Pourquoi le capital-risque français prend de moins en moins de... risques

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Au second semestre 2012, 71% des 351 millions d'euros investis par le capital-risque français sont allés à des entreprises ayant déjà réalisé deux levées de fonds, au moins. Copyright Reuters
Au second semestre 2012, 71% des 351 millions d'euros investis par le capital-risque français sont allés à des entreprises ayant déjà réalisé deux levées de fonds, au moins. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Sur les 351 millions d'euros investis par le capital-risque français, au second semestre 2012, 5% seulement ont été consacrés à du financement d'amorçage, la majorité des capital-risqueurs préférant les sociétés les plus matures, selon l'indicateur Chausson Finance.

Le capital-risque français mérite-t-il encore de s'appeler ainsi ? On peut en douter, à la lecture de l'indicateur publié le 27 mars par la société de conseil en levées de fonds Chausson Finance. Sur les 351 millions d'euros investis par les sociétés françaises de capital-risque, au second semestre 2012, près des trois quarts (71%) sont allés, non pas à de toutes jeunes start-up, mais à des entreprises qui en sont au moins à leur deuxième levée de fonds. Un an plus tôt, cette proportion n'était encore « que » de 64%.

A l'opposé, les investissements d'amorçage, plus risqués car destinés à financer les dépenses préalables à la création d'une société - comme la recherche-développement, les études de marché, etc. -, n'ont pas excédé 18 millions d'euros. Un montant qui représente 5% seulement du total de 351 millions d'euros investi par le capital-risque, contre 8% un an plus tôt.

« Un capital-risque davantage fait pour financer des ETI que de futurs Google »

« Les investissements d'amorçage sont au plus bas depuis dix ans », précise Christophe Chausson, président-fondateur de Chausson Finance. Et de reconnaître : « Les investisseurs privilégient les sociétés les plus matures et celles qui se trouvent déjà dans leurs portefeuilles. Notre industrie française du capital-risque est davantage faite pour financer des ETI (entreprises de taille intermédiaire) que de futurs Google. »

De la même façon, si le secteur de l'Internet concentre 28% des investissements des capital-risqueurs, ce qui en fait le domaine d'activité préféré de ces derniers, pour la deuxième année consécutive, c'est parce qu'il est devenu une valeur sûre. Aujourd'hui, nombre de sociétés Internet ont en effet démontré leur capacité à générer un chiffre d'affaires élevé, à dégager une forte rentabilité et, donc, à offrir aux fonds de « venture capital » de belles perspectives de plus-values, lors de la cession de leurs participations.

La faute à Bâle III et à Solvabilité II

Pourquoi le capital-risque n'ose-t-il plus prendre de risques, précisément ? Parce que, dans un contexte d'assèchement de leurs sources de financement, les sociétés françaises de « venture » sont contraintes de rentabiliser davantage et plus vite leurs investissements. L'objectif : garder leurs actionnaires en leur retournant plus régulièrement du cash, voire en séduire de nouveaux. Ce qui n'est pas une mince affaire, tant les investisseurs - institutionnels comme particuliers - se détournent du capital-risque français, depuis deux ans environ. La faute à Bâle III et à Solvabilité II, d'abord. Ces nouvelles réglementations, qui imposent aux banques et aux assureurs - traditionnels pourvoyeurs de capitaux du « venture » - de détenir davantage de fonds propres en face d'actifs jugés risqués, a porté un rude coup à leurs investissements dans les fonds de capital-risque.

Ensuite, la fiscalité des FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation) et des FIP (fonds d'investissement de proximité) est devenue moins avantageuse pour les particuliers. La réduction d'impôt sur le revenu dont bénéficient les souscripteurs de ces produits a été ramenée de 25% à 22% en 2011, avant d'être de nouveau abaissée, à 18%, l'an dernier. Cerise sur le gâteau, les nouvelles mesures fiscales pour 2013 ont intégré les FCPI et les FIP dans le plafonnement global des niches fiscales, à 10.000 euros.

Les fonds d'entrepreneurs à la rescousse

« A défaut d'une fiscalité stable et attractive, les FIP et les FCPI, qui représentent 50% des ressources du capital-risque en France, seront malheureusement peu à peu asphyxiés. Il en va de la survie du financement de l'innovation », ont alerté Louis Godron, président de l'Afic (Association des investisseurs pour la croissance) et Henri de La Porte du Theil, président de l'AFG (Association française de la gestion financière), le 13 février, à la faveur de la publication de la collecte annuelle des FIP et des FCPI.

Collecte qui s'est limitée à 646 millions d'euros en 2012, soit une chute de 15%. Dommage car, selon Christophe Chausson, « la vitalité de la création d'entreprises ne se dément pas. » Heureusement, les fonds créés par des entrepreneurs à succès, comme Marc Simoncini ou Xavier Niel, respectivement fondateurs de Meetic et d'Iliad, maison-mère de Free, commencent à prendre le relais du capital-risque.

