Orange Bank débarque après une multitude de "néobanques"

 |   |  1927  mots
Les principales néobanques en France : nom, origine, statut, nombre d'utilisateurs, actionnaire.
Les principales néobanques en France : nom, origine, statut, nombre d'utilisateurs, actionnaire. (Crédits : La Tribune)
Ce jeudi 2 novembre, une nouvelle banque se lance en France, Orange Bank, filiale de l’opérateur télécoms. L’offre sera 100% mobile et quasi entièrement gratuite, comme celle de nombreux nouveaux entrants arrivés sur le marché ces trois dernières années, de Compte Nickel à Morning, en passant par C-zam et N26.

« Stéphane Richard a fait son haka, pour impressionner l'adversaire, comme au rugby ! Maintenant, le match va commencer », observe un membre du comité exécutif d'un grand groupe bancaire français. Le Pdg de l'opérateur télécoms a promis d'être « un disrupteur » et même « le Free de la banque ». En lançant le 2 novembre son Orange Bank, présentée comme « 100% mobile et entièrement gratuite », il n'aura pas seulement face à lui, dans le camp adverse, les banques traditionnelles, souvent critiquées pour leurs frais bancaires élevés, leurs horaires peu pratiques et leur manque de flexibilité en général. Ce nouvel acteur, qui a hérité de la licence de Groupama Banque, dont Orange a racheté 65% du capital et a dû refondre une grande partie du système informatique, va débarquer dans un paysage peuplé d'une kyrielle de « néobanques », elles aussi 100% mobiles et quasi gratuites.

Ces banques nouvelle génération, sans agence, sont accessibles uniquement (ou prioritairement) depuis une application pour smartphone et tablette. C'est ce qui les différencie des banques en ligne nées il y a une quinzaine d'années pour l'Internet fixe, et qui sont toutes des filiales de grands groupes bancaires (Boursorama, le leader, de Société Générale, ING du groupe néerlandais éponyme, Fortuneo de Crédit Mutuel Arkea, Monabanq de Crédit Mutuel, etc).

Près d'un million d'utilisateurs

Leur promesse : mieux servir les clients pour moins cher, en répondant aux besoins les plus simples, avec des outils numériques ergonomiques, réactifs, en temps réel, sur fond de discours anti-banque et d'invitation à « reprendre le pouvoir sur son argent ».

Le compte courant s'ouvre en quelques minutes, parfois par selfie et scan des pièces justificatives. La carte (une Mastercard le plus souvent) est gratuite ou presque (les banques en ligne en ont été les pionnières, mais généralement sous conditions de ressources) et pilotable à distance depuis l'appli (modification du plafond, voire du code, blocage ou déblocage en cas de perte, sur Internet ou à l'étranger), à autorisation systématique donc sans découvert possible. Pas de chéquier (Orange Bank en proposera un), l'assistance ou le conseiller est joignable seulement par mail ou chat pour la plupart, quand Orange Bank aura un chatbot tournant à l'intelligence artificielle d'IBM Watson.

« Le client a envie de simplicité, de fiabilité et de confiance. Avec le digital, cela signifie l'opportunité de devenir l'interface légitime pour le client », relève Ada Di Marzo, associée du cabinet de conseil en stratégie Bain & Company, responsable pour la France du pôle Services financiers, banque et assurance.

« Cette vague de nouveaux entrants a été générée par des tendances de consommation qui se sont développées ailleurs que dans la banque : la démocratisation, la transparence, la personnalisation des offres. Ces acteurs apportent une valeur en faisant évoluer les façons de consommer la banque et les standards de marché, par exemple sur la simplicité d'authentification au moment du paiement. »

Et la formule plaît : Compte Nickel a ouvert 730.000 comptes en trois ans (sans préciser les réellement actifs) grâce à son réseau de buralistes ; C-Zam de Carrefour Banque est à 90.000 en six mois ; l'allemande N26 plus de 100.000 clients en France en sept mois ; la startup toulousaine Morning (l'ex-cagnotte Payname) en comptait 75.000 avant de frôler le dépôt de bilan et d'être rachetée par la banque Edel (du distributeur E. Leclerc) ; l'appli britannique Revolut assure avoir 150.000 utilisateurs dans l'Hexagone avant son lancement tout en français début octobre. Tout cumulé, on avoisinerait le million d'utilisateurs, soit le nombre de clients que Boursorama a mis vingt ans à conquérir. Un chiffre non négligeable en comparaison des 6,7 millions de clients de particuliers de BNP Paribas en France par exemple.

« Il faut distinguer l'utilisateur actif de l'utilisateur curieux », nuance Julien Maldonato, associé conseil industrie financière chez Deloitte. « S'il y a en tout un million de curieux qui ont ouvert en France un compte auprès d'une de ces néobanques, c'est bien, mais ce ne sont pas un million de clients qui génèrent du revenu. »

> Lire aussi : C'est quoi une Fintech ?

