Pourquoi la startup Fidor Bank a cédé aux avances de BPCE

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François Pérol, président du directoire de BPCE, à gauche, et Matthias Kröner, directeur général de Fidor, à droite, au Paris Fintech Forum, ce mercredi au Palais Brongniart.
François Pérol, président du directoire de BPCE, à gauche, et Matthias Kröner, directeur général de Fidor, à droite, au Paris Fintech Forum, ce mercredi au Palais Brongniart. (Crédits : DR)
Même esprit communautaire et besoin d’un actionnaire solide la laissant prospérer : la néobanque allemande Fidor confie pourquoi elle a accepté d’être rachetée par le groupe Banques Populaires Caisses d’Epargne. La question de son éventuel lancement en France est posée.

Le mariage a pu sembler baroque : une startup allemande ayant inventé une banque 100% numérique et le deuxième groupe bancaire français, chapeautant deux réseaux mutualistes, les Banques populaires et les Caisses d'épargne. Annoncé en juillet, le rachat de Fidor, une des néobanques les plus prometteuses de la Fintech européenne, par BPCE vient d'être finalisé : il y a eu « un bon fit » avec les équipes de Fidor, a déclaré François Pérol, le président du directoire de BPCE, ce mercredi, au Paris Fintech Forum.

« Nous sommes une fédération de banques coopératives et nous étions intéressés par une banque communautaire comme Fidor » a-t-il ajouté. Créée en 2009 à Munich et détentrice d'une licence bancaire allemande valide dans toute l'Europe, Fidor a pour slogan "banking with friends" (la banque avec des amis), reflétant sa démarche de co-conception des services en associant ses 120.000 clients actifs et sa communauté de 350.000 membres dans le processus de décision.

Le fondateur et directeur général de Fidor, Matthias Kröner, qui reste au capital et aux commandes, n'a pas démenti son nouvel actionnaire et donné ses propres raisons à cette décision, jamais facile à prendre pour un entrepreneur :

« Nous avons la même compréhension de l'esprit communautaire, alors que certains nous disaient que bâtir une communauté était inutile. [...] Et le fait d'être allemand ne causait pas de différend, alors qu'on nous parlait de doublons et de cannibalisation quand nous discutions avec des banques allemandes. On était bienvenu, il y avait un bon esprit avec un BPCE ».

Fintech Fidor BPCE carte

Une banque mobile communautaire dans toute l'Europe

En clair, le groupe français était prêt à la laisser prospérer, ce qu'a martelé François Pérol :

« Nous ne cherchons pas à intégrer Fidor dans BPCE, cela n'aurait qu'un sens. Nous voulons accélérer le développement de Fidor en Europe en tant que banque mobile communautaire. Il reste la question de la façon dont nous le faisons en France...

Nous voulons aussi accélérer l'activité BtoB de Fidor. Nous allons utiliser des briques technologiques pour notre propre transformation digitale, comme le traitement des opérations en 60 secondes. Nous n'allons pas repeindre Fidor en violet [la couleur du logo de BPCE, ndlr] ! Et nous allons investir en capital. »

Sa technologie a par exemple été adoptée par Telefonica pour lancer son offre de banque mobile en Allemagne, sous la marque O2 Banking. « Fidor est une entreprise de la tech qui a une licence bancaire » décrit son patron.

Fidor avait d'autres bonnes raisons de s'adosser. Matthias Kröner n'a pas masqué les faiblesses de son entreprise :

« Quand on bâtit une banque, on se rend compte que c'est un métier très capitalistique. Nous avions une structure du capital très fragmentée et nous avions besoin de fonds propres. La régulation devient très lourde pour une petite banque, peu capitalisée. Nous avions besoin d'un havre de paix pour l'avenir, d'un partenaire solide et d'un socle d'actionnaire stable. C'était plus simple que BPCE devienne majoritaire. L'indépendance ce n'est que de la rhétorique si on ne peut utiliser son capital. »

Dirigeant expérimenté, cofondateur de l'un des premiers courtiers en ligne européen, DAB Bank (racheté par la suite par BNP), Matthias Kröner a raconté une anecdote éclairante sur ses discussions avec un fonds de capital-risque.

« Tout était "awesome" comme on dit dans la Silicon Valley et au troisième rendez-vous, il nous demande : pourquoi avez-vous besoin de lever des fonds alors que vous avez tellement d'argent en dépôt ?  »

Rires dans la salle : une banque n'a pas le droit de toucher aux dépôts de ses clients - une Fintech française a d'ailleurs subi une suspension temporaire de son agrément après avoir franchi cette ligne jaune. « Ce moment a été très choquant pour nous »  a confié le patron de Fidor, qui a compris qu'il ne pouvait poursuivre avec un investisseur aussi peu au fait de la réalité de son métier. Une leçon à méditer sans doute pour les autres Fintech.

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