"La Blockchain a le potentiel de transformer le trading d'actions", selon Moody's

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La technologie novatrice Blockchain, qui est le sous-jacent de la monnaie virtuelle Bitcoin, pourrait rendre plus sûr et plus transparent le processus de vente et d'achat d'actions, qui compte de multiples étapes et intermédiaires, sans registre de données commun.
La technologie novatrice Blockchain, qui est le sous-jacent de la monnaie virtuelle Bitcoin, pourrait rendre plus sûr et plus transparent le processus de vente et d'achat d'actions, qui compte de multiples étapes et intermédiaires, sans registre de données commun. (Crédits : DR)
L’agence de notation relève les gains d’efficacité importants que permettrait l’utilisation d’un grand registre numérique partagé s’appuyant sur la technologie dite « des chaînes de blocs », notamment dans les opérations sur actions après la clôture. Les acteurs de la compensation et de la conservation pourraient souffrir.

Même Moody's croit au potentiel de rupture de la Blockchain. L'agence de notation de crédit, plutôt versée dans l'analyse des flux de trésorerie opérationnels, de l'excédent brut d'exploitation et des ratios d'endettement, consacre une étude prospective à cette technologie émergente de stockage et de transmission d'informations, dont elle évalue l'impact possible sur les institutions financières et leur chiffre d'affaires. La technologie dite « des chaînes de blocs », qui est le sous-jacent de la monnaie virtuelle Bitcoin, s'apparente à "un grand livre comptable public, anonyme et infalsifiable" selon la définition de Blockchain France. Elle fait l'objet de plusieurs expérimentations, en particulier dans les échanges de titres, notamment en France, par exemple au sein du consortium LaBChain mené par la Caisse des Dépôts.

"La technologie Blockchain pourrait transformer de nombreux aspects du trading des actions, permettant potentiellement aux institutions financières de réduire les coûts et d'augmenter la vitesse de règlement des opérations sur titres", estime Moody's qui précise que "la technologie recèle un potentiel considérable dans le champ du post-trade ", les opérations post-clôture.

Eliminer les étapes de conciliation

C'est en effet dans ce domaine, le post-trade, que l'application concrète de ce grand registre numérique chiffré, sans organe central de contrôle, semble la plus évidente. Entre un ordre d'achat ou de vente en Bourse, jusqu'au transfert effectif de l'argent et des titres, une douzaine d'intermédiaires peuvent prendre part aux différentes étapes des opérations entre un acheteur et un vendeur, des chambres de compensation, aux banques chargées de la conservation, puis aux acteurs en charge du règlement et de la livraison. Et il n'existe pas de fichier commun.

"Plutôt que chaque participant aux échanges post-marché conserve les mêmes données dans son registre individuel de transactions, un registre principal partagé entre ces participants éliminerait la nécessité de processus de conciliation coûteux", fait valoir Robard Williams, un des auteurs de l'étude d'une vingtaine de pages.

Blockchain Moody's trading

[Les différents acteurs et étapes de l'achat d'actions au comptant, du passage d'ordre à la livraison, en passant par la compensation et le règlement. Crédits : Moody's]

Système plus sûr et plus transparent

Les « smart contracts », ces contrats « intelligents », paramétrés pour s'exécuter automatiquement dès que certaines conditions sont remplies, devraient accroître l'automatisation des métiers de la compensation et du règlement livraison, encore partiellement manuels. Et ainsi rendre le système plus sûr et plus transparent, la conservation des actifs et l'enregistrement de propriété des titres devenant plus solides. Cependant, Moody's relève qu'il convient de voir comment les erreurs peuvent être corrigées dans la Blockchain, censée être inaltérable, s'il s'avère qu'un "smart contract" a été mal programmé par exemple, et comment respecter la confidentialité des transactions.

La Blockchain sera source de gains d'efficacité importants et de réductions de coûts, mais certains acteurs pourraient souffrir et perdre des parts de marché :

"Les acteurs traditionnels de la compensation et du règlement-livraison resteront en place du fait de leurs investissements importants dans la Blockchain. Les moins innovants pourraient voir une baisse de leur chiffre d'affaires", prévient l'agence de notation.

Le scénario le plus probable à moyen terme est selon Moody's un marché restant dominé par les acteurs établis dans un secteur très régulé (scénario 1 ci-dessous), plutôt que la percée de startups disruptant totalement ceux-ci (scénario 3, le moins probable) ou en éliminant certains (scénario 2).

Impact Blockchain trading Moody's

Les futurs gardiens d'accès et du registre de secours

Cette technologie va aussi créer des opportunités de nouveau business pour des entreprises innovantes, à l'image des vendeurs de pioche de la ruée vers l'or. Plusieurs pistes sont évoquées par Moody's : il faudra des gardiens de l'accès aux blockchains privées, des tiers pour sécuriser les mots de passe associés des investisseurs, ou pour vérifier l'absence de doublons de transactions, des maîtres d'œuvre de la bonne gouvernance de la Blockchain et de ses protocoles, préservant aussi une version de secours physique du registre partagé, des fournisseurs d'interfaces et d'applications pour accéder à la Blockchain, etc.

Le directeur général d'Euronext, l'opérateur des Bourses de Paris, d'Amsterdam, de Bruxelles et de Lisbonne, s'était récemment confié dans nos colonnes sur le potentiel de rupture de la Blockchain, en particulier dans la compensation :

"La Blockchain va clairement transformer notre industrie, mais personne ne sait encore exactement quand, où et comment", nous déclarait Stéphane Boujnah.

Il avait souligné que derrière le « buzzword » de la Blockchain, l'opérateur de marché avait décidé "d'en faire un vrai projet opérationnel" en créant un consortium, avec Paris Europlace et de grandes institutions financières dont Euroclear, la Caisse des Dépôts, BNP Paribas Securities Services et la Société Générale, en vue de mettre sur pied "une infrastructure Blockchain post-marché pour les PME européennes".

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Commentaires
a écrit le 14/04/2017 à 10:34 :
c'est sur
plus c'est securise, mieux c'est
apres il vaut mieux avoir un controle humain in fine....... bizarrement quand y a aps de controle on sait ou ca va....... ( il suffit de regarder l'absence de controle sur le budget francais, pas besoin de rentrer dans les meandres du backoffice, des produits derives ou de la compensation)
a écrit le 14/04/2017 à 8:47 :
Après la fintech à s'être faite avalée par la finance internationale la blockchain, aussitôt sortis aussitôt achetés.

Logique puisque les outils de productions n'étant plus que dans quelques mains, plus aucune concurrence aux établissements financiers ne peut advenir.

C'était obligé.

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