anti Morgan a écrit le 11/05/2012 à 08:57 :

    • Jamie Dimon meilleur quoi? Il va falloir que les journalistes français lisent les bouquins qui sortent régulièrement sur les banques et banquiers US. JP Morgan fait partie des inventeurs des CDS (sans contrôle, sans suivi extérieurs, sans chambre de compensation...), des trucs qui prétendaient au départ faire gagner de l'argent à de grandes institutions bancaires sans prendre de risques, le risque d'un défaut d solvabilité sur les grandes signatures étant nul ou quasi nul, on a vu ce que ça a failli donner, faire péter la Planète entière. Donc les CDS étaient bien créés au départ non pas pour assurer une couverture, mais pour gagner de l'argent en vendant des gains sans risques. Et puis dans la foulée les autres banques se sont engouffrées (avec comme c'est la pratique le concours d'équipes pigeon voyageurs), et puis on s'est dit qu'avec ces trucs on pourrait associé des CDO truffés assis sur des montagnes de subprimes, des CDO au passage excellemment notés par les agences de rating qui se sont totalement fait b....et qui même en ont rajouté en conseillant ces mêmes monteurs de CDO pour que ces produits puissent obtenir la meilleure notation...Depuis quelques temps les banques comme JP Morgan ont accumulé des positions sur les matières premières colossales, comment peut on admettre ça? Tout simplement parc que les US sans l'industrie d la Finance ne seraient plus rien, leurs multinationales se faisant racheter par les producteurs de pétrole ou de gaz, les chinois et demain les indiens ou les brésiliens, les coréens, ou encore les japonais (lorsque ceux ci dévalueront massivement le yen) qui sont ou sont devenus les producteurs de richesses véritables.

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  • matifou44 a écrit le 11/05/2012 à 08:04 :

    • Une bonne nouvelle? Je n'en suis pas si sur,si les banques plongent c'est nous qui paierons, d'une façon ou d'une autre, une fois de plus.

      • yvan a répondu le 11/05/2012 à 08:47:

        • Et à l'inverse, si elles ne plongent pas, nous avons déjà payé, mais nous paierons encore plus.

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  • No pain no gain a écrit le 11/05/2012 à 07:10 :

    • Bien fait, ca fait du bien de lire de bonnes nouvelles comme celle ci de tres tot matin !

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  • DS0167 a écrit le 11/05/2012 à 06:06 :

    • J'ai pas pu m'empêcher d'exploser de rire ! "Voldemort" ou la "Baleine de Londres" ! Ils sont vraiment trop "forts" ces banquiers ! Surtout que l'inventeur des CDS (Credit Default Swap) est cette "chère" Blythe Master (de la JPMorgan of course !). Alors elle "peut être considérée comme la plus solide !" Elle seule doit savoir comment garder la tête hors de l'eau... Le pauvre Monsieur Iskil avec ses 100 millions de dollars "gagnés" en avril dernier, il a eu un coup de chauffe ! de trop ! Bon cette fois c'est aux USA... il en bavera, je l'espère, moins que notre pauvre Kerviel !

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  • Pmj24 a écrit le 11/05/2012 à 03:05 depuis un Iphone :

    • Ca semble être en effet lié directement à Bruno puisque c'est le portefeuille de crédit synthétique. Il ne s'agit "que" d'une perte d'un milliard... Un Hedge qui ne marche pas ça arrive souvent... On doit comparer ce $1Bln a Kerviel (€5Bln) ou a ce que Calyon a perdu sur la Grèce (et Emporiki), ou mieux encore, les $70Bln que RBS a payés pour ABN Amro, qui s'est révélé être un trou noir...

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    • Ha, ha, ha, c'est bon maintenant faite baisser les notes des pays Européens car on va apprendre qu'il on vendu des actions et autres produits pourris à l'Espagne et autres pays d'Europe. La fête commence, à part ça pas de complot, euh! pardon...

      par Emile5 le 11/05/2012 à 10:31

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