Des solutions (inédites) pour financer les PME, ça existe

 |   |  1815  mots
Le pôle de compétitivité Finance et Innovation est situé au sein du palais Brongniart, à Paris. / Reuters.
Le pôle de compétitivité Finance et Innovation est situé au sein du palais Brongniart, à Paris. / Reuters. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Conjoncture économique dégradée, préparation de la nouvelle réglementation bancaire (Bâle III)... depuis des mois, les entreprises se plaignent de ne pas avoir suffisamment accès au crédit. Conséquence : nombre de solutions nouvelles de financement sont imaginées, notamment pour les PME qui cherchent à préserver leur trésorerie.

Une récente étude de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) sur le financement des PME et des entrepreneurs montre que 74 % des financements en zone euro proviennent des banques, contre 24 % aux États-Unis. En France, cette proportion atteint même les 90 %. Soit, pour ce qui est des crédits de trésorerie bancaire, 200milliards d'euros.

Or ce volume est appelé à se réduire, selon les experts, de 10 % à 20 % avec l'entrée en vigueur des accords de Bâle III, dès 2014. Cette réglementation va en effet obliger notamment les banques à augmenter leurs fonds propres de 2 % à 7 % pour limiter les effets d'une nouvelle crise financière. « En contrepartie, ces organismes vont se montrer plus sévères dans leurs critères d'attribution car l'activité crédit leur coûtera plus cher », prédit Amélie Royer, chargée de mission au sein du pôle de compétitivité mondial Finance Innovation. Un pôle qui connaît bien la question car il aide des entreprises à élaborer de nouvelles solutions de financement. À l'instar d'IDMidCaps (anciennement France Actionnaire), Isodev, Kyriba, NexKap, RCS Management ou encore Solidéa.

Certaines de ces sociétés ont développé des solutions de financement spécifiques aux PME. C'est notamment le cas d'Alternativa, la première Bourse digitale dédiée aux PME européennes, ou de Solidéa avec son fonds de garantie. Cette coopérative regroupe une vingtaine de PME du Mans (Sarthe). Leur particularité ? Se porter mutuellement garantes pour gagner la confiance des assureurs ou des banquiers. En cas de défaillance de l'une d'entre elles, ces derniers seront dédommagés par le fonds de garantie. « D'autres exemples de fonds de garantie se mettent en place dans les pôles de compétitivité ou au niveau des grappes d'entreprises », observe Maximilien Nayaradou, directeur des projets R&D du pôle Finance Innovation.

Pour minimiser les risques, les investisseurs pourront s'appuyer prochainement sur un nouveau partenaire, en l'occurrence la future agence de notation consacrée aux PME. Il s'agit d'une initiative portée par la société IDMidCaps, qui délivre un service d'information en ligne auprès des investisseurs. « Notre base d'informations contient plus de 2 millions de données financières qui portent sur 1 500 valeurs dont 800 sont actives », déclare Sébastien Faijean, son directeur général. IDMidCaps compte valoriser cet outil et son expertise en se développant sur le marché de l'analyse crédit des PME et ETI avec sa future agence de notation, baptisée Nota Bene Corporate.

Son système de « scoring » attribuera une note aux entreprises, calculée sur des éléments quantitatifs. Si l'agence obtient son agrément auprès de l'Esma (European Securities and Markets Authority) d'ici à la fin de l'année, son analyse sera complétée par une approche qualitative. « Par exemple, nous nous baserons sur la capacité du management à exécuter une stratégie », explique Sébastien Faijean, qui prévoit de proposer ses services auprès des émetteurs de titres et des fonds de placement.

Ces nouveaux opérateurs de services financiers s'appuient en général sur de puissants algorithmes pour prédire le taux de défaillance des entreprises. À commencer par Isodev, qui a commencé à distribuer il y a cinq mois ses premiers prêts participatifs remboursables sous cinq ans. « Il s'agit d'un apport de trésorerie sans aucune garantie ni caution, assimilable à des fonds propres », précise Philippe Dupont, son président. L'offre permet aux PME et TPE de renforcer leur haut de bilan et d'améliorer ainsi leur cotation financière.

