La Tribune

Le secteur financier, meilleur exemple de "désintelligence économique"

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Laura Fort  |   -  574  mots
La finance n'a pas été oubliée lors de la 18ème Journée nationale de l'intelligence économique d'entreprise, qui se tient à l'Ecole Polytechnique ce mardi 20 novembre. Pire : elle a été prise comme contre-exemple.

Les banquiers seraient-ils insensibles à l?intelligence économique ? C?est en tous cas la démonstration qu?a faite Jérôme Cazes, ancien dirigeant de la Coface et enseignant à HEC sur la gestion des grands risques, lors d?une conférence donnée pendant la Journée nationale de l?intelligence économique d?entreprise.

Un système en vase clos

Selon lui, "La finance est un secteur extrêmement protégé, ce qui crée une culture très particulière. Les banques n?arrêtent pas de travailler entre elles, font appel aux mêmes conseillers, ont des équipes qui passent sans cesse des unes aux autres".
De ce constat, Jérôme Cazes déroule le fil de son argumentation : "Pourquoi alors la finance n?utilise pas davantage l?intelligence économique ? Par ce que dans un monde en vase clos, il n?y en a pas besoin, puisqu?on ne s?intéresse pas à ce qui se passe à l?extérieur et que l?on connaît extrêmement bien ses concurrents." Or l?intelligence économique est bien le fait de rechercher l?information, de la croiser, de la recouper, de la transmettre à la bonne personne au bon moment pour prendre les bonnes décisions pour l?entreprise. En somme, par la gestion de l?information, identifier les opportunités et les menaces qui pèsent sur son environnement pour innover ou protéger son savoir-faire.

Une mesure du risque erronée

Pourtant, les banques ont considérablement investi ces dernières années dans des systèmes perfectionnés de contrôles des risques. Tous les établissements multiplient les stress tests, les scénarii de fraude ou de faillite, et recrutent à tous crins pour ces métiers.
Mais pour Jérôme Cazes, "Les banques sont des agrégateurs de risques qui permettent au reste de l?économie d?en pendre plus. Et le plus bel exemple de désintelligence économique consiste dans l?analyse des risques bancaires. Toute la mesure du risque est fausse, car les banquiers se basent tous sur la loi de Gauss [représentée par une courbe en cloche, elle postule qu?une variable aléatoire tend à suivre une loi normale, ndlr] et pas sur celle de Pareto [principe dit de la distribution qui pose que 80% des effets sont le produit de 20% des causes, ndlr]. On peut multiplier les contrôleurs de risque, si les stress tests sont faux, ça ne sert pas à grand-chose".

Les financiers parlent aux financiers

L?ancien dirigeant de la Coface déplore également que les banquiers, comme leurs régulateurs, ne scrutent pas assez ce qui se pratique dans d?autres secteurs d?activité que le leur. "Nous avons un problème d?intelligence économique des régulateurs, qui ne regardent pas ce qui se fait dans les autres pays. Et finalement, en matière de régulation, on caricature ce qui se fait ailleurs, au lieu de prendre le meilleur et de l?appliquer chez nous. Le problème de la finance, c?est que les financiers ne parlent qu?aux financiers, et ne regardent pas ce qui se passe ailleurs. Or la vraie concurrence est justement celle qui vient de l?extérieur de votre secteur. Je pense par exemple à Amazon ou à Google, qui investissent le secteur financier à partir de leur connaissance des échanges et des clients", conclut-il.

 

>>> Pour aller plus loin: le blog Intelligences Economiques

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Commentaires

capcha  a écrit le 20/11/2012 à 18:07 :

Beaucoup de commentaires sont négatifs ou mieux, ne comprennent pas ce monsieur. C'est pourtant simple, ces banquiers restent entre eux, (çà s'appelle parfois le corporatisme!), ils créent des outils pour ne surtout pas prendre de risque (çà s'appelle de la frilosité!). Ils veulent pourtant gagner beaucoup d'argent, alors ils créent des systèmes internes, lorsque ceux-ci deviennent toxiques, ils se les partagent, çà produit une crise bancaire qu'ils refilent à l?extérieur. Devant la situation, ils ne prêtent plus sauf à ceux qui ont les moyens "de ne pas emprunter", çà entraine une crise économique. L'épargnant y laisse des plumes (çà s'appelle partager la crise), les Etats les recapitalisent (sur le dos des contribuables), et comme ils ont à nouveau de la liquidité, ils refont comme avant sauf que pour montrer qu'ils ont compris la leçon, ils demandent de plus en plus de garantis pour prêter de l'argent. Enfin cerise sur le gâteau, il prennent des frais quand vous leur confiez votre argent, ils en prennent aussi quand vous retirez ce qui reste de cet argent, car après tout c'est vous qui avez pris le risque en suivant leurs conseils!
C'est moins technique que ce qu'a dit ce monsieur, mais çà revient au même!

Je suis un Innocent  a écrit le 20/11/2012 à 18:01 :

Vous portez simplement un commentaire sur ce qui vous possible de voir. Hors que voyez vous? Vous constatez que le système est grippé et que ce microcosme ne fait rien pour inverser la tendance. Jusque la vous êtes ok. Mais cela sarrete la... La suite, chers innocents vous la découvrirais bientôt.

yvan  a écrit le 20/11/2012 à 16:11 :

Original... Même HEC retourne sa veste au vu de la situation actuelle... Ils ont peur pour leur job, à priori. Car, les HEC, je pense que vous les connaissez comme moi : dents longues ET gains immédiats. Soit, mêmes "valeurs" que la finance. Pourquoi vouloir se désolidariser, de fait...??

rb  a écrit le 20/11/2012 à 16:07 :

En gros,pour ceux qui n'ont rien comprit, il dit que le monde de la finance c comme l'ile de paques,ils sont sur leurs iles,n'ont aucun echange avec l'exterieur,n'ont aucune connaissance des impacts que causerait par ex la destruction de la foret(pour l'ile de paques,pour la finance la destruction de l'economie relle) et ne font preuve d'aucune innovation,ou de progres.Une sorte de village de congenitaux

Allez je suis sur que le mot congenital a du vous aider a comprendre ;)

Marrant  a écrit le 20/11/2012 à 15:36 :

ce mec, les équipes passent de l'une à l'autre, ben oui, ils vont pas aller chez Audi ou Sanofi et vice-versa. Je comprends pas son raisonnement. Prof à HEC, ça fait peur.

Mao  a écrit le 20/11/2012 à 15:34 :

Encore un qui dit n'importe quoi. Ils ont du lui refuser un crédit. Ancien de la COFACE qui plus est, un vrai modèle de rigidité intellectuelle et quand je dis intellectuelle je vais peut être un peu loin. Il mélange grand risque et risque distribué. Allez hop, clic corbeille, clic videz la corbeille. Au suivant !

blabla  a écrit le 20/11/2012 à 14:30 :

bla