"L’impact investing", une démarche plus que responsable

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Les impacts sociaux des investissements, plus difficiles à mesurer que les impacts environnementaux
Les impacts sociaux des investissements, plus difficiles à mesurer que les impacts environnementaux (Crédits : DR)
Encore émergent, l’investissement à impact social ne pourra progresser durablement qu’en apportant la preuve de sa capacité à faire bouger les lignes. Cela implique de préciser ses objectifs et d’élaborer des indicateurs de performance. Un chantier en pleine effervescence décrit par Novethic dans une étude rendue publique le 19 juillet.

Qu'est-ce que l' «ODD washing » ? Synonyme d'« impact washing », ce barbarisme décliné du « greenwashing » désigne les initiatives d'entreprises en faveur de projets ou d'entreprises censés générer des impacts environnementaux ou sociaux positifs, alors qu'il n'en est rien. Les ODD sont les 17 objectifs de développement durable adoptés en septembre 2015 par les États membres de l'ONU et qui servent de plus en plus souvent de référentiel dans ce cadre.

L'impact investing, que le Global impact investing network (GIIN) définit comme « les investissements faits dans les entreprises, les organisations et les fonds avec l'intention de générer des impacts environnementaux et sociaux en même temps qu'un rendement financier », n'échappe pas à ce risque. S'il s'inscrit dans la mouvance de l'investissement socialement responsable (ISR), l'impact investing est aussi plus pointu. Il ne désigne en effet que les investisseurs exprimant une volonté explicite de générer ce type d'impacts. Il  reste encore confidentiel, mais « sort de sa niche », comme le montre l'étude rendue publique le 19 juillet par le centre de recherche Novethic, filiale de la CDC.

114 milliards de dollars d'actifs

La Global sustainable investment alliance (GSIA) évalue à 23.000 milliards d'encours l'ensemble des démarches d'investissement responsable pour l'année 2016, dont seulement 248 milliards de dollars seraient de l'impact investing, en croissance de 146% d'une année sur l'autre. Encore ce montant comprend-il les green bonds et social bonds, que Novethic ne comptabilise pas dans l'impact investing au motif que tous les investisseurs concernés ne font pas de la mesure de l'impact lié à leurs investissements une priorité. En outre, la sélection des projets, l'allocation des fonds, le reporting, l'éligibilité des projets et des émetteurs ou encore la mesure des impacts environnementaux et sociaux financés par ces obligations continuent de faire débat.

Selon le Global impact investing network (GIIN), les actifs d'impact des 208 investisseurs interrogés dans son enquête de mai 2017 représentaient 114 milliards de dollars. Il s'agit essentiellement d'investisseurs particuliers via des family offices, des investisseurs éthiques et des institutions de développement. Mais aussi des fonds de pension et d'assureurs, en direct ou via des sociétés de gestion. L'impact investing porte essentiellement sur des actions non cotées, les investisseurs estimant que leur poids reste insignifiant en dessous d'un certain poids dans le capital d'un groupe coté.

L'épineuse mesure de l'impact social

Mais pour continuer de progresser et se prémunir du risque d'impact washing, il lui faudra parvenir à prouver la réalité de ses impacts, ce qui implique de les définir précisément en amont puis de les évaluer à l'aide d'indicateurs qui restent à construire, en suivant des méthodologies aujourd'hui balbutiantes. Ce qui n'est pas simple. Les impacts environnementaux peuvent se mesurer en tonnes de CO2 évitées, millions de litres d'eaux usées traitées, hectares sauvés de la déforestation ou tonnes de déchets recyclés. Pour les impacts sociaux en revanche, la tâche est plus ardue.  Pour certains puristes, il conviendrait de raisonner en « unités de bien-être humain », même si la finance solidaire, par exemple, est habituée à mesurer ses actions en termes d'emplois créés ou consolidés, de personnes relogées, de foyers alimentés en énergies renouvelables, etc. Pour certains, l'impact investing devrait être réservé à des projets qui n'auraient pu voir le jour sans ce financement, un critère baptisé « additionnalité ». Pour d'autres, l'exposition des entreprises ciblées à des thématiques durables suffit.

Ces tâtonnements dans les définitions et les modalités sont caractéristiques d'un créneau d'investissement encore émergent, mais bien vivace. Novethic a recensé dans le cadre de son étude 87 institutions financières engagées dans des initiatives récentes autour des Objectifs de développement durable.

Foisonnement d'innovations françaises

En France, la finance solidaire, qui a joué un rôle pionnier grâce à l'épargne salariale et des particuliers sous le label Finansol, représente 280 millions d'euros en 2016.

Des fonds de capital-risque à impact se sont développés plus récemment, pour un montant de 1,26 milliards d'euros selon l'Afic (Association française des investisseurs pour la croissance) en mai 2017.  Des fonds d'investissement dédiés à l'impact social ont également été lancés par des investisseurs institutionnels tels qu'Axa ou Aviva France, et la Caisse des Dépôts (CDC) a lancé en 2016 le fonds NovESS, destiné à des secteurs tels que le sanitaire et le médico-social, la transition énergétique ou l'économie circulaire. Autant de domaines dans lesquels les investisseurs (dont BNP Paribas, CNP, Crédit Coopératif, l'Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique) ont identifié des leviers permettant la structuration de nouvelles filières.

Inspirés des « Social impact bonds » anglo-saxons, des contrats à impact social (CIS), passés entre un opérateur social, un investisseur et un tiers payeur se développent également, pour financer des programmes sociaux de prévention. Ils sont réservés à des programmes innovants non couverts par des dispositifs existants. Premiers investissements prévus en septembre prochain.

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Commentaires
a écrit le 21/07/2017 à 9:00 :
Autre tentative classique, avec la finance verte, d'orienter les investissements vers des cycles vertueux, conséquence dramatique des privatisations à outrance qui font que dorénavant on a besoin de gens uqi ne pensent qu'à l'argent pour le social et l’environnement.

Seulement il va quand même falloir nous expliquer comment des investissements à long terme de ce genre vont attirer des gens pathologiquement atteins, détériorés par leur avidité exponentielle tandis que la destruction du monde et de l'humanité leur rapporte plus de 20% par an.

Il serait temps de voir les possédants pour ceux qu'ils sont, des faibles soumis à leurs ressentiments, on ne fait pas une économie avec ça on ne peut que l'anéantir. Ah ils ont tous les pouvoirs c'est sûr mais ça se voit.

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