800.000 entreprises cotées chaque jour

Isodev - qui a obtenu le soutien de la Commission européenne -intervient en quarante-huit heures avec un maximum de 150 000 euros, le plus souvent aux côtés des banques ou d'autres organismes financiers. « Nous comptons distribuer 12 000 prêts participatifs par an pour des montants de 25 000 à 70 000 euros. »

La prestation est facturée en fonction de la qualité de l'entreprise. Soit d'environ 11 % du montant prêté pour une entreprise très bien notée, à 15 % pour une entreprise à risque élevé.

Pour calculer ce risque, Isodev s'appuie sur sa propre base de données de 800 000 entreprises, dont la cotation est actualisée quotidiennement. Isodev est ainsi capable en temps réel d'autoriser ou non un prêt. La société travaille en partenariat avec six réseaux bancaires, des expertscomptables et des distributeurs de matériels qui conseillent son offre. « Avec leur iPad, iPhone ou BlackBerry, nos partenaires n'ont qu'à saisir le numéro de Siret d'une entreprise dans notre base de données pour savoir immédiatement si le client présente ou non des risques de défaillance. »

Même facilité d'usage pour le service de financement de créances qui sera proposé à la rentrée par NexKap. Créée en 2012, cette jeune start-up de six personnes opère une plate-forme qui s'apparente à de l'affacturage simplifié. Rappel pour les néophytes : l'affacturage consiste pour une société à céder des créances commerciales à un prestataire - l'affactureur - qui se charge de leur recouvrement. En contrepartie, la société perçoit le montant de sa facture, moins la commission et les frais déduits par l'affactureur. À la différence de ses concurrents, NexKap propose un service utilisable à la demande.

Des donneurs d'ordres garants de la facture

« Nous nous adressons à tout type d'entreprise qui a un besoin ponctuel ou récurrent de trésorerie, résume Cédric Teissier, qui a cofondé NexKap avec Arthur de Catheu. À condition d'être préalablement enregistrée dans notre service, l'entreprise a uniquement besoin de nous transmettre sa facture commerciale pour obtenir une réponse de financement. La réponse est instantanée et se fonde sur le profil du demandeur et de son donneur d'ordres ainsi que sur la nature de la facture. »

La plate-forme s'appuie sur des algorithmes propriétaires qui prédisent la solvabilité à court terme, ainsi que la probabilité que la créance soit honorée, et la date de règlement. Pour l'entreprise qui cède sa créance, la consultation est gratuite, et le coût du service lui est facturé selon son « scoring », à partir de 0,5 % de la valeur de la facture, uniquement en cas de financement. « Mais plus l'entreprise utilisera notre service et moins cela lui coûtera car nous serons capables de mieux modéliser son risque », explique Cédric Teissier

Les solutions d'affacturage aiguisent aussi l'intérêt des grands donneurs d'ordres qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en renforçant la trésorerie de leurs fournisseurs - sans pour autant altérer la leur ! C'est du moins ce qu'observe Kyriba, un éditeur de logiciels qui commercialise auprès des grands comptes une solution de gestion de la trésorerie. « Nous avons lancé un module de Reverse Factoring, annonce Emmanuel Quentin, vice-président de la stratégie globale et du marketing de Kyriba.

Cette offre intéresse notamment les gros acteurs de la distribution qui veulent aider leurs fournisseurs à financer leur activité en les mettant en relation avec des partenaires bancaires auxquels ils pourront céder leurs factures, sachant que le donneur d'ordres se porte garant de la facture. »

Parmi ses tout premiers clients, Emmanuel Quentin compte Auchan, qui fait travailler plusieurs milliers de fournisseurs dans le monde : « Nous sommes en discussion avec de nombreux grands groupes. Il y a une vraie demande pour ce service ! »

Le bel avenir de la mutualisation des risques

Jusqu'à présent, l'affacturage a porté sur la cession de factures et non sur les commandes et les stocks. Un manque qui est en passe d'être comblé grâce à Say Partners, un cabinet de conseil en supply chain. D'ici à la fin 2013, l'entreprise espère mettre en place une plate-forme de mutualisation du BFR (besoin en fonds de roulement) entre donneurs d'ordres et fournisseurs d'une même filière industrielle. « Cette solution permet de dégager de la liquidité et de mutualiser les risques opérationnels et financiers. Et donc de diminuer les coûts pour tous les acteurs », fait valoir Hervé Hillion, PDG et fondateur du cabinet.