 

 

 

 

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Commentaires
a écrit le 30/03/2013 à 12:34 :
Le capital risque et les possibilites / incitations d'intervention business angel en France ont été tuées et / ou nationalisées. Oseo et Pole Emploi Venture
a écrit le 29/03/2013 à 17:33 :
y a t il jamais eu du capital risque en france ?? cela me fait doucement rigoler ... jaune...
Réponse de le 06/04/2013 à 8:24 :
Dans son rapport de mars 2013 sur le financement des PME, OSEO nous rappelle que l'activité du capital investissement en France est plus soutenue, en nombre d'entreprises accompagnées, que dans tous les autres pays européens. Ainsi, d'un strict point de vue quantitafif, le capital investissement fonctionne mieux en France que partout ailleurs en Europe.

Entre 1997 et 2009, les sociétés d?investissement françaises ont investi 3,3 Mds? de Fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI) dans plus de 1 150 jeunes entreprises francaises. Plus de 8 sur 10 sont encore en activité fin 2010 et emploient 48 000 personnes pour un chiffre d'affaires de 10 milliards d'euros. Naturellement, 1 sur 2 est exportatrice. 
a écrit le 28/03/2013 à 8:55 :
Capital risque français? C'est comme le loup blanc, ça n'existe pas.

Les menteurs français? Les usurpateurs français? Les filiales de grand groupe qui récupèrent les bonnes idées sous couvert d'aider les "créateurs" , ça , ça existe.

Le gagnant-gagnant Français? heu.. Comment dire, vous viviez sur Mars? Non parce que, votre entreprise, à vous, si elle est française, vous voyez bien comment elle fonctionne au fouet, comment c'est juste, et comment on profite de la crise pour vous entuber profond à tous les niveaux non? bon. Voilà, la messe est dite.
a écrit le 27/03/2013 à 12:24 :
Et si l'on se réveillait ! Ce constat est rigoureusement le même que celui qu'on faisait il y a près de quarante ans. Les acteurs étaient les banques qui avaient les montages correspondants au probléme ; le seed capital rencontrait les mêmes difficultés et l'on rêvait de la Silcon Valley et des start-up.
Depuis, le monétarisme avec les politiques de taux a conduit aux déréglementation et dérégulation financières qui ont modifié l'intervention des banques dont l'activité nouvelle de titrisation leur a permis de se défausser des risques, ainsi sortis de leur bilan.
Rechercher le prétexte de Bâle III et de Solvabilité II est selon l'expression de DSK : inapproprié.
Admettons plus simplement un problème de compétence et conscience professionnelle avec les encouragements ou découragements du monétarisme et du Casino financier.
a écrit le 27/03/2013 à 9:09 :
Pour sortir du merdier ambiant, l'Etat n'a qu'à libérer totalement la collecte annuelle des FIP et des FCPI en autorisant toute holding industrielle à collecter pour elle même, avec les mêmes avantages fiscaux pour les citoyens qui veulent soutenir l'industriefrançaise, sans passer par les fonds voyous qui ont pollué et même vérollé les FIP et les FCPI.
a écrit le 27/03/2013 à 7:38 :
une deuxieme levee de fonds, c'est ce qui permet de passer d'une entreprise qui a un salarie, a une entreprise qui en a 10 ( la troisieme permet de passer a 100); avant ca s'appelle ' love money', pas levee de fonds...
Réponse de le 27/03/2013 à 11:29 :
C'est sur qu'en anglais ça fait plus sérieux, plus financier. La "monnaie d'amour" ça fait romantisme à la française. On est bien un pays sous développé de l'empire américain !
a écrit le 27/03/2013 à 7:25 :
Risquer le capital des autres, c'est rechercher le meilleur moyen d'apporter une rentabilité intéressante avec un taux de déchet acceptable. Dans les conditions économiques actuelles le risque acceptable a diminué avec la moindre visibilité. Le capital risque ne peut pas, lui, incriminer des conditions opaques comme nos élus pour se défausser en cas d'échec d'un investissement et a besoin d'une vision claire de la fiscalité et de l'économie pour prendre des risques sur plusieurs années.
Le capital risque n'a jamais été une activité de bienfaisance.
Rien d'étonnant donc à ce mouvement, d'ailleurs clairement annoncé avec les nouvelles impositions sur les gains du capital qui requièrent des retours sur investissement plus importants donc une économie plus dynamique ou un risque inférieur.
a écrit le 27/03/2013 à 7:07 :
le risque c'est devenu imprévisible ,incalculable .Les handicapes des joueurs sont indispensables .

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