Des « non-banques » dans la course au compte courant

Ces « néobanques » sont rarement des banques, elles ont plus souvent le statut d'établissement de paiement (ou de monnaie électronique), ce qui ne leur permet pas d'accorder du crédit, à moins de le distribuer par partenariat. Et elles travaillent avec des banques pour le compte de cantonnement où est déposé l'argent collecté auprès des clients.

« La directive européenne sur les services de paiement (DSP) a permis à de nouveaux acteurs, au statut d'établissement de paiement, d'apporter de l'innovation autour du paiement, en s'appuyant sur les réseaux traditionnels comme Visa et Mastercard », analyse l'expert de Deloitte.

« L'enjeu pour survivre demain est d'élargir leur périmètre d'intervention en vendant de nouveaux produits, soit du crédit, soit de l'épargne. Mais tous n'ont pas le statut, ou les partenaires, pour le faire, ou les capacités techniques pour devenir un agrégateur de services financiers. »

Des acteurs comme Revolut, qui proposait initialement des paiements en devises sans frais et se présente comme « votre alternative digitale à la banque », ou les applis de remboursement entre amis Lydia et Pumpkin (rachetée par Crédit Mutuel Arkéa), évoluent vers la néobanque avec compte et carte, en capitalisant sur le lien de confiance créé avec le client.

« Nous ne sommes pas une banque, d'un point de vue réglementaire. En revanche, nous sommes un nouveau genre de compte, un compte sans banque, un peu comme Nickel », nous confie Cyril Chiche le cofondateur et directeur général de Lydia, qui revendique plus de 1,2 million d'utilisateurs dont 650.000 particuliers, dans 5 pays.

De plus en plus de startups de la Fintech sont cependant prêtes à le devenir et décrochent des licences bancaires. C'est le cas de la suédoise Klarna, spécialiste du paiement en ligne sécurisé, qui se revendique désormais comme « l'une des plus grandes banques européennes avec 60 millions de clients », en jouant sur les mots, puisque ses clients l'utilisent comme solution de paiement, mais n'y déposent pas (encore) leurs économies : elle va lancer une carte et un compte courant. L'allemande N26 dispose aussi d'une licence bancaire qu'elle peut utiliser dans toute l'Europe, où elle revendique plus de 500.000 clients. Idem pour sa compatriote Fidor Bank, rachetée l'an dernier par BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne), qui prévoit de la lancer en France d'ici à la fin de l'année ou début 2018. Au Royaume-Uni, les principales néobanques, Atom Bank, Starling Bank et Monzo ont aussi une licence et ont été fondées par d'anciens banquiers pour les deux premières.

« Le compte courant est le pivot par lequel transitent tous les flux. Gérer ce compte courant n'a pas qu'un avantage strictement financier : cela permet d'accéder aux données et d'évaluer le niveau de risque, ce qui a beaucoup de valeur » analyse Ada Di Marzo, de Bain & Co. « Il n'est donc pas étonnant que certains acteurs se livrent à cette course au compte courant. »

C'est le sens de la démarche de Carrefour Banque et Assurance (détenue à 40% par BNP Paribas Personal Finance), passée des cartes de paiement et de fidélité au crédit conso puis aujourd'hui à la « banque du quotidien » avec son pack disponible en rayon. Mais aussi d'un Leclerc en prenant le contrôle de Morning.

« Cette première vague de néobanques contribue à faire passer le message que l'on peut faire de la banque autrement. C'est une phase de pédagogie nécessaire qui permet aux consommateurs de s'interroger sur qui est leur banque aujourd'hui, que fait-elle de leur argent, et qui sera leur banque demain », estime Eric Charpentier le fondateur de Morning, débarqué de son entreprise en janvier.

« Cette transformation n'est pas un sprint, c'est une course de fond » considère avec le recul celui qui se décrit comme un « éleveur de néobanque » et travaille sur la prochaine, baptisée Hush.

Frais de retrait ou d'inactivité

Comment font-elles pour casser les prix ? Présentées comme gratuites, elles ne le sont pas totalement mais sont moins chères que les banques traditionnelles et plus transparentes : certaines font payer une petite cotisation mensuelle pour la carte ou un abonnement annuel (1 euro par mois chez C-zam, 20 euros par an chez Compte Nickel qui estime à 54 euros le coût moyen total par an), d'autres facturent des frais en cas de compte inactif (chez N26 par exemple, ce sera 5 euros chez Orange Bank en dessous de trois opérations par mois). Toutes ou presque prélèvent quelques euros pour les retraits et se rémunèrent sur les commissions reversées par les commerçants sur les paiements par carte. Elles proposent aussi parfois une offre premium à 6 ou 7 euros par mois, avec assurances en complément.

« Ce marché des néobanques commence à être embouteillé. La question est de savoir si l'utilisateur veut cloisonner ses dépenses avec différents comptes et cartes pour différents usages, si l'on s'oriente vers une plus grande fragmentation et multi-bancarisation ou si c'est un phénomène éphémère qui se terminera comme la mort des premières banques en ligne il y a quinze ou vingt ans », estime Julien Maldonato de Deloitte.