L'objectif étant aussi d'offrir aux PME des solutions de financement souples et rapides grâce à des accords avec des banques et des assurances, tout en sécurisant les approvisionnements pour les donneurs d'ordres. « Plusieurs filières, dont les carnets de commandes sont élevés et offrent une bonne visibilité, sont intéressées. Notamment l'automobile, le ferroviaire et l'aéronautique », souligne Hervé Hillion, qui espère avoir les premiers financements au plus tard début 2014.

Pour préserver la trésorerie des PME, d'autres solutions innovantes existent, certes. Telles que, par exemple, le crowdfunding, qui consiste à lever des fonds auprès des internautes (mais il faut pouvoir les séduire), ou encore les solutions de troc de marchandises et de services entre entreprises. À l'instar de la place de marché électronique opérée par B2B EnTrade. « Mille huit cents entreprises sont déjà inscrites et font en moyenne deux ou trois offres », indique son président, Samuel Cohen, qui a prévu de créer un catalogue de produits et services adossé à un système de crédit pour favoriser les échanges multilatéraux et préserver ainsi le cash des entreprises.

______

Contrôler la trésorerie en temps réel

Avec la crise, la fraude interne tend à augmenter dans les entreprises. Aussi bien dans les grands comptes que dans les entreprises de plus petite taille. Pour détecter et prévenir les virements bancaires illicites, certaines ont mis en place des solutions de gestion de reporting bancaire. Ces outils permettent de contrôler le cash en temps réel, quel que soit le lieu d'implantation des comptes bancaires.

Plusieurs offres existent : celles de Kyriba mais aussi de BAS (Box & Automation Solutions), un éditeur de logiciels fondé par des spécialistes de la gestion du cash. Dans les deux cas, les éditeurs peuvent récupérer les relevés bancaires quels que soient la banque et le format informatique utilisés. « À la différence de nos concurrents, nous intégrons les relevés bancaires, tant nationaux qu'internationaux, au format natif dans notre logiciel C2B », fait valoir le porte-parole, directeur administratif et financier et cofondateurs de BAS, Christophe Rouinsard. Gros avantage : en conservant le format, BAS limite les pertes d'information et les risques de fraude interne. Autre point fort, l'éditeur sait mettre sous surveillance les opérations bancaires réalisées.

« Par exemple, on peut créer des alertes sur des pays critiques comme l'Iran ou la Corée, sur des salariés, des fournisseurs ou des montants », indique Christophe Rouinsard, dont le logiciel, fourni en mode SaaS ou sur serveur hébergé chez le client, s'adresse aussi bien aux PME qu'aux grands comptes. En mode SaaS, l'abonnement mensuel est facturé de quelques centaines d'euros à quelques milliers d'euros, suivant le nombre de comptes bancaires.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/07/2013 à 20:46 :
Il n?y a qu?un esprit d?assisté de fonctionnaire pour penser que le souhait et le besoin d?un entrepreneur est d?obtenir des subventions ou autre financement publique. L?objectif premier d?un entrepreneur est la réalisation de son projet et elle passe par la solidité de son équilibre économique. Les investisseurs, quel qu?il soit, investissent car ils croient dans la qualité économique. Tout le reste n?est effectivement que rustine. La seule solution est de ne pas briser cet équilibre par des ponctions déraisonnable de l?état. Aujourd?hui avec le tau d?imposition des plus élevé du monde, l?état français est inconscient de penser qu?une relance de la croissance est possible en France. Il est impératif de laisser aux entrepreneurs et aux investisseurs (qui sont souvent les mêmes) leurs moyens financiers.
a écrit le 10/07/2013 à 11:09 :
La banque est un endroit ou on vous prete de l'argent... si vous réussissez à prouver que vous n'en avez pas besoin !!! Qui peut contester aujourd'hui que cela est devenu la norme ?
a écrit le 10/07/2013 à 8:29 :
Pas besoin de solutions innovantes : refaisons un marché obligataire centralisé, comme c'était le cas à la Bourse il y a vingt-cinq ans. Marché que les banques ont sciemment saboté à l'époque, avec la complicité des pouvoirs publics.
Réponse de le 10/07/2013 à 13:50 :
@Asimon je crois que vous rêvez. J'entends de plus en plus parler de nouvelles possibilités offertes aux assurances de financer les PME. Ca va être beau, j'attend de voir les conditions qui seront appliquées. En France, on fait tout pour éviter le "marché".

En attendant, les solutions innovantes peuvent servir de rustine...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :