Le danois Saxo Bank passe sous pavillon chinois

Par Delphine Cuny  |   |  586  mots
Le siège de Saxo Bank à Copenhague. Son nouvel actionnaire majoritaire, le constructeur chinois, parle de le développer dans toute l'Asie. (Crédits : DR)
Le constructeur auto chinois Geely grimpe à 51,5% du capital du courtier en ligne fondé il y a 25 ans. Avec l'assureur finlandais Sampo comme deuxième actionnaire, il compte l'aider à se développer en Asie et en marque blanche.

C'est un peu comme si Nissan rachetait Boursorama. Le constructeur auto chinois Geely, propriétaire de la marque suédoise Volvo et du fabricant des taxis noirs londoniens, va prendre le contrôle du courtier en ligne danois Saxo Bank. Le groupe chinois était entré au capital en mai dernier à hauteur de 30% : il grimpe à 51,5% et devient ainsi l'actionnaire majoritaire, aux côtés de l'assureur finlandais Sampo, qui précise acquérir 19,9% pour 265 millions d'euros. Ils rachètent les participations du fonds d'investissement américain TPG Capital et du conglomérat indonésien Sinar Mas, qui sortent du capital.

La transaction valorise la banque en ligne autour de 1,3 milliard d'euros, un niveau inférieur au prix d'entrée de TPG en 2011, qui espérait une introduction en Bourse dans les cinq à six ans.

Le cofondateur et directeur général de Saxo Bank, Kim Fournais, conserve ses 25,71%.

« Avec Geely, nous assurons à Saxo une position forte sur les principaux marchés en croissance en Asie, notamment en Chine. Sampo Group a un long et impressionnant historique dans les services financiers, dont Saxo Bank pourra bénéficier largement », fait-il valoir dans un communiqué.

Licorne danoise de la Fintech

Fondé il y a 25 ans, Saxo Bank, qui emploie 1.500 personnes, est rentable, avec un bénéfice net de 30,8 millions d'euros au premier semestre (+45%), pour un produit net bancaire de 209,1 millions d'euros (+7%). Les encours de ses clients atteignent 13,2 milliards d'euros. « Le groupe a été l'un des pionniers du trading en ligne et s'est positionné, au fil des années, comme le leader de l'industrie avec une offre Banking-as-a-Service (BaaS). Saxo était effectivement une Fintech bien avant que le terme ne soit créé », observait le mois dernier son PDG.

Pourquoi le groupe chinois dépense-t-il 300 millions d'euros dans la finance en ligne ? Certes, presque tous les constructeurs ont leur propre « captive » de financement auto, souvent en co-entreprise avec une banque. Or Saxo Bank est spécialisé dans le trading en ligne.

« Saxo Bank est un acteur extrêmement important pour de nombreux partenaires d'investissement de Geely en Chine », justifie le directeur financier du groupe Geely, Daniel Donghui Li, dans le communiqué commun. « Chez Geely Group, nous pensons que la technologie et la proposition de valeur de Saxo Bank peuvent être déployées avec succès dans toute l'Asie, c'est pourquoi nous sommes décidés à investir davantage dans le groupe Saxo Bank. Au cours de la dernière décennie, Saxo Bank s'est construit une solide réputation dans le monde des technologies de la finance (Fintech) et de la gestion des contraintes réglementaires (RegTech). »

De son côté, l'assureur finlandais, qui a vendu sa propre activité bancaire à Danske Bank il y a dix ans mais est le premier actionnaire de Nordea Bank, voit un autre potentiel du courtier danois, sur le marché BtoB (business-to-business) :

« Saxo Bank est une licorne exceptionnellement intéressante dans la sphère Fintech des pays nordiques et Sampo est ravi de participer à son développement global », estime le PDG de Sampo, Kari Stadigh.

« Saxo dispose d'une plateforme de trading unique qui, selon nous, est la meilleure du marché et offre un grand potentiel mondial pour développer les partenariats en marque blanche avec les institutions financières, les investisseurs et les family offices. »

Le groupe Geely n'est pas le seul conglomérat chinois à s'intéresser à une institution financière européenne. Le mois dernier, Legend Holdings, propriétaire du fabricant informatique Lenovo, a acquis 90% de la Banque internationale à Luxembourg (BIL) pour 1,48 milliard d'euros.