Malgré leur structure de coûts bien moins lourde, sans agence, aux effectifs allégés, elles ne sont pas rentables, à quelques exceptions près, dont Compte Nickel, racheté par BNP Paribas cet été (pour une coquette somme estimée à 200 millions d'euros). Elles doivent encore prouver que leur modèle est viable.

« La question qui se pose à terme c'est le niveau d'échelle, de taille critique et de rentabilité que peuvent atteindre ces acteurs, dont la base d'utilisateurs se compte actuellement en centaine de milliers », fait valoir l'experte de Bain & Co.

« Nous allons vers une phase de maturation et de consolidation, car tout le monde ne va probablement pas survivre. Nous sommes au milieu du chemin et passons d'un marché au nombre limité de concurrents par la réglementation à un écosystème aux contours plus ouverts où des acteurs fourniront des services financiers sans être forcément des institutions financières. »

Les banques traditionnelles ont d'ailleurs noué des partenariats, pris des participations ou fait des acquisitions de Fintech tout en accélérant les investissements technologiques afin d'enrichir leurs applications.

« Les néobanques avaient pris de l'avance sur l'ouverture rapide de compte ou la carte pilotable sur mobile, les banques sont en train de les rattraper », observe même Eric Charpentier.

Ces nouveaux entrants devront soit jouer l'effet de masse, ce qui sera réservé aux mieux financés (N26 a levé plus de 52 millions de dollars, Revolut 86 millions, Atom Bank 290 millions), soit se contenter d'une niche bien identifiée.

Aux yeux de l'expert de Deloitte, cette concentration est inévitable.

« Il devrait rester quelques méga-plateformes, c'est la logique de l'économie des réseaux numériques. A ce titre, le cas d'Orange Bank est intéressant car Orange est déjà une plateforme de loisirs, de médias et de divertissement. Or le futur de la banque consistera à s'intégrer dans les usages du quotidien, à se rendre indispensable en créant de la valeur et pas seulement en vivant des commissions de paiement : évoluer d'une banque de transaction à une banque d'usage. »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/11/2017 à 23:47 :
Il y a de plus en pus d'acteurs sur le marché des banques en ligne et autres néobanques , le consommateur en tirera profit c'est certain.
a écrit le 02/11/2017 à 13:31 :
Le financier SR a enfin l'impression de travailler dans une banque et non dans un opérateur mondial de télécoms.
Il a enfin sa danseuse....avec aussi l'immobilier (il en train de planifier d'énormes concentrations de sièges pour les salariés d'Orange en IDF dans toute la France en Europe et même en Afrique, cela ne l’a pas quitté depuis Nexity).
Avec ses opérations immobilières multiples l’objectif de SR n’est ni de faire des économies pour l’entreprise (cela coûte plus cher in fine) ni d’offrir de meilleurs conditions de travail, ni d’améliorer l’efficacité des salariés, ni de donner une meilleure image aux salariés ou au clients, car en concentrant les sites comme à la Défense où personne ne va sauf ceux qui sont obligés d’y travailler et qu’ils fuient à la première occasion, il cache en fait l’image d’Orange plutôt que de la montrer).
L’objectif de ces opérations immobilières est que les salariés d’Orange oublient tous qu’ils ont fait partie de l’ancien opérateur de service public France Telecom, car SR en bon Macronien hait le concept de service public
Autre danseuse de SR les investissements en pure perte dans les nouvelles pépites de la French touch qui n’aboutira à rien en règle générale (toujours la fuite en avant vers la finance), et à l’inverse la casse de la R&D de l’ancien CNET qui a été le premier centre de R&D mondial des Années 60 aux années 2000 comme à Lannion, où les effectifs ont chuté de plus de 2000 à moins de 1000.
L’Objectif est de faire oublier l’ancien opérateur historique de service public France Telecom, et de donner l’image d’une multinationale froide et financiarisée.
Cela finira mal pour les salariés d’Orange…et les télécoms en France.
Pendant ce temps l’Etat communiste chinois investit des centaines de milliards d’Euros dans son réseau internet, ses équipementiers et ses propres GAFAM.
a écrit le 01/11/2017 à 18:04 :
Aucune valeur ajoutée chez ce nouveau venu.
De la publicité et de l'esbroufe payés avec les forfaits et abonnements téléphone et internet.
Il aurait mieux valu innover dans son métier d'origine où on ronronne grave depuis déjà longtemps, box et réseaux pas géniaux, à peine entretenus, surtout fils ,poteaux et boîtes de raccordement pourries et ouvertes à tous vents sans compter l'inesthétisme.
Réponse de le 02/11/2017 à 11:05 :
On peut s’inquiéter en effet que l'opérateur télécom néglige son métier de base pour des activités plus lucratives ... selon les critères de Groupama.
Et que penser par exemple du conseiller robot "IBM Watson " pour les "clients " ? X.Niel a raison, L’État n’a rien à faire la-dedans !
a écrit le 01/11/2017 à 10:39 :
Quand on connaît les pratiques d'Orange en matière de facturation, ça n'incite pas à leur confier nos deniers. ( Facturation de prestations fantômes - jeux video en general - par des entreprises dont l'existence n' est pas révélée par Orange quand la question leur est posée. )

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :